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Sans conviction
À l’heure où nous écrivions, les deux blocs politiques n’ont pas encore publié leur manifeste pour les élections générales du 3 juillet. Ainsi sont nos politiciens cherchant à devenir les représentants du peuple : ils se disent tous grands démocrates, mais ne respectent pas le minimum de ce qu’exige une démocratie normale dans une élection, en l’occurrence un programme d’idées bien précis sur lequel les citoyens aimeraient aller voter. Pour un professionnel, qui n’est pas intellectuellement limité, c’est tout simplement inacceptable.
Il était prévu, au départ, que le présent baromètre économique “Spécial Élections” soit axé sur le contenu des programmes économiques de l’Alliance Mouvement socialiste militant (MSM)-Mouvement militant mauricien (MMM) et de l’Alliance sociale. En l’absence d’un tel programme, les questions posées à notre échantillon de 30 analystes économiques et financiers (des économistes, des cambistes, des agents de change, des gestionnaires de portefeuilles et des directeurs financiers) sont assez générales. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les répondants ne sont pas tendres envers la classe politique. Pour citer une analyste, “our main political parties are bent on taking us for a big ride, instead of giving us a clear direction of their economic agenda”.
Néanmoins, l’enquête du présent baromètre est riche en enseignements. D’abord, il est inquiétant de constater que neuf analystes sur dix considèrent que chacune des deux Alliances n’a pas une “bonne” équipe de candidats pour relever nos défis économiques. Un analyste résume bien le profil des deux équipes en les qualifiant de “old wine in new bottle”. C’est dire la déception de nos analystes du fait que ces élections sont une occasion gâchée d’un renouvellement de la classe politique.
Ensuite, la quasi-unanimité des analystes estime que l’économie mauricienne ne se porte pas bien. Ce jugement sévère prend à contre-pied nos gouvernants qui prétendent avoir “redressé le pays”. Mais l’Opposition ne doit pas trop se réjouir d’un tel constat. Elle devrait plutôt mesurer l’étendue du travail à abattre en cas d’un retour aux affaires. À charge pour le secrétaire général du Parti Travailliste de bien réfléchir s’il est opportun, dans la situation économique actuelle, de rendre le secteur privé “moins puissant”.
Qu’est-ce qui explique l’état passable, voire mauvais, de notre économie ? À rebours d’une candidate de l’Alliance sociale qui a ironisé sur le “prétexte du contexte international” du gouvernement, une majorité des analystes interrogés admettent que les conjonctures internationales en sont “grandement responsables”. N’empêche que deux analystes sur cinq estiment que les politiques gouvernementales suivies sont aussi “grandement responsables” de nos problèmes économiques, notamment le chômage. Quoi qu’en dise le ministre du Travail sur le nombre de chômeurs à Maurice, 93 % des analystes trouvent que le chômage est un “problème sérieux” ou un “très gros problème”.
Que peut-on attendre du prochain gouvernement qui sortira des urnes ? Face à des politiciens qui n’affichent pas des convictions, nos analystes ont répondu sans conviction sur l’alliance qui serait susceptible d’appliquer la meilleure politique pour relancer l’économie. Comme il leur faut bien faire un choix, les réponses des analystes convergent vers une certaine logique.
Cette logique est que le grand secteur privé est perçu comme plus proche d’un gouvernement MSM-MMM, donc plus à l’aise de travailler avec ce dernier, alors qu’un gouvernement formé par l’Alliance sociale, avec Rama Sithanen comme ministre des Finances, serait plus apte à apporter des solutions techniques aux problèmes économiques, tels le chômage et l’inflation. Un bon point donc pour l’Alliance MSM-MMM : 63 % des analystes affirment qu’elle peut encourager l’investissement mieux que l’Alliance sociale.
Celle-ci doit vite rassurer ceux qu’elle dénomme le “grand capital”. Car, sans investissement, il n’y a pas de création d’emplois. Puisque le gouvernement n’a pas résolu le chômage, une majorité d’analystes (60 %) dit par défaut que l’Alliance sociale peut apporter une meilleure politique pour créer des emplois. Au cas où les élections se jouent sur les “bread and butter issues”, l’Alliance sociale semble donc mieux placée que l’Alliance MSM-MMM. On ne manquerait toutefois pas d’ironiser qu’un “gouvernement d’unité nationale” trouverait peut-être la meilleure politique de l’investissement qui serait aussi la meilleure politique de l’emploi !
Le prochain gouvernement, quel qu’il soit, aura à réformer l’État. Un analyste sur deux pense que le déficit budgétaire et la dette publique constituent un “très gros problème”, tout comme la bureaucratie et la corruption pour 57 % des analystes. Assainir les finances publiques fera diminuer les pressions sur l’inflation et la roupie. Enlever des obstacles administratifs qui invitent à des actes de corruption, c’est permettre aux entreprises de créer des emplois. Voilà deux grandes mesures que l’État doit prendre pour aider l’entreprise à s’adapter à la libéralisation des échanges commerciaux.
Mais le secteur privé aussi demeure en reste. Une majorité d’analystes (57 %) le trouve “plus ou moins responsable” de ce qui arrive à l’économie aujourd’hui. Si l’État a besoin du secteur privé, ce dernier doit changer ses attitudes. Les deux doivent regarder dans la même direction.
<I>(www.pluriconseil.com)</I>
<B>Eric Ng Ping Cheun</B>
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