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Le vrai défi

22 juin 2005, 00:00

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?Save our sugar? clame Maurice en ch?ur avec d?autres pays qui cultivent la canne. Pourtant, rien ne permet d?affirmer que l?annonce de la baisse du prix du sucre, qui sera faite devant la Commission européenne aujourd?hui, sonnera le glas de notre industrie sucrière. Si les politiciens abandonnaient leur rhétorique inutile et les capitaines d?industrie leur léthargie traditionnelle, nous ne resterons pas dans la mélasse pendant longtemps. Avec son savoir-faire et l?ardeur avec laquelle elle sait relever les défis, Maurice peut transformer la situation à son avantage.

Certes, il n?est pas question de sous-estimer l?ampleur de la baisse des prix sur notre économie. Les chiffres sont implacables. Environ 60 000 familles dépendent directement ou indirectement de l?industrie sucrière. La baisse de 43 % serait étalée sur une courte période de quatre ans. A partir de juillet de l?année prochaine, le prix du sucre passera de 523 euros à 496 euros la tonne. Vers la fin de 2010, elle atteindra un plancher de 303 euros la tonne. Mais cela fait longtemps que ce filet de protection que nous tendait l?Europe était percé. Nous ne pouvions vivre en restant indéfiniment accrochés à cette bouée.

Le régime sortant a élaboré un plan de sauvetage de l?industrie. Le Parti travailliste fera sans doute également des propositions concrètes une fois qu?il aura fini de critiquer les ?faiblesses? du lobbying mauricien auprès de l?Union européenne. Chacun sait que les solutions externes ne sont qu?un palliatif. Il revient avant tout aux Mauriciens de créer les conditions pour que l?industrie sucrière opère une mue profonde pour devenir rentable.

Il y a trois semaines, le gouvernement a approuvé un plan de ?réforme accélérée? visant notamment à développer les sous-produits à valeur ajoutée de la canne. Un des points forts de ce plan : la production d?éthanol et la création d?un port dédié aux produits énergétiques dans le Sud. L?éthanol a de l?avenir même si son manque de rentabilité a été un frein à un développement à grande échelle dans le passé. Son prix de revient n?est plus si éloigné de celui de l?essence. De même, avec la hausse des matières premières et la conscience écologiste, il existe des conditions intéressantes pour utiliser la bagasse en vue de la production d?énergie électrique.

Pendant ce temps, que réclame la Chambre d?agriculture ? Elle se plaint du niveau d?endettement de l?industrie sucrière. Elle réclame des instruments financiers ?pour un rééchelonnement de la dette sur une plus longue période?. Elle réitère subtilement sa demande pour une ?conversion des terres agricoles en terres résidentielles?. (Voir plus loin l?interview de Christian Foo Kune, nouveau président de la Chambre d?agriculture) . Après le tollé provoqué par le deal Illovo il faut être crânement téméraire pour oser revendiquer une telle faveur. Encore un peu et certains plaideront pour la dévaluation pour que les revenus de l?industrie en roupies mauriciennes restent stables en dépit de la baisse de 43 % en euros !

Nos ?partenaires? de l?Union européenne proposent, eux, des mesures dites d?accompagnement pour alléger les difficultés de l?industrie sucrière durant la phase de transition. La somme que l?UE se propose de mettre à la disposition de l?ensemble des pays ACP signataires du Protocole sucre s?élève à Rs 1,4 milliard en 2006-2007. De quoi acheter des cacahuètes?

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