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Bob Geldof parraine Live8
Par la diversité et la qualité des participants, l?ampleur des moyens techniques, le public potentiel hors de toute mesure et la finalité humanitaire qui l?anime, le concert Live8 sera sans aucun doute l?une de ces fêtes qui marquent une époque. Il doit avoir lieu le 2 juillet, simultanément, dans huit villes : Londres, Berlin, Rome, Tokyo, Johannesburg, Philadelphie, Toronto et... Versailles, sur l?esplanade du château. La lutte contre la pauvreté en Afrique vaut bien une messe à l?échelle mondiale, à quelques jours de la tenue à Gleneagles (écosse) du sommet du G8, le club regroupant les pays les plus riches de la planète et la Russie. Le rocker irlandais Bob Geldof la fera grandiose. Mais à l?inverse du Live Aid du 16 juillet 1985, le concert pour l?éthiopie, qu?avait également organisé l?ancien chanteur des Boomtown Rats, cette initiative caritative est loin de faire l?unanimité.
À Hyde Park, les préparatifs de cet événement hors de toute mesure vont bon train. Les récipiendaires des 150 000 billets ont été choisis par tirage au sort parmi les deux millions de candidatures transmises par SMS en une semaine. La cause de l?Afrique va réunir l?aristocratie du rock : U2, Paul McCartney, Sting, Robbie Williams, Coldplay, Elton John, Madonna, Snoop Dogg, Stevie Wonder et même Pink Floyd, reformé uniquement pour l?occasion. La mobilisation de Harvey Goldsmith, mythique organisateur de concerts londonien, de Midge Ure d?Ultravox, et de Peter Gabriel souligne une nouvelle fois le talent de persuasion de Bob Geldof. ?Sir Bob?, il a été anobli en 1986, est doté d?un sens de l?organisation peu commun et érige l?arrogance et le juron en mode de communication.
Enfin, comme en 1985, Geldof est accusé d?avoir écarté de l?affiche les musiciens africains. Dans un communiqué, le Sénégalais Youssou N?Dour s?est dit ?choqué par la décision de ne programmer aucun autre artiste africain que lui? . Bob Geldof répond qu?il ne s?agit pas d?une question de couleur mais de popularité : les groupes qui se produisent doivent attirer les télévisions. Mais, devant la polémique, Live8, par le biais de Peter Gabriel, met sur pied un concert supplémentaire en Angleterre, à l?Eden Project (Cornouailles), avec des artistes africains, dont la Béninoise Angélique Kidjo, la Somalienne Maryam Mursal, le Malien Salif Keita ou le Zimbabwéen Thomas Mapfumo.
Par ailleurs, Bob Geldof aurait utilisé ses contacts au sein de la campagne en faveur de l?Afrique pour produire une série de six émissions intitulées ?Geldof in Africa? réalisées pour la BBC par la société de production Tan Alpes, dont il est cofondateur.
?Ce sera un jour extraordinaire, mais les vrais problèmes de la pauvreté extrême doivent être réglés par les dirigeants mondiaux et non pas par un groupe hétéroclite de pop stars vieillissantes? : cet éditorial au vitriol du quotidien de gauche Daily Mirror résume le scepticisme général, en particulier des ONG du développement. Faut-il pour autant faire un procès d?intention à Bob Geldof, qui se dévoue sur tous les fronts pour la cause de l?Afrique depuis des années ? Le revoilà, au moment des tragédies du Darfour, du Congo ou de l?Ethiopie. Président en exercice du G8, Tony Blair a fait de l?Afrique la priorité de son mandat. Geldof peut se targuer d?avoir persuadé le Premier ministre britannique de créer la Commission pour l?Afrique, lancée en février 2004, pour aider le continent noir. Par ailleurs, ses efforts de lobbying auraient joué un rôle dans les concessions faites par les états-Unis qui ont ouvert la voie à l?accord historique de Londres sur l?annulation de la dette des pays pauvres, la plupart africains.
Marc ROCHE @ Le Monde Distribué par The New York Times Syndicate
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