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Chanteurs engagés : encore et toujours les mêmes
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Chanteurs engagés : encore et toujours les mêmes
D?abord il y a les fidèles. Emblèmes d?une lutte. De l?étiquette, impossible de se défaire. Trente ans après les faits, trois décennies après les années de braise, le Grup Lataniers est toujours engagé. La lutte continue pour revendiquer ?moins dominer,? plus de justice sociale.
à l?occasion de la Fête de la musique, qui sera célébrée demain, il est temps de faire le point. Où est la nouvelle génération de chanteurs engagés ? Au vu de ceux qui ornent les podiums, les noms ressemblent étrangement à ceux qui avaient cours en d?autre temps.
Intéressons-nous au cas Zul Ramiah. Longtemps Mauve, il a sorti un album?slogan : Bizin Sanzman. Pochette rouge vif pour textes travaillistes. Il a ainsi actionné une clé, celle d?un artiste qui en misant ouvertement sur les chances d?une alliance, diminue substantiellement son potentiel d?être perçu par le public, comme une sensibilité au-dessus de la mêlée.
Paradoxalement, le chanteur nous défend de qualifier son album de ?partisan.? Il préfère mettre en avant sa ?réelle créativité, ses jeux de mots à la place de la poésie?.
Va-t-il s?en remettre ? Pour lui, l?après 3 juillet s?annonce plein de défis. C?est sûr. Quelqu?un associé aussi longtemps aux militants connaît les raisonnements réservés aux partisans. Il est familier aux karo kann comme aux arcanes du pouvoir. Nous extrapolons. Rien ne nous interdit de penser que ce chanteur ? jusque-là fonctionnaire ? pourrait occuper des fonctions officielles dans une administration nouvelle.
La culture : un monde compartimenté
Postulat qui nous force à demander si le parti pris est le meilleur moteur pour faire avancer ce monde compartimenté qu?est la culture. Son discours : ?Je suis du genre rotin bazar.? La méthode forte a des avantages que nous ne nions pas. Mais quand il s?agit de sensibilités variées à ménager, est-ce là la technique qu?il faut recommander ?
Porteur d?une colère, d?une frustration, de celles indispensables pour alimenter la protest song, Zul Ramiah justifie son action en affirmant, ? J?ai toujours été très critique envers le MMM lorsque j?en faisais partie car j?estimais que c?était mon devoir de dire certaines choses.? Un changement de couleur symptomatique d?un sentiment que les choses n?ont pas évolué, l?action n?a pas porté ses fruits. ?Je n?ai pas changé du jour au lendemain?, précise Zul Ramiah.
Du coté de Lataniers aussi, on précise que l?on a pas ?changé mais évolué.? La couleur politique est résolument refusée. Mais les habitudes sont tenaces. Que reste-t-il de la chanson engagée ? Signe des temps incertains qu?étaient les années 70-80, est-ce un genre qui a péri avec les changements de mode ? à l?époque, les luttes syndicales grondent, les grèves de la faim sont une arme. Le pouvoir en place n?arrive pas à faire taire la rue. Les artistes se sentent interpellés. Leur conscience croque sur le vif les aspirations de tout un peuple.
Ce qui nous a laissé des standards impérissables. Soldat lalit militant, inénarrable Krapo Kriyé et tant d?autres ont traversé le temps sans prendre une ride. La preuve, leur utilisation massive dans les meetings et réunions nocturnes.
Recette pour attirer la grosse foule. Casse-tête de tous les bords confondus. Abreuver le public de discours ronflants mâchés par des leaders charismatiques. Certes, cela peut marcher. Mais durant un temps donné seulement.
C?est alors qu?entrent en scène les artistes. De Cassiya en passant par Negro Poulavi, ils le disent tous. Leur présence sur un podium politique ne signifie pas forcément leur adhésion à la ligne du parti qui loue leurs services. Si les textes sont socialement pertinents, il manque cette rage de convaincre qui caractérise la première génération d?engagés.
Si la chanson est décidément à la variété, les textes les plus ?engagés? sont à trouver du côté des rappeurs et autres chantres du ragga. Revey Twa, intime le dernier album de Otentik Street Brothers. Chez eux, la boîte à rythme se pose sur des mots en verlan qui dessinent durement la prison et le gandia. Un flambeau qui pour être vraiment crédible, mérite de rester apolitique. La mizer pa get figir.
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