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Le prix du sucre baissera de 39 % en quatre ans
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Le prix du sucre baissera de 39 % en quatre ans
Les responsables de l’industrie sucrière s’inquiètent. Et dénoncent la volonté de la Commission européenne (CE) d’aller trop loin et trop vite. Car la CE a, hier, proposé une baisse de 39 % du prix du sucre que Maurice vend sur le marché européen. La baisse est étalée sur quatre ans et démarre l’année prochaine avec une première réduction de 5 %.
Ainsi, dès 2006, le prix du sucre passera de 523,70 euros la tonne à 496,80 euros. La baisse la plus importante interviendra en 2007-2008 quand le prix chutera à 384,70 euros la tonne. A la fin du processus en 2009-2010, le prix du sucre atteindra 319,50 euros.
“Je trouve que la Commission européenne persiste et signe. Il y a une obsession à apporter une réforme brutale quelles que soient les conséquences pour les producteurs des pays du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique, dont Maurice”, déclare le ministre de l’Agriculture, Nando Bodha. Selon ce dernier, la priorité est maintenant de mener campagne auprès des décideurs politiques de l’Union européenne qui ont jusqu’en novembre pour adopter le projet de loi sur la réforme du régime sucrier européen. “C’est maintenant aux décideurs politiques de prendre des décisions quant au quantum de la baisse et la mise en application. La priorité pour nous sera d’agir auprès des ministres européens de l’Agriculture et du Parlement européen”, explique-t-il.
L’ampleur de la baisse du prix du sucre annoncée porte un terrible coup à l’industrie sucrière. “A ce niveau de prix, on ne pourra pas survivre. Ce sera très difficile”, déclare Jean-Noël Humbert, secrétaire général de la Chambre d’Agriculture. Il se dit déçu de la position de la Commission européenne. “La commission veut aller trop vite et trop loin. Si le texte de loi présenté est adopté tel quel en novembre, cela aura un impact dramatique sur l’industrie sucrière et ceux qui en dépendent et sur l’économie”, poursuit Jean-Noël Humbert.
<B>Aide dérisoire</B>
L’industrie sucrière emploie 22000 personnes et fait vivre 30000 petits planteurs. Les revenus sucriers en devises étrangères se sont élevés à Rs 9 milliards en 2004.
Jean-Noël Humbert trouve inéquitable que les betteraviers européens recevront une compensation représentant 60 % de la baisse de prix, ce qui veut dire qu’en réalité, la baisse de prix sera de 16 % seulement. A titre de comparaison, les 40 millions d’euros d’aide prévus pour Maurice et les 18 autres pays producteurs de sucre du groupe ACP sont dérisoires, précise le secrétaire général de la Chambre d’Agriculture. Mais Jean-Noël Humbert garde espoir que le lobby de Maurice et du groupe ACP auprès des décideurs politiques européens portera ses fruits.
TÉMOIGNAGE
<B>Le désarroi des petits planteurs</B>
■ Si l’inquiétude s’est installée à la Plantation House comme à l’hôtel du gouvernement, la nouvelle d’une baisse de 39 % du prix du sucre a semé le désarroi dans la communauté des petits planteurs. Ils sont quelque 30000 à cultiver la canne à sucre. Anand Phalad, 57 ans, petit planteur, la cultive sur quatre arpents, à Baie-du-Tombeau. “J’ai peur. Avec une telle baisse, j’ai l’impression que la communauté des petits planteurs disparaîtra dans quelques années”, dit-il.
Les coûts de production sont en hausse constante, souligne-t-il. Pour une journée dans les champs, le laboureur réclame entre Rs 250 et Rs 270. Il faut y ajouter le prix des fertilisants qui est également en hausse. A ces coûts élevés s’ajoute un climat instable, explique le petit planteur. Et à la suite du mauvais temps ayant prévalu en mars, il s’attend à une chute de 30% dans le volume de cannes. Comment donc baisser les coûts de production de moitié pour assurer la viabilité de ses terres ? Anand Phalad estime ainsi qu’“une telle réduction est impossible, même sur plusieurs années”.
<B>Les ACP: “La baisse nous paralysera”</B>
Les pays du groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) sont inquiets. La baisse drastique dans le prix garanti du sucre, affirment-ils, aura des répercussions socioéconomiques désastreuses. Le bloc réclame une réforme qui soit juste et équitable, respectant les engagements légaux et politiques pris par l’Union européenne (UE), garantis par le Protocole sucre.
A Bruxelles, hier, la commissaire à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel, a communiqué le quantum officiel de la baisse, en marge de la réforme du régime sucrier européen. Elle est de l’ordre de 39 %, étalée sur quatre ans. Membre des ACP, Maurice en est le premier exportateur de sucre vers l’Europe.
“La proposition de la Commission aura un effet paralysant sur les économies des ACP, fournisseurs traditionnels de sucre à l’Union européenne”, clame le bloc, dans un communiqué en date d’hier. Et d’ajouter : “En sus de la baisse, la proposition imposera également aux ACP de nouvelles restrictions de marketing, à l’encontre de l’essence même du Protocole”. Le groupe explique que, sous ce Protocole sucre, les ACP ont satisfait à leurs obligations. Aussi, ils s’attendent, en retour, que l’Union européenne respecte ses engagements portant sur les garanties de prix, de l’accès au marché européen et de la durée indéfinie du Protocole.
<B>Contre-propositions</B>
Le groupe affirme que l’accès préférentiel au marché européen est d’importance capitale à l’économie des pays ACP. Dans certains cas, le sucre est la source principale de revenus. La réduction équivaudrait à un manque à gagner net de 400 millions d’euros par an : dans certains pays ACP, une personne vit avec moins de deux euros par jour.
“La réforme arrive trop vite. Elle est importante. Elle sera exécutée en trop peu de temps”, affirme le ministre guyanais des Affaires étrangères, Clement Rohee. “Dans de telles conditions, l’industrie sucrière dans plusieurs pays ne pourra survivre, alors que dans d’autres, la soi-disant réforme aboutira inexorablement à des réductions sévères, avec des effets socioéconomiques désastreux”.
Tout en soulignant la nécessité d’une réforme, les ACP souhaitent une réduction moins importante, étalée sur huit ans, avec les mesures d’accompagnement pour soutenir la restructuration et la modernisation des industries. La préférence de ce bloc va au maintien d’un développement soutenu à travers le commerce, au lieu de créer un autre mécanisme d’aide.
Les ACP indiquent qu’ils se sont déjà attelés à moderniser et à améliorer la compétitivité de leurs industries. Pour y parvenir, il faut des moyens de l’UE. Et le groupe s’appuie sur une affirmation du gouvernement britannique à l’effet que 500 millions d’euros (Rs 17,5 milliards) seront nécessaires pour atténuer le manque à gagner. “Il est impératif que le financement soit disponible avant la réforme proposée, dès 2005”, affirme le ministre jamaïcain des Affaires étrangères, K. D. Knight. Tout retard serait fatal!
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