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Tergiversations
par Nazim ESOOF
Un homme qui doute est un homme qui s?approche de la vérité. Un homme qui hésite continuellement est un homme qui ne possède pas le sens d?un raisonnement symétrique. En assurant que Navin Ramgoolam a trop tergiversé avant de savoir s?il fallait ou non lui accorder un ticket, Vishnu Lutchmeenaraidoo vient de porter un véritable coup à la campagne que mènent les Rouges pour convaincre que leur leader a changé. Certes, les motivations de l?ancien ministre des Finances pourraient ne pas être innocentes. C?est peut-être des propos d?un homme qui s?est senti blessé et qui a voulu faire mal. Quant à faire mal, Vishnu Lutchmeenaraidoo y est parvenu pleinement. Navin Ramgoolam serait donc un velléitaire et, ça, le leader du PTr n?aime pas qu?on le dise. Il a encore quelques semaines pour convaincre que tel n?est pas le cas. Mais, déjà, il ne lui reste plus que 24 heures pour présenter sa liste des candidats qui ne serait en fin de compte qu?une liste provisoire. Tout de même, ce sera une occasion de répondre à ses détracteurs et de démontrer qu?il n?est pas en train de ?rouler? les électeurs.
Il doit être un homme vraiment puissant, ce Dev Hurnam. A lui tout seul, il tient en otage la liste des candidats de l?alliance MSM-MMM. L?homme de loi est devenu le prix de la victoire que les dirigeants mauves et blancs ont accepté de payer. C?est tout un symbole pour la classe politique mauricienne. Il n?est pas question de probité, encore moins d?éthique. Et le comble, aujourd?hui, c?est le MMM, l?incarnation de la lutte contre l?opacité en politique pendant des années, qui se livre ainsi mains et pieds liés à Dev Hurnam. Sans doute, l?homme kamikaze est plus à même de combattre Navin Ramgoolam dans son fief. Mais parfois, il est des victoires auxquelles on renonce pour ne pas avoir à pervertir des principes.
En matière de victoire, elle en est une de bien belle celle que vient de remporter Pravind Jugnauth. En imposant ses candidats dans des circonscriptions urbaines, il a réussi un véritable coup de maître. Pour avoir su encaisser des coups pendant des années, notamment celui qui doit faire plus mal, n?être que l?ombre de Bérenger, il vient de faire la démonstration qu?il peut calculer dans le temps. Reste maintenant à convaincre que, même s?il fait partie du bestiaire, il ne va pas prendre les mauvaises habitudes de tous ceux qu?on qualifie généralement de ?bêtes politiques?. Une acuité servie d?un sens de stratégie, c?est bien. Mais le discours neuf qui traduirait une vision pour le pays se fait, lui, toujours attendre. Parfois, c?est la forme qui donne un sens au fond.
Les partis wagons de l?Alliance sociale n?ont, eux, pas beaucoup de temps pour marchander avec la locomotive rouge. Celle-ci les a bien roulés jusqu?ici et, à la veille des élections, ils n?ont plus trop de choix. Alors, allégrement, ils jouent leurs rôles de bons seconds dans une mise en scène ramgoolamienne qui se signale surtout par un dialogue simplificateur, un ton iconoclaste et une démarche électoraliste racoleuse. Du moins, à ce chapitre, il n?y a aucune tergiversation.
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