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Le sombre destin de l'industrie sucrière fixé aujourd’hui

22 juin 2005, 00:00

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Alors qu’à Maurice, la récolte se fait à coups de panga, on coupe les prix par des traits de plume à Bruxelles. L’industrie sucrière, pilier historique de notre économie, se retrouve ensevelie sous une marée d’incertitudes. La Commission européenne annonce aujourd’hui le quantum officiel de la baisse du prix garanti du sucre, de même que les mesures d’accompagnement.

Chaque année, Maurice exporte un quota de quelque 500 000 tonnes de sucre vers l’Union européenne (UE), à raison de 523,7 euros la tonne. En réformant son régime sucrier, l’Europe réduira le prix pour que le seuil de 43 % soit atteint en 2009-2010. Et cette baisse représente un manque à gagner de quelque Rs 4 milliards pour notre industrie sucrière, croulant déjà sous les dettes.

L’industrie, dans son ensemble, emploie quelque 22 000 personnes, dont 14 000 par les compagnies usinières regroupées sous la Mauritius Sugar Producers’ Association. Qui plus est, la communauté des petits planteurs s’élève à 30 000.

<B>Restructuration tuée dans l'œuf</B>

L’ampleur et le calendrier de la baisse qu’annoncera aujourd’hui la Commission européenne risque de remettre en cause le gagne-pain de dizaines de milliers de personnes

Notre industrie est déjà engagée dans un processus de restructuration visant à réduire les coûts de production. C’est ainsi que 8 000 personnes ont été appelées à prendre une retraite volontaire anticipée depuis 2002.

Par ailleurs, suite à l’annonce en juillet 2004 d’une baisse de 37 % du prix du sucre, un plan accéléré de réforme a été établi. Ce projet ambitieux vise à transformer l’industrie sucrière en un “cluster”, avec des investissements dans la production de l’éthanol et la génération d’électricité. Aux champs, préparation de la terre, mécanisation et irrigation moderne sont de mise.

Néanmoins, la grande crainte est que ce plan de restructuration risque d’être tué dans l’œuf par une baisse drastique du prix du sucre sur le marché européen, estime Christian Foo Kune, nouveau président de la Chambre d’agriculture. “Aucun producteur ne peut prétendre survivre à une baisse de prix de 43 % étalée sur quatre années seulement ”, déclare-t-il. (Voir interview p 15).

Les établissements sucriers ont eu la présence d’esprit d’investir pour effectivement réduire les coûts. En dépit du bon vouloir de l’État qui a voté un budget de Rs 500 millions pour aider les petits planteurs à se restructurer, ces derniers sont loin d’avoir fait un pas dans la direction souhaitée. Un point noir qui complique davantage la situation puisqu’ils seront les premiers à souffrir de la baisse.

L’enjeu est conséquent. Et le ministre de l’Agriculture, Nando Bodha, en fait une affaire nationale. Intervenant à la cérémonie du début de la coupe à Deep-River-Beau-Champ, il a plaidé pour une concertation de tous les partenaires afin de dégager une stratégie commune pour mener campagne en Europe, pour que nos griefs soient désormais pris en considération à chaque étape.

<B>“Sugar our story”</B>

Les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) comptent lancer une campagne prochainement baptisée SOS, Sugar our story. Dans le lobbying auprès des instances politiques, les ACP ont des alliés car un groupe d’États membres de l’UE conteste la baisse des prix.

Des betteraviers européens comptent aussi monter en première ligne. Alors que les ministres européens de l’Agriculture se réuniront le 18 juillet sur les propositions de Mariann Fischer Boel, l’on s’attend à ce que 5 000 betteraviers descendent dans la rue.

Autre épineux aspect est la mesure d’accompagnement que l’UE se propose de mettre à la disposition des pays ACP, signataire du Protocole sucre. Le premier pas de Bruxelles a encore semé le doute vu la somme dérisoire proposée, soit Rs 1,4 milliard pour la période 2006-2007. Toutefois l'industrie garde espoir que des budgets plus conséquents soient votées par la suite. Des sommes de 100 millions d'euros ont été évoqués lors des discussions avec les responsables européens.

L’incapacité des leaders européens à se décider sur le budget de l’Union est source de soucis. C’est de ce budget 2007-2013 que le montant des mesures d’accompagnement sera puisé. La Grande-Bretagne a été à la base de l’échec du sommet des chefs d’État, en arguant que la politique agricole de l’UE est trop onéreuse. La priorité devrait être accordée dans les nouvelles technologies et les autres secteurs d’avenir.

Qui plus est, à partir du 1er juillet, la Grande-Bretagne prend le relais au Luxembourg à la présidence du Conseil européen. Un des fervents d’une réforme du système sucrier, ce pays préconise néanmoins des mesures financières conséquentes en faveur des pays ACP. Sa formule consiste au déboursement de 100 millions d’euros en amont, et ensuite 500 millions d’euros au cours des trois prochaines années.

L’épée de Damoclès est entretemps suspendue sur le gagne-pain quotidien de dizaines de milliers de familles mauriciennes.

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