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Plaidoyer en faveur des traditions orales
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Plaidoyer en faveur des traditions orales
Anita reste dormi do mo baba. Standard signé Ti-Frer. Fondu dans notre imaginaire, le texte n?a pourtant jamais été écrit. Le petit frère du séga ne consignait jamais ses chansons. C?est dans sa mémoire qu?il conservait ses créations. Un patrimoine immatériel voué à la disparition s?il n?avait été gravé sur CD.
Sauver ce qu?on ne peut toucher. Se concerter sur les moyens d?y arriver. Dégager, au final, l?ébauche d?un inventaire préliminaire du patrimoine immatériel à Maurice. C?est ce qui ressort de l?atelier de travail de deux jours qui s?est achevé hier au Domaine Les Pailles. Réunissant différents acteurs institutionnels du secteur culturel, l?événement relevait d?une initiative du ministère des Arts et de la Culture et du National Heritage Fund.
Premiers intervenants : les centres culturels. Et surtout, un leitmotiv : le manque de moyen. Du Centre culturel islamique au Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, l?argument a été modulé sur tous les tons.
Réagissant à son tour, Jocelyn Chan Low, président du conseil d?administration du Centre culturel mauricien, a chiffré cette frustration. ? Avec un budget annuel de Rs 2,5 millions, nous sommes le centre culturel le plus mal loti. Les dotations des autres centres varient entre Rs 3 et Rs 6 millions.?
Autre manque identifié : le besoin de formation pour la collecte et la diffusion d?information. Les témoignages sont le plus souvent enregistrés sur cassettes. ?Nous n?avons jamais payé les personnes qui ont contribué à nos projets?, s?est félicitée Colette Lechartier, responsable des recherches au Centre Nelson Mandela. Elle n?a pas manqué d?insister sur ?ce vieux bonhomme qui a refusé de nous parler, en disant que d?autres personnes étaient venues l?interviewer sans jamais citer son nom. Il est mort avec ses connaissances, faute de reconnaissance?.
Un point repris sur un ton polémique par Adeline Jaffar, Chagossienne. Elle a exprimé son sentiment que ?l?héritage chagossien est approprié par le Centre culturel africain?. A titre d?exemple, elle a cité une étude du centre sur la cuisine traditionnelle chagossienne, faite sans que les crédits ne soient accordés aux Ïlois ayant contribué à ce partage de savoir-faire.
Jean-Yves Violette, président du conseil d?administration du Centre Nelson Mandela, a alors tenu à préciser qu?un représentant de la communauté chagossienne siège au sein du conseil. Un représentant qu?Adeline Jaffar qualifie de ?fantôme?.
Au-delà des querelles de gratitude, c?est surtout la parcellisation de la mémoire orale qui est apparue durant cet atelier de travail. La volonté de collecte existe. Elle est éparpillée entre les divers centres culturels. L?Aapravasi Ghat Trust Fund s?enorgueillit de son Oral History Project, l?institut du folklore attaché au Mahatma Gandhi Institute a fièrement présenté ses travaux et son musée interactif.
?Comparée à d?autres pays de la région, Maurice est très en avance dans ce secteur. La prochaine étape est d?identifier une institution qui chapeautera les efforts de toutes les autres.? C?est en tout cas l?avis de Tim Curtis, spécialiste du programme culture attaché au bureau de l?Unesco à Dar es-Salaam.
Il est venu expliquer les termes de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, adoptée en octobre 2003. Maurice a été le deuxième pays, après l?Algérie, à la ratifier, en juin 2004. ?Il faut l?adhésion d?une trentaine de pays pour que la Convention entre en vigueur. L?Unesco compte plus d?une demi-douzaine de pays signataires pour l?heure?, précise Tim Curtis.
Ce document entend promouvoir la préservation des traditions et expressions orales, des arts du spectacle, des rites, des connaissances et pratiques concernant la nature et l?univers, ainsi que les savoir-faire liés à l?artisanat traditionnel. Transmis de génération en génération, le Patrimoine culturel immatériel contribue à l?identité des communautés en leur donnant un sens de continuité.
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