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Zizanie et pessimisme en prélude au sommet européen
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Zizanie et pessimisme en prélude au sommet européen
Dramatisation tactique ou constat honnête ? Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker s?est montré pessimiste sur les chances d?atténuer cette semaine la crise européenne par un accord sur le financement de l?Europe élargie. Le doyen du Conseil européen, qui a présidé hier et aujourd?hui un sommet de crise après le double ?non? français et néerlandais au projet de constitution, n?a pas caché la difficulté de sa mission devant une commission du Parlement européen. ?Je suis pratiquement certain que nous n?aurons pas d?accord sur les perspectives financières à ce sommet?, a-t-il déclaré tout en soulignant pourtant qu?on en était pourtant ?proche?.
?Si nous n?y parvenons pas, l?Union s?enfoncera dans une crise durable et la paralysie?, a estimé le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, selon lequel il faut absolument ?redonner confiance? en période de doute. Si la dramatisation est une pratique courante dans la dernière ligne droite avant un sommet difficile, l?entourage du Premier ministre luxembourgeois, à Bruxelles depuis mardi soir pour faire tourner les ordinateurs avec les experts de la Commission, confirme que la situation est grave.
?Ce sera hyper-compliqué, mais ce n?est pas désespéré?, a souligné l?un de ses proches à la veille du rendez-vous. Juncker estime en effet, à l?unisson de la plupart des responsables européens, que sa proposition de compromis sur les dépenses de l?Union européenne (UE) élargie de 2007 à 2013, qui se situe entre les ?maximalistes? et les ?minimalistes?, est ?acceptable?. Il suggère de dépenser pendant cette période 871 milliards d?euros, soit 1,06% du Revenu national brut (RNB) de l?UE, plus que les pays les plus riches, qui refusent d?aller au-delà de 824 milliards, mais moins que les plus dispendieux qui, comme la Commission, demandent 994 milliards pour financer l?UE élargie.
Des ?Poches de résistance?
?Le résultat final sera très proche de la proposition faite par la présidence luxembourgeoise?, a-t-il estimé. ?Il y a plus ou moins accord sur le montant total des dépenses.? Mais il existe, selon lui, des ?poches de résistance? qui expliquent son pessimisme sur la possibilité de conclure.
Les principaux problèmes viennent des pays qui veulent limiter leur contribution au budget communautaire, notamment les Pays-Bas, où le ?non? à la Constitution a été nourri par le sentiment que les Néerlandais payaient trop. La situation est encore plus délicate avec le Royaume-Uni, qui veut absolument garder la compensation obtenue en 1984, mais jugée aujourd?hui exorbitante par ses partenaires européens, puisqu?elle a atteint l?an dernier 5,3 milliards d?euros.
Si rien n?est fait, ce mécanisme prévu pour un des pays les plus pauvres de l?UE devenu entre-temps l?un de ses membres les plus riches, dépassera bientôt les sept milliards d?euros, soit 50 milliards d?euros de 2007 à 2013. Le Luxembourg a proposé de geler le ?chèque? britannique à son niveau de 2003, soit 4,6 milliards d?euros, pour dégager des marges de manoeuvre afin de satisfaire les demandes de compensation de l?Allemagne, des Pays-Bas et de la Suède. Mais Tony Blair a déclaré que, s?il fallait débattre de sa ristourne, alors il faudrait revoir complètement la structure des dépenses, notamment celles relevant de la Politique agricole commune (PAC).
La PAC sanctuarisée
Impossible pour la France, qui est soutenue par une grande majorité de pays : le budget de la PAC, a réaffirmé Jacques Chirac, a été ?sanctuarisé? jusqu?en 2013 par un accord passé à l?unanimité en 2002, avec l?accord de Londres. Juncker s?est aligné mercredi sur la position française, même s?il estime que l?on doit pouvoir financer partiellement l?adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l?intérieur du ?plafond?décidé il y a trois ans pour la PAC. ?Je ne peux tout simplement pas remettre en question maintenant (l?accord de 2002),? a-t-il déclaré. Dans ce contexte empoisonné, le Premier ministre luxembourgeois a, par avance, légué le dossier au Royaume-Uni, qui présidera l?Union européenne à partir du 1er juillet prochain.
?Je laisserai avec un plaisir dont ne pouvez pas mesurer l?étendue aux soins au Premier ministre britannique de venir ici co-décider sur les perspectives financières?, a-t-il ironisé. Pour éviter cela, Barroso a exhorté tous les pays à arrêter de jouer ?la carte nationale? et s?est dit prêt au compromis sur la base de la proposition luxembourgeoise pour peu que l?on revoie les décisions en 2008 afin de voir si cela suffit. La zizanie a en revanche tendance à se résorber sur le sort à réserver à la poursuite de la ratification de la Constitution.
Si la France et l?Allemagne invitent les Etats membres qui ne l?ont pas encore fait à poursuivre le processus de ratification, tout en les laissant maîtres de leur calendrier, les appels à une pause se sont amplifiés ces derniers jours. Barroso a joint sa voix à celle du Royaume-Uni et de la Suède pour demander une ?pause? dans le processus pour éviter une multiplication des rejets par effet de contagion. ?La meilleure façon de sauver la Constitution, c?est de prendre le temps de la réflexion?, a-t-il déclaré en estimant que les ?non? français et néerlandais risquaient d?avoir un ?effet de contamination? dans les autres pays.
Cela aurait pour effet de remettre en cause l?objectif de la Constitution d?achever le processus avant novembre 2006, ces pays estimant qu?il faudra plus de temps. Valéry Giscard d?Estaing, le ?père? du texte, est l?un des rares à estimer que la Constitution est bien vivante. ?C?est quelque chose qui va prendre un an et demi, deux ans, il faut laisser passer le temps de la réflexion, et à nouveau en effet les Français, sans doute, auront à exprimer leur point de vue sur la Constitution?, a ajouté l?ancien chef de l?Etat dans une tribune publiée dans Le Monde.
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