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La coupe sur fond d?incertitude
Il règne dans l?usine sucrière de Deep-River-Beau-Champ Ltd, les derniers instants d?un calme pesant. Quelques employés effectuent les dernières vérifications avant de mettre en branle toute la machinerie industrielle. Et pour cause, le ministre de l?Agriculture, Nando Bodha donnera dans moins d?une heure le coup d?envoi à la récolte sucrière 2005.
La récolte dans les champs débute demain et le broyage des cannes vendredi. ?La production de cette année, explique Christian Marot, le directeur général, devrait atteindre une moyenne de 77 600 tonnes, ce qui est inférieur aux 86 000 tonnes produites en 2001.? Le thème choisi cette année est Nou dimounn, nou valer.
Les employés, réunis dans l?usine pour le coup d?envoi, ne cachent pas leur émotion. ?Nous vivons la saison de la coupe comme un véritable événement. C?est un moment très important dans la vie de l?usine?, confie Robert, employé à Deep-River-Beau-Champ Ltd depuis un peu plus d?une dizaine d?années. Comme lui, tous n?attendent qu?une chose : que les machines soient mises en route et que l?usine dégage cette odeur si familière de la mélasse.
?Durant la coupe, l?usine reprend vie. Nous avons hâte de nous mettre au travail même si elle s?opère, cette année, dans un contexte particulier?, ajoute un autre employé. La réforme de l?industrie sucrière hante, en effet, les esprits. (voir aussi pages 11 et 15).
Une année difficile
Le ministre de l?Agriculture, Nando Bodha, en est conscient. Pour lui, il y a nécessité pour l?industrie sucrière de se diversifier. A ce jour, 25 % de l?électricité produite à Maurice provient de la bagasse. ?Nous nous devons de consolider et de restructurer notre industrie sucrière. Il nous faut une industrie viable pour les 25 prochaines années?, lance-t-il à une assistance tout ouïe. Pour Christian Marot, l?usine de Deep-River-Beau-Champ Ltd a ?vécu de profonds changements?, notamment avec le ?départ volontaire? de 812 employés en 2002. ?Maintenir la qualité du travail avec un effectif réduit d?environ 40 % a certes été un défi que nous avons pu relever?, souligne-t-il sous l?approbation générale.
?Cette année n?a pas été facile pour tout le monde, laissent unanimement entendre les employés de l?industrie sucrière. Nous vivons dans l?incertitude depuis plusieurs mois. Nous ne savons pas du tout à quoi nous attendre dans les mois à venir.? C?est tout de même avec enthousiasme, précisent-ils, qu?ils se rendront, cette année encore, dans les 500 hectares de champs de cannes pour accomplir leur dur labeur. ?Il n?y a aucun doute, ajoute le directeur général, que l?industrie sucrière est à l?aube des changements les plus importants qu?elle ait vécus sur une aussi courte période.?
Après les discours, place à la coupe symbolique de la première canne de la saison. L?honneur revient au ministre de l?Agriculture sous les applaudissements nourris des travailleurs. Il procède ensuite au moment tant attendu : la mise en route des machines.
La sirène, annonçant le début de la récolte sucrière retentit aussitôt dans l?enceinte de l?usine, suivie du vrombissement rassurant des équipements lourds. ?ça y est : nous pouvons enfin nous remettre au travail !? La phrase fuse d?un employé sous les rires complices de ses collègues.
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