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Meddy Gerville : époustouflant chantier

20 juin 2005, 00:00

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Le pianiste réunionnais n?est pas l?inventeur du jazzoya pour rien. C?est au rythme de la maravanne qu?il entre en scène. Tout de suite, les petites graines, emprisonnées dans l?instrument, font bouillir notre sang. Et monter la pression au conservatoire François Mitterrand. C?était mercredi, lors de l?unique concert de Meddy Gerville accompagné pour l?occasion de trois solistes magnifiques.

Savoir jongler avec des individualités fortes. Ne pas se laisser enfermer dans le one-man show d?un caractère dominant. Laisser exploser tous les talents, tout en ménageant une plate-forme pour l?émergence naturelle de la performance physique de l?un des musiciens. C?est tout cela et plus encore que nous a servi le quatuor.

Avant d?égayer la salle comble, Meddy Gerville et ses complices : Jean Marie Ecay, guitariste, Dominique Di Piazza, bassiste et Horacio Hernandez, le batteur latino, ont participé à un atelier résidentiel d?une semaine à la Réunion. Au final : un panachage de morceaux qui portent bien la griffe de leurs auteurs, au point que l?on peine à croire que cela fait seulement sept jours que les musiciens ont mis en chantier leurs créations. C?est sans doute cela qu?on appelle le professionnalisme.

Des solos de Jean Marie Ecay livrés avec ce petit air inspiré, cette fausse impression de souffrir, alors que sous ses doigts se déroule le chemin jusqu?au nirvana du jazz. Tout à côté, la batterie lui tient tête. Horacio Hernandez, surnommé El negro, nous a véritablement bluffés avec sa formidable décharge d?énergie. Simplement époustouflant. Des années de travail pour maîtriser l?instrument. Changer de pédales en rythme sans perdre le fil. Coordonner le tout, avec les mouvements des bras, et partager avec nous une belle rage d?exister.

Sur scène, cela se voit. Chacun des musiciens est dans son ?trip?. Dominique di Piazza se dandine les yeux fermés, Jean Marie Ecay a le visage d?un martyr au plus fort de sa concentration. Meddy Gerville rigole souvent, signe d?une complicité évidente installée entre les musiciens.

Une aisance sur laquelle s?est visiblement greffée un goût commun pour la vitesse. Pour preuve, le Beebop express de Dominique di Piazza. Un rythme syncopé, tout en nuances. Dessus, Meddy Gerville rajoute des dentelles au piano. Mais si vite et si délicatement qu?on a pas le temps de le voir passer tant la virtuosité du musicien arrive à nous donner cette impression de facilité qui caractérise la pratique assidue de l?instrument. Des sensations d?hélicoptères, de course à cheval. Des allures de TGV, des mises en condition éthérées. Et au milieu, une petite volute de Jean Marie Ecay imitant tour à tour une marche militaire et un état de transe profond.

Autant de compositions enivrantes saupoudrées de kreol réunionnais de Meddy Gerville. Sonorité qui a laissé sur leur faim les amateurs de maloya. La valse métissée servie en dernier n?a pas su masquer cette attente exprimée à haute voix par des spectateurs.

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