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Le chemin de fer refuse de rendre les armes
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Le chemin de fer refuse de rendre les armes
En mai 1955, ce qui reste du service ferroviaire, déjà nonagénaire, affiche une santé de fil de fer, miné qu?il est par des autobus de plus en plus nombreux et de mieux en mieux regroupés au sein de compagnies nouvellement créées, à l?initiative d?Arthur Jessop. Pierre Cantin, directeur du chemin de fer, demeure toutefois optimiste. Il met l?accent sur les aspects positifs de son département, dans son rapport pour l?année 1953-54. Il ne fait pas de doute, pour lui, que le chemin de fer demeure l?épine dorsale du transport public à Maurice, bien que la plus grande partie des voyageurs et des marchandises sont désormais pris en charge par une flotte grandissante d?autobus et de camions. Ils ne peuvent toutefois prétendre à l?organisation structurée et sûre du chemin de fer.
Ce dernier doit éliminer progressivement ses lignes et services superflus et réduire ses dépenses. Ainsi, les tronçons Montagne Blanche ? Rose-Hill sur la ligne de Moka et celui de Rose-Belle ? Souillac sur celle du Sud sont supprimés. La désaffectation de l?usine sucrière de Sans-Souci rend inutile le tronçon Saint-Pierre ? Montagne-Blanche qui est vendu pour être enlevé.
De 1949-50 à 1953-54, le chemin de fer transporte entre 392 734 et 431 427 tonnes de sucre pour des recettes variant entre Rs 2,6 et Rs 3,3 millions. En 1953-54 sur les 512 225 tonnes de sucre produites, le train et son service de camionnage transportent 502 951 tonnes, laissant seulement 9 274 tonnes au camionnage privé. Le transport du sucre représente un travail saisonnier d?environ cinq mois de l?année, même s?il faut alors travailler pratiquement 24 heures sur 24. Le volume total des marchandises générales transportées par le train, en 1953-54, est de 55 806 tonnes pour Rs 279 119. Le volume des colis postaux diminue également, passant de 115 789 en 1952-53 à 102 343 en 1953-54. Les revenus correspondants fléchissent, passant de Rs 71 226 à Rs 66 516.
Le train transporte 1,8 million de voyageurs en 1953-54 pour Rs 234 508, contre 2,1 millions et Rs 298 508 en 1952-53. Une forte proportion de ses voyageurs est composée de collégiens payant demi-tarif. Les trains ne circulent plus à perte les jours fériés. Même le nombre de passagers utilisant les autobus du département de chemin de fer augmente, passant de 153 396 en 1951-52 à 392 437 en 1953-54. Autre point positif mais à peine consolant : le prix du charbon baisse. Il est de Rs 67.59 la tonne en 1953-54 contre Rs 69.46 en 1952-53. Les nouvelles sont meilleures du côté du Central Electricity Board. Il procède à l?installation d?un second groupe électrogène dans sa nouvelle centrale thermique à Plaine-Lauzun. Il est d?une puissance de 1 500 kW. Il est en cours de montage à la fin de mai 1955. L?installation doit prendre fin en juillet. La consommation de l?énergie augmente à une telle cadence que la capacité du premier groupe électrogène devient vite insuffisante. Un troisième groupe d?une puissance de 1 750 Kw est attendu pour la fin de 1955.
La commande d?un quatrième groupe est même prévue si l?augmentation de la consommation d?énergie électrique maintient cette tendance. Pour les quatre premiers mois de 1955, elle est supérieure de 14 % à celle du premier tiers de l?année 1954. Sur ces données, on estime que la consommation annuelle en 1954 sera de l?ordre de 36 millions d?unité. La General Electric Supply n?a pourtant pas dit son dernier mot. Les habitants de la route Grassy à Vacoas remercient son employé, M. Kisnorbo, qui leur donne accès à la Fée Electricité.
L?actualité de mai 1955 est marquée par l?expulsion par les autorités réunionnaises de deux bijoutiers mauriciens, accusés d?exercer illégalement leur art à l?île s?ur. Au conseil législatif, le député Sookdeo Bissoondoyal s?indigne du traitement infligé à ces deux bijoutiers. Il croit savoir que les autorités réunionnaises ont décidé de ne plus permettre aux bijoutiers mauriciens de travailler à l?île s?ur. Les deux bijoutiers, expulsés manu militari, s?attendaient à être traduits devant un tribunal administratif. On ne leur a même pas permis de fermer leur bijouterie avant d?être mis de force dans un avion d?Air France.
En leur absence, le tribunal administratif ne peut se prononcer sur leur cas et on leur refuse la possibilité de se rendre de nouveau à la Réunion. Ils ne peuvent pas transférer à Maurice leur fonds de commerce. Ils prétendent avoir laissé chacun entre six et huit millions de francs à la Réunion. Le même traitement pourrait être infligé à d?autres Mauriciens travaillant à l?île soeur. Les deux bijoutiers expulsés ont fait appel au consulat britannique à la Réunion qui n?a rien pu faire en leur faveur. Sookdeo Bissoondoyal s?étonne que les Réunionnais puissent se rendre à Maurice et y séjourner à leur guise tandis qu?on multiplie les tracasseries administratives à l?égard des Mauriciens voulant se rendre à la Réunion. Les deux bijoutiers expulsés ont un casier judiciaire vierge. Ils ne se livraient à aucune activité politique. L?un des deux a épousé une Réunionnaise qui lui a donné neuf enfants. Les activités touristiques prospèrent toutefois entre la Réunion et Maurice, nous en voulons pour preuve des informations concernant l?organisation de plusieurs croisières touristiques pour des voyageurs réunionnais à destination de Maurice. Leur déplacement se fera soit par les paquebots des Messagerie Maritimes ou encore par notre Sir Jules.
Restons dans le domaine touristique pour noter une causerie de Bénédict Maingard sur le pavillon de Maurice à la Foire des Industries britanniques. Cette causerie fait partie du programme radiodiffusé de la BBC très connu et très apprécié des Mauriciens ?Calling Mauritius?. Alix d?Unienville a aussi l?occasion de promouvoir la destination Maurice lors d?un exposé sur ce sujet à Poitiers, lors d?une cérémonie organisée par l?Alliance française.
Mai 1955 est marqué par le premier meeting public du Parti mauricien. Ce mois est également riche en événements électoraux avec la tenue de deux partielles. La première a lieu à Rose-Hill et voit l?élection d?André Pérombelon avec 1 493 voix. I. Ghanty remporte celle de Curepipe avec 1 764 voix.
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