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Traiter les dépendances physiques
Dans le processus complexe de détoxication des drogues dures, le traitement médicamenteux pour sevrer les dépendances physiques ne compte que pour 10 %. Le reste repose sur la motivation de l?usager et sur son soutien familial. Si cette détoxication se fait depuis des années comme traitement ambulatoire, un centre rien que pour le traitement de ces dépendances physiques 24 heures sur 24 faisait défaut. C?est désormais une réalité avec le lifting du Centre de Réhabilitation pour filles (RYC) de Beau-Bassin. L?initiative du ministère de la Sécurité sociale vise à convertir le bâtiment en Centre national de détoxication.
Et le bâtiment s?est métamorphosé. D?ailleurs, l?aile qui n?a pas encore été rénovée fait tache à côté de la partie rénovée. Sur celle-ci, on ne voit plus les pierres fatiguées, ni les bardeaux branlants de la toiture. Ils ont cédé la place à une façade retravaillée et bien crépie, peinte en beige et blanc et à une toiture pentue en tôle cannelée d?un gris verdâtre.
Il en va de même pour les façades internes, peintes dans les mêmes coloris et les sols recouverts de carreaux céramiques gris-bleu. La partie utilisable du bâtiment comprend une salle d?accueil, une salle de séjour et une salle à manger. Douze lits à la literie bleu-gris, avec leur armoire en fer attenante, meublent le dortoir. D?ici début août, ce nombre passera à 24. Un ventilateur trône au-dessus de chaque lit en prévision des jours de canicule. Des barreaux métalliques ornent les fenêtres.
De la salle de séjour, on accède à une vaste véranda ouverte. Là, les patients seront encouragés à prendre l?air et à pratiquer des jeux de société. Une muraille ceinturera le bâtiment. Un terrain de volley-ball sera aménagé dans la cour. La section des femmes qui comprendra 10 lits, est dans le même bâtiment mais ses intérieurs attendent d?être rénovés. Les patients des deux sections n?auront aucun contact.
Le Centre national de détoxication accueillera ses 12 premiers patients masculins d?ici 15 jours. Le Dr Fayzal Sulliman, sera responsable dudit centre. Ce généraliste qui s?est spécialisé dans la médecine d?urgence et dans le traitement et la réhabilitation des toxicomanes, et qui est actuellement le coordonnateur de l?unité de traitements et de recherches à la NATReSA, explique que jusqu?ici on sevrait les usagers de drogues dures par traitement ambulatoire dans cinq centres de réhabilitation.
Le sevrage en question consistait en l?administration quotidienne sur 15 jours de doses élevées de phosphate de codéine, alliées au somnifère diazepam. Doses progressivement diminuées au cours du mois suivant le début de la cure. Bien qu?étant un puissant opiacé, la codéine occasionne moins d?effets secondaires que l?héroïne, tout en atténuant les douleurs et autres inconforts liés à la désaccoutumance.
Cure de 15 jours
Les centres de réhabilitation ont réalisé cependant que ce traitement en ambulatoire réussissait surtout aux patients ayant une forte motivation et un solide soutien familial. Les autres rechutaient. D?où l?importance d?un travail de motivation préalable et d?une prise en charge médicamenteuse 24 heures sur 24.
Pour que la cure délivrée par le Centre national de détoxication ait toutes les chances de réussir, ledit centre accueillera deux patients référés par les centres de réhabilitation qui délivrent déjà un traitement ambulatoire et dont la motivation a été antérieurement travaillée. Le traitement médicamenteux comprendra alors un dosage beaucoup plus important de codéine et de diazepam pendant quatre jours.
Les doses seront diminuées pendant 3 jours supplémentaires, et réduites à leur minimum pour encore sept jours. Le Dr Sulliman pense qu?au bout des 15 jours, la majorité des patients n?aura plus besoin de médicaments. ?Les plus résistants devront avoir leur traitement ambulatoire pour encore une semaine.?
Quatre médecins seront affectés au centre. Ils seront épaulés par six infirmiers et dix autres aides.
Un psychologue et un ergothérapeute y interviendront à mi-temps. Un psychiatre du ministère de la Santé supervisera les traitements.
Le traitement de choix pour la toxicomanie reste la buprénorphine (Subutex). Si son usage n?est pas détourné, il calme le toxicomane et lui permet de mener une vie quasi-normale. Un interdit d?importation pèse toutefois sur ce médicament. Le Dr Sulliman a, au nom de la NATResa, demandé à la Santé de lever ladite interdiction.
En attendant ce feu vert et l?importation effective de la buprénorphine, le Dr Sulliman considère que l?Anti-Drug and Smuggling Unit qui a jusqu?ici saisi 10 000 comprimés de Subutex à des fins de destruction, pourraient les offrir au centre. Une idée qui devrait peut-être faire son chemin dans l?esprit du ministre de l?Intérieur?
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