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Inacceptable!
<B>Par Nazim ESOOF</B>
On l’a dit. On va le redire et on n’arrêtera pas de le dire. La puérilité des arguments avancés par les deux blocs pour retarder la diffusion de leurs manifestes électoraux révèle à la fois un déficit d’imagination et un manque total de respect à l’égard de l’électorat et des règles démocratiques. L’envie nous prend presque aujourd’hui de leur dire de débattre eux-mêmes de leurs programmes ! C’est d’une irresponsabilité indigne d’un parti politique que de rendre ses propositions électorales publiques à presque une semaine des élections. Alors qu’on s’attendait à un sursaut de modernisation du landerneau politique, il a une nouvelle fois déçu. Il préfère se signaler par son obstination à rester figé dans les jeux politiciens. Même si, quelque part, la classe politique peut prétendre que les élections ne se jouent pas sur les programmes électoraux, un minimum de décence aurait dû la contraindre à rechercher le débat avec l’opinion. Or, il faudrait croire qu’elle n’affectionne pas particulièrement la contradiction, préférant à cela le show auquel elle se livre sur les estrades politiques devant des partisans tout acquis à sa cause. Vraiment indigeste!
Tout aussi inacceptable est le fait qu’on n’a toujours pas droit à un débat télévisé entre les deux leaders des deux principales alliances. Il faut souligner, entre parenthèses, que pour une fois il n’y a même pas de simulacre de défis. L’impression qui s’en dégage est celle que les leaders pourraient s’être mis d’accord pour éviter ce face-à-face qui aurait permis aux électeurs de mieux saisir leur capacité à crédibiliser, dans la confrontation d’idées, leurs projets. On est en 2005, dans un pays qui aspirerait à devenir un “multi-hub” et où on annonce une culture proliférante de l’économie virtuelle. Pourtant, un simple débat télévisé n’est pas possible. Cela en dit long sur les prétentions modernistes de nos dirigeants politiques!
Inacceptable serait un euphémisme pour qualifier des propos de certains politiques qui parlent de “guerre” et de “sang à verser” dans leurs discours. Ils oublient qu’en face d’eux se trouvent des zélés politiques qui risquent de les prendre au mot. L’élan propagandiste a des limites qu’il ne faut pas franchir. On est tenté de plaider auprès des leaders pour qu’ils rappellent certains de leurs candidats à plus de mesure. Sauf que quelques-uns pratiquent, eux-mêmes, ce langage nourri à la haine raciale. Alors l’appel sera seulement lancé aux électeurs pour leur dire qu’il ne faut pas oublier qu’une campagne électorale n’est pas une guerre sainte qu’on livrerait à d’autres compatriotes. Une campagne électorale aurait dû être un moment palpitant où des hommes, aux idées contraires, se seraient fait un devoir de débattre de grands enjeux. Or, d’enjeux, personne ne parle. Mais des jeux bassement politiciens, tout le monde en pratique.
Cette vieille coutume des oriflammes et autres chiffons aux couleurs de nos partis politiques, elle, n’est pas près de cesser. Pendant cinq ans, gouvernement et opposition ont crié sur tous les toits qu’il faut œuvrer en faveur d’une île Maurice verte où l’environnement est une préoccupation constante. Des lois ont été votées. Des amendes sanctionnent les actes déviants de la population. Aujourd’hui, à quoi assiste-t-on? Les politiques parlent de folklore électoral incontournable. Les citoyens assistent, impuissants. Dans la nuit, des hommes grimpent sur des pylônes électriques. L’un d’entre eux y a même laissé sa vie. D’autres, dans la brume des soirées hivernales, s’agressent pour quelques mètres de plastique que le groupe adverse aurait enlevés. Il y a des coups, et notre intelligence collective s’en trouve profondément blessée.
Tout l’électorat n’est certes pas désabusé. Mais une bonne partie n’est pas dupe de la grossièreté des manœuvres de nos politiques.
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