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“Traçer” dans la mer…
Une vaste plaine surplombant la mer. Au pied de la falaise, il y a la plage et au loin, des pêcheurs et des piqueurs d’ourites, très nombreux, cherchent leur gagne-pain. C’est cette ambiance qu’aime Evelina Cupidon-Fils, Tante Evelyne pour les intimes.
A 80 ans, elle est une des plus anciennes femmes pêcheurs de Baladirou, au nord-est de Rodrigues. “Quand je suis malade et que je ne peux pas aller en mer, je pleure. Je fais quand même un tour au bord de falaise pour voir le large, qui m’a permis de subvenir aux besoins de ma famille.” Tante Evelyne s’est mariée à un pêcheur, Gabriel, à l’âge de 17 ans et c’est celui-ci qui lui a appris de “ traçer” dans ce métier. Elle pêchera avec son mari et ses belles-sœurs, à Grand-Baie.
Quand son mari s’engage dans l’armée, en 1946, elle se voit bien obligée de “piquer” des ourites et de pêcher pour élever ses enfants. Les poulpes ne lui font pas peur. Elle joint le geste à la parole. Elle mime une partie de pêche où elle a attrapé une ourite avec ses mains. “Il faut la tenir fermement d’une main et, avec l’autre, il faut la frapper avec un bâton et attaquer ses yeux. C’est ainsi qu’il faut tuer l’ourite.”
Elle se souviendra encore longtemps de sa prise à St-François. Une pieuvre de … 25 livres. Un demi-kilo d’ourite se vendait alors à 7 sous. Les pêcheurs se levaient à 2 ou 3 heures du matin à cette époque et un seul pêcheur pouvait rapporter 15 kilos de poisson ou des pieuvres. C’était une autre époque. Les yeux de Tante Evelyne se voilent de nostalgie. La pêche n’est plus la même. Un silence.
<B>Pas peur...</B>
Soudain, elle donne une petite tape sur l’épaule du journaliste assis à côté d’elle et recommence son histoire avec passion. Une vraie bavarde. “Maintenant je pêche à Baladirou. Je n’ai plus la force d’aller pêcheur trop loin”.
Elle pêche en compagnie de son fils Gaëtan sur les récifs de Baladirou où l’eau lui arrive à la taille. A-t-elle peur des requins ? Non.
La nuit ne lui fait pas peur non plus. C’est le moment propice pour pêcher des capitaines, jusqu’à minuit, à bord d’un bateau. “Il faut écraser de petits crabes et avoir de petites ourites, comme appâts, pour attirer les poissons”.
Impossible de prendre congé de Tante Evelyne. A peine ose-t-on lui dire au-revoir que l’histoire repart de plus belle. “Mon mari était très gentil. Il m’a appris beaucoup de choses. J’étais aussi pêcheuse à la senne. Je m’embarquais souvent avec sept pêcheurs de senne. L’ambiance était vraiment bonne. Nous chantions beaucoup quand nous regagnions la côte. Il arrivait que les filets soient trop remplis.”
Ah, la belle époque !
Que fera-t-elle si elle doit, un jour, abandonner la pêche. “Je lève les bras au ciel et je dis au seigneur. Prends-moi si je ne peux plus pêcher car cela me fera trop de mal de voir les autres aller à la pêche.”
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