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Ramgoolam, entre perceptions et réalités
- Jeune, il marche d?un pas léger, il a le sourire facile, il arbore une certaine frivolité. 2005. Les cheveux grisonnants, la démarche est plus réfléchie. Le sourire hésitant laisse paradoxalement deviner une certaine vulnérabilité. Deux images. Le même homme. Qu?est-ce qui a changé ?
?En 1995, il était un peu jeune, un peu play-boy. Maintenant c?est quelqu?un qui s?est réinventé.? Cette réflexion sur Navin Ramgoolam, leader du Parti travailliste (PTr), est de Sir Satcam Boolell, le président d?honneur de ce parti .
Un peu jeune en 1995, tout le monde est d?accord. Trop pour avoir été un bon Premier ministre ? ?Je pense, qu?effectivement, le pouvoir lui est venu trop vite. Il ne pouvait gérer adéquatement parce qu?il ne savait pas quelles étaient ses priorités?, dit un ancien adversaire de Ramgoolam, aujourd?hui dans le même camp que le fils de Sir Seewoosagur. ?Naïf?, réplique une autre personnalité. ?C?était un jeune, qui venait de débarquer à Maurice quelques années plus tôt et qui croyait qu?il pouvait changer le monde. Et quand on est naïf, on perd vite ses illusions, surtout quand on a travaillé avec Paul Bérenger?, ajoute cet interlocuteur.
Quid de l?image de play-boy, de celui qui ne sait pas quelles sont ses priorités ? Alors que ses adversaires persistent à prendre Ramgoolam avec légèreté et nourrissent cette perception de dandy, ceux qui disent connaître la personne affirment que ?c?est une fausse image qu?on a voulu fabriquer. Mais souvent la perception devient plus vraie que réalité.?
Toujours est-il que Navin Ramgoolam fait souvent référence à son épouse ces derniers temps. Durant un entretien, il admet qu?il se sent seul ?mais heureusement qu?il y a ma femme.? Quelques semaines de cela, il raconte à une foule que ?ma femme me reproche d?avoir des cheveux gris.? Il fait rire l?assistance attendrie. Le charme est toujours là, modifié mais bien réel.
Homme déçu
En quoi a-t-il changé ? Dans un entretien accordé à l?express, Ramgoolam affirme avoir fait le bilan de ses quatre années au pouvoir. Ce qui ressort c?est avant tout le sentiment d?un homme déçu ?des faiblesses humaines et de la mentalité des gens.? Un de ses proches s?étonne que Ramgoolam ait fait cette déclaration publiquement, parce que ?c?est un homme timide. Mais je sais que s?il est plus pragmatique, il reste toujours un idéaliste?. Est-ce là l?énigme du personnage ?
?Il est profondément humain,? confie quelqu?un qui l?a côtoyé. Ramgoolam est cette personne qui cache mal ses émotions, dont le body language est plus que parlant. ?Quand il est stressé, tout le monde le sait, quand il est en colère on le sait aussi? et tout le monde le laisse tranquille?, dit l?un de ses proches. Ramgoolam, c?est aussi celui que ses amis appellent ?doux? mais qui avoue avoir ?un mauvais caractère.? En riant. Il a fait cet aveu durant un entretien, alors que nous avions fait un commentaire sur la déférence avec laquelle il était traité par ceux qui travaillent à son bureau. ?Ki ou pou fer, pa kapav ena tou !? a-t-il plaisanté, avec humour.
Que se cache-t-il sous l?emballage ? Ses détracteurs disent qu?il est paresseux. ?Faux. Cette perception a été créée par Bérenger. Alors que Ramgoolam était absent, Bérenger est allé au bureau un jour de congé, s?est fait photographier et a dit avoir travaillé sur dieu sait combien de dossiers qui dormaient. Ce qu?il voulait dire c?est que Ramgoolam ne travaillait pas.?
Cette perception perdure cependant. Il y a quelques jours, le secrétaire général du PTr essayait toujours de convaincre ses partisans de la ?mauvaise foi? de cette accusation. ?Vous ne le connaissez pas, il travaille non-stop.? Un argument repris en privé par les proches collaborateurs du leader des Rouges. ?Li travay ziska tar.? Ramgoolam lui-même est conscient de cette perception. ?Mon erreur a été de refuser de revendiquer les réformes que j?avais mises en place. Car si vous ne la faites pas, on vous accuse d?être paresseux, de n?avoir rien fait pour le pays?, a-t-il dit lors d?une interview donnée à l?express.
L?homme est également perçu comme quelqu?un de mou. ?C?est ce que croyait Bérenger. Il croyait qu?il pouvait dominer Ramgoolam. Mais ce dernier ne s?est pas laissé faire. Il n?est pas mou, il est à l?écoute?, réfute un politicien. Beaucoup de gens autour de Ramgoolam partagent cet avis.
Il a aussi les défauts de ses qualités. ?Quand on est à l?écoute, on peut se laisser influencer. Je pense que c?était sa plus grande faute alors qu?il était Premier ministre. Il était entouré de personnes qu?il ne fallait pas?, affirme un observateur politique. Mais quand on réalise que l?on s?est laissé berner par les gens autour de soi, les personnes en lesquelles on avait confiance, on devient fatalement méfiant. Et s?il y a une chose sur laquelle tout le monde est d?accord, c?est bien que Ramgoolam est méfiant.
Rancunier
?Mo konn li bien sa, li rankinie?, a dit de Ramgoolam son adversaire direct, Paul Bérenger. Ceux proches de Ramgoolam ne nient pas. Pour eux, c?est la raison pour laquelle Ramgoolam ne fera pas d?alliance avec le leader du MMM. ?Bérenger avait voulu undermine Ramgoolam quand ils étaient en alliance. Ramgoolam n?oublie pas?, dit l?un d?entre eux.
Toujours est-il que pour juger d?un réel changement, on ne peut pas comparer un Premier ministre à un leader de l?opposition. ?A leopard doesn?t change its spots?, dit l?Anglais. D?autres avancent que la forme a changé et non le fond. ?Atann li vinn premie minis zot a gete?, menacent-ils. Effectivement c?est tout ce que nous pouvons faire. Attendre? pour savoir.
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