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La case des partis
Ca va faire des jaloux. à engagement égal, armes inégales. C?est du côté du Champ-de- Mars que courent les privilégiés. Là, les militants coaltar new age meublent les soirées d?hiver grâce à la playstation. Au menu, des jeux de combat : des opus de Tekken, Mortal Kombat et du football, dont Fifa 2005.
Basés à l?entrée de l?hippodrome, rien n?a échappé à la couleur de leurs convictions. Des perrons au portail, en passant par le rideau de fer, tout a été retouché d?une généreuse couche de peinture lilas.
Il est 17 heures. Le quartier général du n° 2, Port-Louis Sud ?Port-Louis Centrale chauffe doucement. Derrière le rideau d?oriflammes qui barre la façade de la base, les premières parties de domino et de carrom s?organisent. Les doigts couverts de poudre blanche, de jeunes activistes au look de collégiens se concentrent sur la stratégie qui rapportera le maximum de points.
Plus posé, plus imposant aussi, Reshad ? qui préfère taire son nom de famille ? le responsable de la base nous explique qu?elle opère de 9 heures du matin à l?aube. Rampe de lancement pour les opérations de collage d?affiches, de pose d?oriflammes, et de rencontre avec les candidats, la base est à la fois un point de ralliement et un lieu de vie.
«Nous n?avons pas pu installer toutes les oriflammes qu?on voulait. Benoit Halbwachs du Mauritius Turf Club nous a expliqué que ça faisait peur aux chevaux. Le vent qui passe dans le plastique, ça fait du bruit aussi.» Ces militants sont les premiers à le reconnaître : les journées de courses, c?est ce qui fait tourner leur commerce. «Si fer lekours lot plas, nou mem pou perdant.»
Quant aux divertissements proposés, ils ont été choisis, pour cibler les jeunes qui voteront pour la première fois. «Zot bizin senti zot a lez.» Ouverte depuis une dizaine de jours, la «base» mauve du Champ-de-Mars brille par son organisation des repas. Le QG Mouvement socialiste militant-Mouvementmilitant mauricien (MSM-MMM) du n° 2 est sans conteste, le mieux loti de tous ceux que nous avons visités, toutes tendances confondues. Le service est du cinq-étoiles.
Question restauration, la trentaine de personnes qui fréquente cette base ? en majorité des jeunes âgés de 19 à 25 ans ? est littéralement prise en charge. «Gramatin, gagn diri frir, minn frir.» Reshad détaille sans hésitation le menu. «L?apremidi, ver de zer, apres la prier dan moske, gagn roti, dite so.» Convaincre donne faim. Pour son 5-o?clock meal, le militant du n° 2 a droit à des samoussas et des boissons gazeuses au choix. De quoi tenir jusqu?au dîner vers 20 heures. Le repas est assuré par «les 10 ténors qui gèrent la base.» Equivalents de chefs de famille, les «tenor sakenn so tour prepar manze. Lot zour la nou ti gagn diri kari poul», confie Reshad.
Alors que ce lobby carbure à fond en faveur des candidats Oomar Uteem, Emmanuel Leung Shing et Abdullah Hossen, Reshad laisse quand même échapper quelques regrets. «Mo sagrin Ahmad Jeewah pa poze, mais mo respekte so leader.»
Mêmes couleurs, autre ambiance. à Cassis, les moyens de bord sont sommaires. La base ? quartier général du n° 1 - a pour voisin le QG des Chagossiens. Ce qui ne les empêche pas d?épingler des franges de plastique mauve et orange sur une corde en raphia vert.
Encore une fois, c?est une bande de jeunes qui travaille sous l??il expérimenté de deux militants plus âgés : Jean Sylvain Orian et José Sadrien. Ils préparent activement le défilé et le meeting du lendemain à Cité Vallijee. L?allégation fuse. «Nou tinn fini met oriflamm, banla finn kase.» Ici, ce sont 62 personnes qui roulent pour l?alliance au pouvoir. «Tou vin fasil, tou volontair ki la.»
Des volontés issues de «bann group football ek volleyball» de la région. Des sportifs qui espèrent de meilleures conditions pour s?exercer. Après l?effort : des amuse-gueules, du halim. Quelque chose de chaud à se mettre sous la dent, sans parler du «ti-bouteil» qui aide à faire passer.
<B>«Tenor sakenn so tour prepar manze. Lot zour la nou ti gagn diri kari poul»
Cinq cents mètres plus loin, haro sur l?alcool. La base rouge a lancé l?offensive cinq jours après le Nomination day. Au milieu de la minuscule salle : une femme. Magda Samoudye se dit toujours une inconditionnelle de Sir Gaëtan. «So leritaz pou Xavier.»
Elle l?a naturellement suivi dans son alliance avec les travaillistes. C?est un caractère flamboyant que l?on devine sous ses airs tranquilles. «Si ena lalkol, pou ena revolition.» Il faut croire que Magda connaît bien ce petit monde qui confectionne des oriflammes en écoutant en boucle le Bizin Sanzman de Zul Ramiah et le Travayer de Cassiya.
Fièrement, Magda feuillette le registre où sont inscrits les 70 noms recrutés par la base. Femme au foyer, elle partage les préoccupations de Louis Steve Rambane, pêcheur de Bain-des-Dames. Ce déçu du parti mauve a viré au rouge dans les années 90, «en signe de reconnaissance pour James Burty David.»
Son histoire est pavée de frustrations. Vers 1982-83, le pêcheur, fort en gueule, adhère au MMM «parski mo ti pense mo pou gagn enn ti travail minispalite. Mo ti envi gagn enn ti coin pou moi.» Illusions perdues en 1995 quand ses efforts et ses contacts lui valent de devenir propriétaire d?un bateau et d?obtenir un permis de banian. Une aspiration n?a pas encore été satisfaite.
«Mo enkor lokater, bizin debat», affirme-t-il avec conviction. Sur le bras droit, Louis porte un tatouage. Celui d?une montagne derrière laquelle se lève un soleil. «Lemorn sa.» Contrairement à «ses ancêtres», notre interlocuteur refuse le suicide? politique. Il est sûr d?avoir choisi le camp gagnant.
<B>Un business «florissant»</B>
C?est à partir du jour de dépôt des candidatures que les bases commencent à opérer. L?existence d?une base est tributaire de l?officialisation des candidatures.
Cela semble une évidence mais la raison profonde est plutôt? matérielle. Ce sont en effet les candidats soit de façon directe, soit par l?intermédiaire de leur parti qui finance la base.
La durée de vie d?une base dépend de la durée de la campagne. Elle naît avec le Nomination day et meurt après l?annonce des résultats. Cette année, la plupart des bases auront une durée de vie d?environ cinq semaines et demie. Elles prennent naissance au coin d?une rue, que ce soit dans les villages ou les villes. Ce sont les activistes d?un parti, actifs dans le comité régional qui se regroupent et mettent sur pied la base. Leur principal objectif est de ratisser large dans le quartier et d?investir les endroits stratégiques. Bref, c?est un véritable quadrillage d?un quartier qu?effectuent les activistes.
L?une des techniques utilisées : repérer un terrain vague, une maison inoccupée que les activistes vont investir. En toute légalité, bien sûr. S?il n?y a pas de bâtiment existant, ils en feront venir un, le plus souvent un conteneur ou une salle verte, qui est installée, décorée.
Fonctionnant un peu comme un club, une base est aussi un petit business lucratif. Il faut le plus souvent payer une location au propriétaire des lieux. L?utilisation d?un conteneur coûte environ Rs 30 000 (son prix sur le marché) et certains propriétaires peuvent exiger jusqu?à Rs 500 à Rs 1 000 par jour pour la location d?un local.
Il faut ajouter à ces dépenses, une somme journalière pour les boissons, les amuse-gueules, les cigarettes et l?animation. Elle varie en fonction du nombre d?activistes et des moyens financiers des candidats.
Plus un quartier est peuplé, plus la base est florissante. Fermée durant une bonne partie de la journée, elle prend vie dans l?après-midi, quand les quartiers s?animent, après les heures de travail. On y joue, on y boit, on y discute. Les bases restent souvent ouvertes jusqu?à l?aube. Elles sont le point de départ des opérations nocturnes : collages d?affiches, installations des oriflammes.
Placée sous la tutelle d?un « responsable », elle est au c?ur du réseau des partis. Elles relaient les informations concernant les réunions nocturnes dans les quartiers et diffusent les dernières nouvelles. Elles sont en liaison permanente les unes avec les autres.
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