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Elle a peur pour son mari prisonnier
Cyndia vit un cauchemar perpétuel. La jeune femme craint en permanente qu?il n?arrive malheur à son mari, Wendy Lafleur, détenu à la prison centrale pour une affaire d?homicide. Pourtant dans ce haut-lieu de l?univers carcéral local, la sécurité et la discipline devraient être les maîtres-mots? Mais depuis qu?elle s?est mariée civilement avec lui en septembre dernier ? à la prison ?, elle a du mal à fermer l??il.
Mercredi dernier, elle est tombée des nues lorsqu?elle lui a rendu visite : il portait des traces de coups et des lacérations sur son bras. « Line dir mwa line gagne 19 coups avek ene zarm dan ene la guerre ek bane lezot prisonnier samdi», se lamente la jeune femme. Dans la bagarre, raconte-t-elle, Wendy a attrapé une barre de fer pour contrer l?attaque d?un gang de prisonniers.
Lors de cette rixe, confirment certaines sources, les meneurs de l?autre bande, Vincent Bhageenath et le prisonnier Labonne ont été transférés à la Bastille et à la prison de Grande-Rivière-Sud-Ouest.
« Aster la bann kamarad Vincent pe met charge lor Wendy », déplore Cyndia qui veut à tout prix retrouver son mari sain et sauf à sa sortie l?an prochain. « Il a peur d?être transféré. Il est épileptique et peut à tout moment avoir une crise et mourir sans recevoir de soins, car c?est uniquement à Beau-Bassin qu?il y a un hôpital attaché à la prison ».
« C?est un fabulateur, ce gars-là , s?insurge de son côté un gardien de la prison centrale. Il a un sale caractère et il trouve toujours moyen de se bagarrer avec les autres détenus. Des fois, il s?autoflagelle et déclare avoir été battu par un prisonnier ou un garde-chiourme».
Argument que rejette Cyndia. « Li ene bon boug. Line pran charge so papa. Mo ine zwen li dans prison l?année dernière après sa bane problem line gagné la. Mo ti curieux pou koné kisane la sa. Mo al rane li visite létan ene cousine ti pé al visite ene so bane couzin. Nune contan et nune marié».
Depuis jeudi, avec son père, Jean Friquin, elle multiplie les démarches pour retenir les services d?un avocat dans l?espoir qu?il pourra veiller à ce que Wendy « soit mieux protégé en prison » et qu?ils puissent obtenir des détails sur la bagarre de samedi dernier.
« Wendy ine dir mwa li pena auken vengeance kont bane la, li ouler ziss trankilite », affirme Cyndia. « Mo zwen ene deux chef prison pou koz sa bane problem la mais mo pa pé ressi zwen Bill Duff, nuvo commissair ». Encore des nuits blanches en perspective pour Cyndia?
<B>Un gardien se confie : « Discipline moins ki zero »</B>
Rien ne va plus à la prison de Beau-Bassin. « Depuis ces cinq dernières années, avec la nomination d?un commissaire qui voulait adoucir les m?urs des prisonniers, la situation s?est empirée à la prison centrale », confie un garde-chiourme. Chaque jour qui passe apporte son lot de rixes et de tentatives d?évasions. Les condamnés ne portent plus l?uniforme. Difficile alors de distinguer celui qui est «on remand » des autres.
« Discipline ine vine moince ki zero », fait remarquer un gardien. C?est un laisser-aller permanent. Et de rapporter un incident pour illustrer ses propos : « Lorsqu?on a raconté à un haut-gradé qu?on avait été témoin d?une sodomie, il a lancé : ? kicaine ine complain ? Alors bousse ou la bousse?» Depuis, chacun se tait?
Samedi dernier lors de la rixe entre la bande de Wendy Lafleur et celle de Vincent Bhageenath, « les chefs ont failli dans leurs rôles », dit encore le gardien. Les prisonniers étaient massés dans l?enceinte et même devant le portail de la prison. La situation était incontrôlable, selon lui. Un haut gradé aurait été contacté mais aurait mis beaucoup de temps avant de se déplacer. Un conseiller étranger qui vit non loin serait bien sorti pour voir ce qui se tramait mais serait retourné au lit. Le commissaire, lui, n?habite plus l?enceinte de la prison; il vit désormais sur la cote.
Dimanche, la situation s?est corsée, explique le garde-chiourme : le prisonnier Mayoyo et deux détenus « on remand » ont tenté de s?évader en montant sur le toit de l?hôpital. Ils étaient munis de planches et d?une corde. Un Acting DCP a fait libérer deux prisonniers afin qu?ils puissent négocier avec eux. « Ils ont été reconduits en cellule comme des héros. Tout pé tourn en bas la haut », note encore le garde-chiourme. Il constate aussi que les gardiens ne sont plus motivés et que chacun « se tire dans les pattes, attendant que son prochain claque ou parte en retraite afin d?être promu. C?est invivable. Un jour on se réveillera avec des morts autour. »
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