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Une impression de déjà-vu

24 juin 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ton monocorde, sourires figés lorsqu’ils n’intervenaient pas, les cinq dirigeants des deux principales alliances sont restées dans le convenu pour leurs premières interventions aux émissions politiques. Dans la forme et dans le fond, ils sont restés dans le prévisible. Au niveau de la forme, ils ne pouvaient pas, non plus, grand`-chose, seuls face à la caméra. Quant au contenu, il n’y a pas eu de grand décalage par rapport à leurs discours aux grands meetings publics.

La répartition des rôles était également programmée selon les attentes. Pravind Jugnauth et Rashid Beebeejaun ont agi en francs-tireurs. Le premier a ciblé Navin Ramgoolam alors que le second a fait une sortie contre Paul Bérenger. Xavier-Luc Duval, lui, est resté dans ses manteaux d’expert-comptable pour une courte allocution.

Navin Ramgoolam était égal à lui-même sans le relief qui le caractérisait autrement à l’écran. Enfin, Paul Bérenger a oscillé entre sa volonté d’avoir de la hauteur en tant qu’homme d’Etat et le besoin d’afficher le mental d’une bête politique, reproduisant en somme l’oxymore de “jeune vétéran” qu’il reprend de meeting en meeting.

Dans le contenu, les leaders ont tenté de s’adresser directement aux téléspectateurs en les mettant indirectement devant leurs responsabilités d’électeurs qui ont un choix à faire. Un choix qui, précise Navin Ramgoolam, engage les futures générations. Pravind Jugnauth, pour sa part, leur a rappelé l’importance et l’effet que leur décision aura sur le “destin du pays”.

<B>“Vous” et “nous”</B>

C’est surtout Navin Ramgoolam qui utilisera le plus souvent le pronom “vous” dans un dialogue qu’il tente d’instaurer avec les téléspectateurs. Un dialogue mais aussi une série de questions qu’il les invite à se poser. L’enchaînement est visible dès le début de son intervention: “ban kestion ou bizin poz ou” ou encore “eski oule”. A ces questions, les réponses sont évidemment celles qu’il propose où “zot” (l’alliance MSM-MMM) “ki ti promet ou” auraient lamentablement failli. C’est ce qui lui permet d’enchaîner avec ses propositions à lui: “Seki nou propoz ou, se pa zis sanzman pou sanze.”

Le “nous” comprend son équipe et lui. En énumérant les propositions, il évite le “je”, préférant nettement mettre en évidence l’équipe qu’il dirige. Navin Ramgoolam s’est surtout signalé hier en insistant sur cette notion “d’équipe”. D’ailleurs, il termine la première et principale partie de son intervention avec une phrase qui en dit long sur ses intentions : “Nous avons une équipe qui représente toutes les composantes de la nation.”

Pour l’alliance gouvernementale, c’est davantage une offre qui tourne autour de Paul Bérenger et Pravind Jugnauth. A la fin de son intervention d’ailleurs, Pravind Jugnauth reviendra souvent avec la formule: “Paul ek moi”. C’est un tandem donc qui symbolise le “nous” de l’équipe MSM-MMM : “Paul ek moi, nou pran desizion.” Dans ce “nous”, il finit par inclure les téléspectateurs. Et c’est ce “nous” qui ne pourra remettre “le pays entre les mains de Navin Ramgoolam”. C’est ce qui lui permet aussi de conclure par un: “Nou viktoir pou ou viktoir”. Quelques faits intéressants à noter. Paul Bérenger est le seul à s’être adressé aux jeunes qui vont voter pour la première fois. Les deux alliances ont abusivement utilisé des techniques de comparaison. Chacune juxtaposant son équipe et son bilan à l’équipe et au bilan de l’autre. Les enjeux à venir n’ont pas occupé une grande partie des discours des intervenants. Ils ont tous promis une île Maurice meilleure. Notons aussi que Pravind Jugnauth est celui qui aura eu recours au “je” à maintes reprises pour rappeler ce qu’il a réalisé en tant que ministre des Finances avec la présentation de deux budgets. Le discours le plus personnalisé à été celui de Rashid Beebeejaun qui n’a pas ménagé Paul Bérenger.

A la fin l’impression subsiste que les dirigeants étaient surtout là pour inciter les électeurs à se rendre massivement à leurs meetings de dimanche prochain. Match à distance qui, dans l’ensemble, n’a pas livré de vainqueur si on peut parler en ces termes puisque l’intérêt aurait été tout autre si, au lieu des monologues, on avait eu droit à des face-à-face. Soit un exercice qui aurait permis de mesurer la capacité de nos politiques de débattre, de vendre leurs idées et de séduire par leur personnalité… En attendant, on attendra les prochaines prestations où les intervenants devraient surtout décliner leurs programmes et expliquer leurs propositions pour “une île Maurice meilleure”.

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