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Une vie après le textile

19 juin 2005, 00:00

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Comment réconcilier les licenciés du textile avec le travail ? Comment leur redonner confiance dans l?avenir ? La British American Tobacco a sponsorisé la formation de certains d?entre eux à d?autres métiers.

Ils s?appellent Kissonduth, Jagadeesan, Devi? Comme tant d?autres, ils ont vécu une période difficile. Les usines de textile dans lesquelles ils ont travaillé pendant des années, ont un jour mis la clé sous la porte. Depuis ils rament et luttent contre ce coup de sort, mais ils ont peut-être une chance aujourd?hui de s?en tirer.

En effet, la British American Tobacco Mauritius (BAT) vient de lancer un projet de formation destiné à une trentaine d?employés licenciés du secteur textile. De concert avec l?IVTB, elle a mis en place un programme de trois mois, avec pour objectif de recycler ces personnes dans les secteurs tels que la plomberie, la conduite de poids lourds, l?électricité et la food production. Est-ce pour se donner bonne conscience que l?industrie du tabac contribue au développement communautaire et social ? On aura beau rabrouer la cigarette, il n?empêche que cet argent va faire des heureux.

Kissonduth Bhurosee, qui est pourtant un vieux routier et un touche-à-tout, devient euphorique quand il parle du cours domestic pipe work installation qu?il suit tous les samedis à IVTB. « J?apprends beaucoup de choses, des techniques, des finitions. Laissez-moi vous expliquer. On nous montre comment installer des robinets, à placer des cuvettes de toilettes, une douche électrique, à connecter l?arrivée et la sortie d?eau, et à installer les réservoirs d?eau. »

Lui, qui a surtout travaillé dans la soudure toute sa vie, est heureux de pouvoir maîtriser aujourd?hui la plomberie. Cela lui permet de se faire un peu d?argent en plus les week-ends en allant travailler chez des particuliers.

Naviguer contre vents et marées

Mais Kissonduth rêve en fait de travailler dans l?hôtellerie. « Les hôtels ne risquent pas de fermer leurs portes et j?ai besoin à mon âge (39 ans) de me stabiliser une fois pour toutes. » L?euphorie s?envole un moment. Les coups durs refont surface, un licenciement est toujours traumatisant. Notre homme en a marre que le monde du travail joue à la pluie et au beau temps avec lui. Il a travaillé dans le département maintenance pendant 12 ans chez Corotex, à St-Felix, non loin de son domicile de Chemin-Grenier. L?usine a ensuite changé de direction, et il a recommencé à zéro avec Novel Garments. Trois ans après, c?est la fermeture.

Depuis presque un an, Kissonduth navigue contre vents et marées et cumule les petits boulots tels que « man?uvre maçon ». « Quand vous avez une famille, deux enfants, un en CPE, l?autre au collège, vous n?avez pas le temps de vous décourager. Mem balie sime ou bizin aksepte. » Il est actuellement basé dans une usine textile, n?arrive pas à joindre les deux bouts. Avec un salaire deux fois moins important que ce qu?il gagnait chez Novel, il a dû demander à son épouse, qui n?avait jamais travaillé auparavant, d?être machiniste dans une petite entreprise.

Son seul espoir aujourd?hui pour avoir l?esprit en paix, c?est de travailler à l?hôtel. « J?espère que ce cours va pouvoir me sortir de cette situation. Mo pe rant dan laz ek mone fatige rekomans a zero dans enn bann plas kot ou pa kapav ress lontan. » En fait, entre espoir et désespoir, son c?ur balance.

Idem pour Devi Ramloghun qui travaillait pour l?usine Arvin Overseas. Lorsque l?usine a fermé ses portes, Devi a fondé tout son espoir dans l?hôtellerie et a choisi de suivre des cours en basic food production. « Avec tous les développements dans ce secteur je pense qu?il y aura de la place pour moi. Je remercie la BAT de m?avoir donné la possibilité d?accéder à ce cours et de me permettre d?envisager l?avenir sous un meilleur angle », déclarait-elle lors du lancement de ce projet de formation il y a une semaine.

Les choses devraient bouger aussi pour Jagadeesan Kuppan qui se réjouit d?avoir pris au sérieux le formulaire qui circulait lorsqu?on recrutait des candidats pour le cours. « Certains étaient tellement démoralisés après la fermeture de notre usine qu?ils se sont dit que c?était pas la peine d?aller apprendre encore. » Lui a continué à garder espoir et a opté pour le cours domestic electrical installation.

Après avoir donné 20 ans de sa vie dans la zone franche, il travaille actuellement comme maçon. Le certificat en main, il espère pouvoir percer dans la plomberie et l?électricité, et pourquoi pas, travailler pour son propre compte. Comme Jagadeesan, Devi et Kisson-duth, d?autres espèrent voir la lumière au bout du tunnel et surtout ne plus revivre l?expérience du licenciement. Bien entendu, ils sont reconnaissants envers BAT de leur permettre d?espérer encore.

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