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« Pas de big bang, mais des résultats quand même »
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« Pas de big bang, mais des résultats quand même »
La question est sur toutes les lèvres : comment l?AS financera-t-elle son plan ?
Une administration plus serrée des affaires apportera des ressources conséquentes. Nous allons éliminer certains tax loopholes. Nous viserons un taux de croissance supérieur aux 5 %. Une administration fiscale plus pointue permettra d?optimiser les recettes. Nous explorerons d?autres avenues pour financer pour le budget de développement.
Administration rigoureuse. Un terme qui promet beaucoup mais qui rend aussi sceptique. Que préconise l?AS ?
Nous traquerons le gaspillage. Un seul pour cent du budget national équivaut à Rs 450 millions. Je suis convaincu que nous allons récupérer plus. Puisque charité bien ordonnée commence par soi, un gouvernement AS aura un train de vie moins faste ? 19 ministres et cinq PPS contre 24 et 10 actuellement; moins de conseillers et de voyages. Au-delà du symbolisme, cela montre que we mean business.
A part la rigueur, que fera un éventuel gouvernement AS ?
Nous créerons une instance pour assurer que les recommandations de l?Audit pour plus d?efficience sont mises en pratique. Le service public sera restructuré pour éviter que les coûts enflent. Nous allons établir les priorités. Pas question d?investir dans des projets de prestige.
Vous préconisez une participation privée plus active dans les projets capitaux. L?Etat sera donc moins présent ?
Le budget de développement tourne autour de Rs 10 milliards par an. Une partie du financement peut être levée à travers des partenariats privés-publics. Nous procéderons avec toutes les précautions. Nous allons créer un empowerment fund ciblant le contribuable. L?Etat ne se désengagera pas. Nous recherchons le right mix.
L?accent sur les petites et moyennes entreprises (PME) signifie-t-il que vous allez compter davantage sur les investisseurs locaux qu?étrangers ?
Il y aura un équilibre local vs étranger. Le secteur privé devra faire son examen de conscience. Il est temps de faire autre chose que de se complaire dans la spéculation foncière. Nous misons beaucoup sur l?émergence d?un secteur des PME, agressif, performant et créateur d?emplois et de richesses. Les entrepreneurs auront un accès plus facile au capital et autres ressources. Ils pourront bénéficier d?un service-conseil de type singapourien pour trouver des idées et les faire fructifier. Nous créerons des opportunités en invitant les grands à sous-traiter.
L?entrepreunariat souffre de bureaucratie anesthésiante. Vous pensez réussir là où tout le monde a failli ?
Le service civil sera restructuré. Les fonctionnaires auront d?autres attributions, plus adaptées aux temps modernes avec un vrai one-stop shop, au service du pays et non à celui de ministres jaloux de leurs prérogatives. Nous allons introduire une clause selon laquelle un demandeur pourra considérer son permis acquis si sa requête n?a pas été traitée dans un délai prescrit. Cette prévision qui existe déjà dans certains cas sera généralisée.
Comment allez-vous résorber le chômage, concilier la demande des emplo-yeurs avec les compétences disponibles ?
Les industries traditionnelles (sucre et textile) sont en difficulté. Il faudra du temps pour que les secteurs émergents (services, Tics) résorbent les chômeurs. Il faut une option pour cette période de transition. Le tourisme est le seul secteur qui se qualifie. Nous visons 10 % de croissance contre les maigres 2 % de ces dernières années.
Comment comptez-vous relancer le tourisme qui stagne aussi ?
Il n?y a pas 36 000 solutions ! C?était insensé d?augmenter la capacité d?accueil par 30 % sans améliorer l?accès. Nous allons libéraliser le ciel en prenant des précautions. Les transporteurs devront suivre un cahier des charges et assurer un service régulier. L?augmentation des arrivées touristiques viabilisera le projet de faire du pays un paradis hors taxe.
Que direz-vous aux frileux qui pensent que cela nuira à l?image du pays ?
Maurice sera toujours vendue comme une destination de qualité. Cependant, dans la pratique, il y a une pluralité de l?offre. La libéralisation permettra d?amener un éventail de touristes susceptibles de satisfaire cette diversité. C?en sera fini de l?hypocrisie qui veut que, quand des voyagistes amènent un certain type de touristes, ils sont considérés comme acceptables mais ces mêmes touristes sans intermédiaires sont traités comme indésirables !
Le secteur des Tics est confronté au même problème. Vous allez enfin résoudre le problème d?interconnexion ?
Il faudra bien que l?accès au réseau haut débit baisse. Cela n?a aucun sens de vouloir développer un secteur des services basés sur les Tics sans rendre la connexion équitable et compétitive. Nous allons travailler sur une formule de compensation pour Mauritius Telecom au vu de ses investissements dans le câble Safe. Le gouvernement sortant a mis la charrue devant les b?ufs en investissant massivement dans le hardware et en négligeant l?infrastructure soft : formation, stratégies de développement et de marketing?
Vous renoncez au textile et au sucre ?
Non. Ces secteurs seront restructurés. Mais, dans les deux cas, le gouvernement sortant a commis d?énormes faux pas. Pour le textile, la bourde a été de ne pas avoir négocié notre éligibilité à la dérogation sous l?Agoa qui aurait permis d?acheter en matières premières dans des pays tiers. Nous allons essayer de renégocier. Nous allons accélérer et recentrer la production pour un secteur plus compétitif.
Et le sucre ?
Nous ne ferons pas de démagogie. La réforme est inévitable. Mais le gouvernement a perdu du temps et des ressources pour promouvoir Jayen Cuttaree à la direction de l?OMC alors qu?il aurait dû négocier un meilleur deal avec l?UE Il a antagonisé les alliés traditionnels et sacrifié l?intérêt national sur l?autel de l?ambition personnelle. Nous allons essayer d?obtenir une meilleure offre européenne. Localement, il n?y a pas d?autre choix que d?activer tous les leviers pour faire baisser les coûts et augmenter les recettes à travers la génération d?électricité et la production d?éthanol et de sucres spéciaux.
La démocratisation de l?économie est un pilier important de votre plan économique. Qu?entendez -vous par là ?
Littéralement, élargir le circle of opportunities et permettre à tous de participer au développement du pays. Notre stratégie repose sur quatre axes: éducation, empowerment, entrepreuneuriat et employability. Nos priorités : élargir l?accès à l?enseignement supérieur; veiller à une meilleure utilisation des ressources. La démocratisation n?est pas juste une philosophie partisane. C?est une nécessité...
Vos adversaires diabolisent la démocratisation des terres...
C?est de la démagogie. Nous n?avons jamais dit que nous allons reprendre les biens d?untel pour les donner à un autre. Il y a des moyens consensuels et légaux. On l?a peut-être oublié mais j?ai, en 1994, négocié les premiers arpents pour le Sugar Investment Trust. Tout ce que nous proposons se fera within the rule of law.
Que proposez-vous de mieux pour la pêche et les services ?
La pêche est une option viable. Mais il faut explorer, prendre des risques. Nous soutenons l?idée de faire de Maurice un centre pour produits et services liés à la mer et la pêche. Le gouvernement sortant exploite déjà l?idée ? Et alors ? Il ne suffit pas de lancer des concepts et d?aligner un ou deux investisseurs. Nous allons procéder avec méthode.
L?AS n?apporte rien de nouveau?
Notre philosophie et notre approche sont différentes de l?alliance MSM-MMM. Maurice a ses atouts et ses limitations. Avec un gouvernement AS, il n?y aura pas de big bang, mais des petites choses qui vont cumuler pour créer les résultats voulus. Nous allons nous démarquer par notre gestion. J?estime que 20 % de la mauvaise performance du gouvernement sortant peuvent être attribués à la conjoncture. Le reste n?est que maladresses. Bruxelles n?a pas dicté la politique conservatrice sur l?accès aérien. Genève n?a pas contraint à taxer le tourisme déjà en mauvaise posture. New York n?a pas empêché de mieux exploiter l?Agoa. Les erreurs stratégiques ont été commises, à P.-Louis.
Propos recueillis par Shyama SOONDUR
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