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22 juin 2005, 00:00

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<B>Par Stéphane SAMINADEN</B>

C’est aujourd’hui que s’ouvre la boîte de Pandore pour l’industrie sucrière de Maurice et de 18 autres pays du groupe Afrique, Caraïbes et du Pacifique (ACP). Selon des fuites savamment distillées par la Commission européenne, la baisse du prix du sucre tournera autour de 40 % (37 % selon une première version et 43 % selon une seconde).

Pour l’industrie sucrière du pays, la différence entre la vie et la mort ne dépend pas de quelques points de pourcentage. Pratiquement aucun producteur ne pourra soutenir une baisse de revenu de cette ampleur.

Les plus vulnérables succomberont en premier. Il est politiquement incorrect de le dire – de surcroît en pleine campagne électorale – mais ce sont surtout les petits planteurs qui feront en premier les frais de la baisse du prix du sucre sur le marché européen. Il en existe 30 000 représentant une production annuelle de 200 000 tonnes de sucre.

Le “doomsday”, scénario qui se dessine, prévoit la contraction inexorable de l’industrie jusqu’à une taille trop petite pour devenir viable et soutenable. Ce sera l’implosion.

Le ministre de l’Agriculture, Nando Bodha, veut encore y croire. Lors de l’Assemblée générale annuelle de la Chambre d’agriculture la semaine dernière, il a soutenu que la balle est dans notre camps et que c’était aux acteurs de l’industrie de faire ce qu’il fallait.

La Plantation House veut bien y croire aussi mais à deux conditions : que les fonds européens pour la restructuration de l’industrie arrivent bien avant la baisse des prix et que cette réduction soit étalée sur une plus longue période que les quatre ans indiqués par la commission européenne.

Dans cette logique, la seule carte qu’il nous reste à jouer c’est la carte politique afin de convaincre Bruxelles de faire montre de plus de souplesse concernant la réforme du régime sucrier.

Encore une fois il faudra aller rappeler à Bruxelles les liens historiques et économiques qui lient les pays européens à leurs anciennes colonies d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. On pourra même évoquer une obligation légale qui figure à l’article 36 de l’Accord de Cotonou.

Ces arguments maintes fois ressassés pourront-ils convaincre maintenant alors qu’il apparaît clairement que la Commission s’est jusqu’ici contenter d’y prêter une oreille polie ?

Espérons que nous aurons plus de chances au niveau politique, soit auprès du Parlement et du Conseil des ministres européens.

Maurice et les ACP espèrent pouvoir compter sur des alliés européens pour qui la réforme sera aussi désastreuse pour leur industrie sucrière. Une étude conclut que l’industrie sucrière survivra intacte dans huit pays européens seulement, notamment, la France, l’Allemagne et l’Angleterre. L’industrie sera par contre en difficulté en Irlande, en Grèce, en Espagne et en Finlande.

Comment ces pays accueilleront la réforme du régime sucrier nous est inconnu. En tout cas, Bruxelles a assorti son projet de subventions généreuses pour les betteraviers européens. Les fermiers pourront assez aisément se reconvertir dans la culture du maïs ou du blé. Pour ce qui est des sucreries européennes, Bruxelles les paiera pour qu’elles ferment.

A hier, la presse européenne, parlait essentiellement des gains que représente la réforme du régime sucrier pour les sucreries européennes et les gros utilisateurs.

Il a été calculé que Cadbury Schwepps fabricant de bonbons, et de boissons gazeuses, économisera 105 millions d’euros chaque grâce à la baisse du prix du sucre. Il est à craindre que des considérations pécuniaires aient maintenant plus de poids que ce qui pourrait n’être bientôt qu’un vestige d’un passé colonial.

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