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Jenny Pidial de l?échantillon à la réussite

25 juin 2005, 00:00

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Le bureau de Jenny Pidial qui jouxte son atelier à St.-Pierre, n?est guère différent de ceux des professionnels de la confection avec leurs tringles et leurs innombrables cintres sur lesquels pendent des échantillons de vêtements fabriqués par l?entreprise. On y remarque beaucoup de survêtements stylisés pour dames, de même que des sweat-shirts masculins aux tissus assouplis et délavés. Et en évidence sur la table de travail de la directrice trône le trophée de la Smido en verre soufflé. « Je le conserve là en attendant d?installer une étagère spéciale pour le mettre », explique Jenny Pidial.

Cette fille de couturière et d?un tailleur de Curepipe, n?aurait jamais imaginé durant sa scolarité aux Couvents de Lorette de Mahébourg et de Curepipe qu?elle serait un jour à la tête d?une moyenne entreprise ayant une capacité de production mensuelle de 40 000 pièces. En fait, en quittant l?école, Jenny n?a pas d?autres ambitions que d?être une épouse et mère exemplaire. Elle se marie à Kris Pidial, fils d?une longue lignée de commerçants de Goodlands, actif dans l?hôtellerie et à qui elle donne trois enfants, une fille Akwilan et deux fils, Nolan et Kheshav.

C?est sur les conseils de son mari qui souhaite que sa femme soit indépendante financièrement que Jenny reprend ses études à mi-temps, cumulant un cours d?informatique à un autre en Business Administration à l?université de Maurice. Durant cette période, elle place aussi des sous-vêtements qu?elle récupère des usines dans des magasins comme Continent et Grand-Baie Store. Sa marge de profits est mince mais Jenny n?est pas exigeante.

Lorsque les sous-vêtements se démodent, lesdits magasins avec qui Jenny traitent lui suggèrent de leur proposer des bermudas et autres shorts pour hommes. L?occasion est trop belle pour ne pas la saisir. Plutôt que de placer des vêtements d?usine, elle se dit qu?elle pourrait se lancer dans leur confection et met alors ses parents à contribution.

Les prémices de ce qui deviendra deux ans plus tard la Fit-U Garment Ltd, démarrent à l?étage de son domicile curepipien avec son père, sa s?ur et pour tout équipement deux machines à coudre !

Les vêtements qu?elle propose aux boutiques sont bien appréciés. Si bien que les commandes deviennent régulières. En 1995, Jenny est en mesure d?enregistrer son entreprise et d?embaucher cinq machinistes. S?occupant du marketing, elle obtient, par le biais d?une agence de textile, sa plus grosse commande d?un client réunionnais. Elle doit fabriquer 5 000 slips pour hommes et parvient à honorer l?engagement. Le client est si satisfait que la commande est décuplée. Du coup, il devient l?unique client que la Fit-U Garment Ltd est en mesure de satisfaire.

Premier succès éphémère

Jenny savoure le succès sans penser aux lendemains. Et puis, un beau jour la belle histoire prend fin. Son client lui préfère une usine pakistanaise en raison des coûts réduits. Désemparée, elle songe à un moment à mettre la clé sous le paillasson. D?autant plus que ses appels de détresse auprès de plusieurs instances, y compris gouvernementales qui sont censées venir en aide aux entreprises en difficultés, ne trouvent pas d?écho. On lui fait la sourde oreille.

Finalement, elle décide de s?en tirer seule, motivée par l?idée de ne pas rester sur un échec. Ensuite, elle pense à ses employés qui comptent sur elle. Après concertation avec son mari qui a rejoint l?entreprise, elle décide alors de faire de la sous-traitance pour d?autres usines fabriquant des t-shirts et reprend alors une usine qui a fermé ses portes à St.-Pierre. « Avec nos 25 machines, nous avons fabriqué des t-shirts pour Star International, St. Malo et bien d?autres pendant près de deux ans. »

Enjoliver des t-shirts

Jusqu?à ce qu?il lui vienne l?idée lumineuse d?enjoliver les t-shirts qu?elle fabrique avec une broderie ou un passepoil par-ci, un ruban ou une impression par-là. Et à travers la Mauritius Export Processing Zone Association, elle contacte plusieurs agences de textile pour proposer ses t-shirts à valeur ajoutée. Ceux-ci plaisent effectivement tant aux entreprises mauriciennes qu?européennes et elle se met alors à en fabriquer sur une grande échelle pour eux.

Ce qui lui permet d?augmenter sa main -d??uvre jusqu?à employer 60 machinistes mauriciens et une dizaine d?Indiens et d?ouvrir une deuxième unité de production à St.-Pierre. «Pendant cinq ans, nous avonsfabriqué des t-shirts à valeur ajoutée mais depuis peu, nous nous lançons dans des modèles plus compliqués.»

La complication est en amont et réside surtout dans le traitement des tissus. Jenny sous-traite en effet avec d?autres usines pour les faire délaver, assouplir ou déteindre. Tout comme elle sous-traite aussi avec des brodeurs pour la réalisation de broderies complexes et pour la pose de paillettes. Les pièces retournent ensuite chez Fit-U Garment Ltd pour être minutieusement inspectées et montées. à ce jour, cette entreprise produit jusqu?à 20 000 pièces mais sa capacité de production est du double.

Jenny ne craint pas que les vents contraires ayant ébranlé le textile l?atteignent. «Une grosse unité et une moyenne entreprise appliquent les mêmes procédures. Mais la moyenne unité a un sérieux avantage : elle peut plus facilement réduire ses coûts d?opération. C?est bizarre mais je n?ai plus peur.»

Le succès lui serait-il monté à la tête ? Jenny s?en défend. «Pas du tout. Je connais simplement les réalités du marché et celles de la niche que j?occupe. C?est ce qui me rend sûre de moi.»

Le trophée de la Smido représente pour elle une forme de reconnaissance envers sa persévérance et celle de ses employés à qui elle dédie d?ailleurs ce prix.

Forte de ses succès, Jenny déborde d?idées et de projets. Elle se donne deux ans pour cesser de sous-traiter avec d?autres pour les impressions et les broderies, même si pour le lavage, cela sera inévitable. Elle veut aussi réaliser sa propre griffe à être proposée aussi bien sur le marché étranger que local. Là encore, il ne sera question que de produits à valeur ajoutée. Elle n?attend plus que les sollicitations. Message transmis?

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