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L?instant de vérité
Le maillon faible. être naturel dans un cadre convenu. Se transformer en homme-tronc pour toucher la population. Convaincre chronomètre en main, sans hésiter, sans bégayer, sans se tromper. La valse télévisuelle des candidats a débuté jeudi. Mais au fait, comment apprend-on à danser ? à ne pas marcher sur le pied du partenaire, tout en gardant le rythme. Au final : s?attirer les regards de toute l?assemblée.
Ces chorégraphies sont parmi les secrets les mieux gardés de Maurice actuellement. Les coulisses des émissions politiques sont bien protégées. Pas possible de mettre le nez dans les studios de la MBC pendant l?enregistrement des messages. Ni avant. Ni après.
Reste l?avis des spécialistes. Serviteurs fidèles de la communication et grands ordonnateurs des rendez-vous avec l?opinion. Deux noms ? un pour chacun des principaux blocs ? ont accepté de rallumer les projecteurs. L?instant est fugace. Les avis sont souvent les mêmes sur ce qu?il convient de faire pour séduire l?électeur via le tube cathodique.
D?emblée, dès qu?il s?agit d?avoir bonne mine, les deux camps disent faire confiance au « travail des maquilleuses professionnelles de la MBC. »
C?est l?Alliance sociale qui a donné le coup d?envoi des émissions politiques jeudi. Interrogé, Dan Callikan, rédacteur en chef de La Gazette, se présente comme le «coordonnateur de l?Alliance sociale au niveau radio-télévisé.» Crédit additionnel : son expérience d?ancien directeur de la station de télévision nationale. Du côté de l?alliance gouvernementale, l?homme de la situation est Rama Poonoosamy.
Force est de constater que si les bords divergent, les stratégies affichent de belles similitudes. Dans les deux camps, c?est avec parcimonie que l?on lève un coin du voile. Question attitude, Dan Callikan est pour « tout ce qui est terre-à-terre. »
«Il faut protéger sa voix à tout prix»
C?est connu. Le naturel devant la caméra se travaille. Dan Callikan déclare, «faute de temps, les candidats étant sur le terrain, il faut improviser». Alors qu?il est pour la «simplicité», son homologue nous précise que « campagne oblige, nous n?avons qu?une réunion de travail ou une répétition avec les candidats avant l?enregistrement de chaque émission». Sa recette : «la sérénité, la confiance, le sérieux et la conviction.»
Pour y arriver, ce n?est pas sorcier. Recommandations de Rama Poonoosamy : «ne pas se coucher tard la veille et ménager les cordes vocales, ce qui n?est pas évident.» La question est : comment faire quand le candidat se couche aux petites heures du matin et se réveille à l?aube ? Tout aussi réaliste concernant les contraintes de la campagne, Dan Callikan avance : «Il faut protéger sa voix à tout prix, éviter les boissons glacées.»
Vous l?avez remarqué. L?avantage du gros plan, c?est qu?il permet au politicien de regarder les téléspectateurs droit dans les yeux. S?agissant de l?intensité du regard, le coordonnateur de l?Alliance sociale nous explique que le regard du candidat doit être «profond et non endormi si possible», ce, malgré les nuits de sommeil écourtées.
Autre élément incontournable : le sourire et par extension, l?humour et, l?ironie à l?écran. La difficulté : ne pas oublier que tous les spectateurs ne partagent pas le même sens de la dérision. La formule poétique est de Dan Callikan : «La qualité du sourire dévoile la nature de l?âme. Il faut donc que le candidat se présente sous son meilleur jour.» Dans la même veine, Rama Poonoosamy est d?avis que «c?est le contenu du message qui détermine la qualité du sourire ou s?il y a lieu de faire de l?humour.»
S?agissant de l?utilisation des mains, si Dan Callikan privilégie le naturel, parce qu?on «ne peut pas demander à un introverti d?aller contre sa nature». Rama Poonoosamy est convaincu qu? «elles peuvent parfois démontrer plus de conviction».
Invités à citer un exemple à suivre, ou à ne pas suivre, de politiciens des années passées, des deux communicants sollicités, seul Dan Callikan s?est exprimé. «Je pense à Sir Gaëtan Duval pour ce qui est de l?improvisation, de l?imagination et du naturel. D?autre part, il faut absolument éviter d?avoir l?air constipé de certains qu?il vaut mieux ne pas nommer parce qu?ils ne font même pas semblant d?être morts.»
LES DIX COMMANDEMENTS DE L?HOMME D?ETAT SELON SEGUELA
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On vote pour un homme et non pour un parti
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On vote pour le futur et non pour le passé
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On vote pour une idée et non pour une idéologie
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L?élection est plus psychologique que politique
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De l?homme politique à l?homme d?état, une affaire de légende
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être l?homme du destin de son pays
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Développer les réseaux
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équilibrer l?image intérieure et l?image internationale
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Incarner une valeur
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Rien n?est jamais gagné
« Pape de la pub », Jacques Séguéla est l?homme qui a inventé le slogan « La force tranquille », qui a permis à François Mitterrand de faire basculer la France à gauche en 1981. Après avoir fait la loi dans l?univers de la consommation, c?est auprès des ministrables qu?il a exercé ses talents. Pour rappel, des membres de son équipe de l?agence Euro RSCG étaient partie prenante de la campagne de l?alliance Parti travailliste ? Parti mauricien Xavier Duval en 1995.
Des expériences de marketing politique réussies que Jacques Séguéla a consigné dans plusieurs ouvrages dont, Le vertige des urnes. Comment « vendre » un homme, un programme, un parti, des idées ? Avant les grands principes, ce sont les anecdotes de campagne qui retiennent l?attention. De François Mitterrand, en campagne présidentielle, Jacques Séguéla obtient « qu?il se fasse légèrement limer les canines, qu?il change de tailleur, qu?il se tienne droit avec le menton relevé, qu?il agite les mains devant la caméra. Progressivement, l?image du candidat Mitterrand remplace celle de son parti ».
Dans La publicité, signé Jacques Séguéla, publié aux éditions Les Essentiels Milan en 1999, il écrit, « gagne le candidat qui raconte à son peuple l?histoire que ce dernier a envie d?entendre, à la condition expresse qu?il en soit le héros crédible. » « L?ultime évidence : pour être élu, encore faut-il en donner l?envie. »
Plus prosaïquement, Jacques Séguéla est d?avis que « le communicant n?est que le metteur en scène d?une conviction ».
« La pub apporte ses techniques au politique, mais elle n?est qu?un haut-parleur : le seul élu, c?est la valeur du candidat. »
Le publiciste explique que sa première exigence est une collaboration d?une durée minimum de six mois. « Le premier piège d?une campagne est qu?elle se conçoit dans l?urgence. »
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