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Un tournant de la campagne
“Il y a quelque chose d’inédit avec ces élections. Pour la première fois, je sens que ce sont les électeurs qui tirent la campagne et non pas un bloc politique”, explique Amédée Darga de Stra Consult. Le constat est unanime. Hormis les partisans qui s’affichent, il y a une grande majorité des électeurs qui reste bien au chaud, bien éloignée du folklore électoral traditionnel. On n’arrête pas de parler des indécis. C’est dans ce contexte que débutent les émissions politiques à la télévision et que les deux principaux blocs vont publier leurs manifestes électoraux. Serait-ce suffisant pour convaincre les électeurs?
“Du fait que ce sont les indécis qui vont décider, il ne fait aucun doute qu’ils vont puiser des émissions télévisées, les informations dont ils ont besoin pour faire un choix parce que jusqu’ici, n’étant pas aux meetings et réunions, ils n’avaient pas un contact direct avec les politiciens”, fait remarquer Malenn Oodiah, sociologue. Encore faudra-t-il que les politiques changent de discours et de postures.
Déjà, Nando Bodha précise que l’alliance MSM-MMM s’appuiera sur les émissions pour mettre en relief le “bilan formidable, l’esprit d’équipe et la vision de l’avenir” du gouvernement sortant. “Nous allons reproduire le même langage que celui utilisé lors de nos meetings et réunions”, ajoute-t-il. Sans doute, ce bloc politique voudrait ainsi insister sur la cohérence de son discours et de sa démarche. Mais il faudrait encore savoir s’il parviendra à séduire les indécis. Réponse dans les jours à venir.
“Un silence corroboré par les sondages”</B>
Sarat Lallah, l’un des animateurs de la campagne de l’Alliance sociale, est pour sa part catégorique. “Il n’y a eu rien de neuf à la télévision. Finalement, ce sont les radios privées qui ont innové durant cette campagne. Quant aux émissions politiques à la télévision, il faudra voir la prestation des intervenants mais encore une fois les attentions seront braquées sur les leaders”, déclare Sarat Lallah.
Mais nombreux sont ceux qui estiment que les émissions télévisées auront un effet certain sur l’électorat. C’est le cas d’Harish Boodhoo qui n’arrête pas de plaider en faveur d’un face-à-face entre Paul Bérenger et Navin Ramgoolam. Le syndicaliste, Jack Bizlall, est également d’avis que ces émissions sont importantes. C’est une campagne silencieuse, note-t-il, comme tant d’autres observateurs.
L’effet direct d’une campagne silencieuse, c’est que les politiques devront convaincre sur les ondes et à l’écran. “Parce que la population n’a pas bougé énormément avec les meetings et autres congrès. Il y a un silence des électeurs qui est corroboré par les sondages”, affirme, à ce chapitre, Jack Bizlall.
Pour le syndicaliste, il y aurait définitivement une certaine désaffection de l’électorat. “Les bases ne sont plus animées le soir comme auparavant. Les gens sont devenus sédentaires. Ils vont s’appuyer sur les émissions télévisées pour tenter de faire leur choix”, enchaîne-t-il. Ce qui implique que les intervenants devront faire preuve d’une plus grande cohérence autant dans le contenu qu’au niveau de la prestation. “Cela exige aussi une plus grande maturité des candidats autrement ils risquent de perdre gros”, prévient Jack Bizlall. Pas gagné d’avance quand on sait qu’un certain nombre de candidats sont arrivés sur le tard dans la campagne!
<B>“Pas d’interaction”</B>
Que ce soit pour les émissions politiques ou le programme électoral, les politiques disposent de peu de temps pour marquer l’imaginaire des indécis. Ceux-ci attendent des réponses concrètes à leurs préoccupations. Que fera-t-on pour résoudre le problème du chômage, de la crise par laquelle passent la zone franche, le sucre, le tourisme…
“Les Mauriciens veulent des réponses. Et les politiques ne disent pas ce qu’ils comptent faire, ils braillent. Ce ne sont certainement pas les panacées duty-free island ou les 100 jours pour changer nos vies qui constituent des réponses aux questions que se pose la population”, prévient, avec lucidité, Malenn Oodiah.
Il reste toutefois que les manifestes électoraux souffrent du déficit de ne pas être des documents sur lesquels l’électorat se réfèrerait pour faire son choix. “C’est dans la manière de véhiculer les programmes, dans son mode de diffusion que la différence se fera…”, laisse entendre Malenn Oodiah. Déjà, il faut retenir que les programmes ne seront rendus publics qu’à un peu plus d’une semaine des élections seulement. “On aurait dû bénéficier de deux mois pour discuter des programmes. Là, il n’y aura même pas d’interaction et encore moins de contradiction. Donc, je ne pense pas que les programmes fassent grand effet”, estime Jack Bizlall.
Campagne silencieuse avec un rôle important des émissions politiques; importance réduite des manifestes électoraux… L’atmosphère électorale va devenir un peu plus brumeuse dans les prochains jours. Aux politiques d’éclairer sur leurs propositions et de convaincre par leur prestation… en se rappelant que les mauvais acteurs ne figurent qu’au sein des navets.
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