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Portrait d?un violeur d?enfants
La vallée de Soupirs, à Rodrigues, est constamment balayée par un vent froid. Pour y accéder, il faut traverser le hameau Le Choux, puis plusieurs kilomètres de pâturage et des champs de légumes.
C?est ici, au pied de la montagne Cimetière, que vit la famille de Joseph Louis Margéot Ravina, 32 ans. Dans une baraque misérable, dépourvue d?eau et d?électricité, collée à une étable, ce violeur d?enfants en série a vécu dans des conditions précaires avec ses six s?urs et ses trois frères, dont il est l?aîné.
Margéot Ravina n?a pas eu de chance dans la vie. Il a connu l?école primaire jusqu?au Standard III, n?ayant pas les moyens d?aller plus loin. Illettré, il fait partie de ces hommes de la terre, bourru, sans véritable personnalité, l?instinct primaire.
Dès son plus jeune âge, il doit surveiller ses frères et s?urs et aider ses parents agriculteurs à joindre les deux bouts. Ce n?est guère facile pour un enfant. Dans un environnement où les incestes et les viols sont courants à cause de la promiscuité, Margéot se met à son tour à violer des fillettes.
Nul ne parvient à expliquer son goût immodéré pour les enfants, si ce n?est qu?une de ses s?urs a été violée à l?âge de trois ans par leur oncle, le père de Joseph Rajesh Momus (voir plus loin).
S?il n?avait pas été arrêté en 1999 pour une banale histoire de vol, nul n?aurait soupçonné que c?était lui, le violeur d?enfants, la terreur qui sévissait alors dans différentes régions de l?île, se jetant sans état d?âme sur d?innocents enfants.
Il vide son sac et avoue être l?auteur de plusieurs viols non résolus durant les derniers mois, reconnaît avoir abusé de filles âgées de 9 à 13 ans. Jana, la mère de son enfant, n?était pas encore sortie de l?enfance lorsqu?il l?a engrossée.
Garçon tranquille, selon sa mère Marie-Rose, il ne s?intéressait pas aux filles. C?était plutôt son cousin, Momus, qui l?aurait mis sur les sentiers de la perdition. « Mo bane lezot garçon ti pé koze kozé avec bane tifille lor simin, mais pas li. » Le discours de Marie-Rose tranche cependant avec le nombre de délits reprochés à son « fils modèle », connu des services de police rodriguais pour différents délits. La liste de ses méfaits et de ses condamnations est tellement longue que l?on s?y perd !
<B>39 ans de prison il s?en tire avec 5 ans</B>
Mis à part ses viols qui n?ont pas été beaucoup médiatisés, il s?est rendu tristement célèbre pour l?assassinat de Jean et Marie-Jeanne Law Yu Kam le 3 juillet 2001, soit deux mois après avoir été remis en liberté conditionnelle pour ses méfaits sur les enfants.
Et ce mercredi, devant la cour de Port-Mathurin, il a plaidé coupable pour dix-huit délits qui lui sont reprochés et qui ont été commis entre 1999 et 2002. Pour son évasion de la prison de Pointe-La-Gueule en mai 2002, il a pris un mois de prison assorti d?un mois de liberté surveillée. Il a aussi écopé de deux ans d?emprisonnement pour avoir, durant sa cavale, cambriolé le poste de police de Rivière-Coco et fait main basse sur deux revolvers de calibre 38, douze cartouches, du gaz lacrymogène, un sifflet ainsi qu?une paire de menottes.
Dans sa fuite, il a utilisé une grenade lacrymogène sur la maison de Harold Hortense. Mais heureusement, l?engin n?a pas explosé. Il en prend tout même pour deux ans. Et un mois supplémentaire pour s?être fait passer pour un policier, en subtilisant un uniforme au poste de Rivière-Coco.
Habillé en policier et armé d?un revolver, il est passé chez une famille de St-Gabriel et a kidnappé une fille de 16 ans, après avoir voulu obliger la mère à le suivre. Il est condamné à un an de prison pour séquestration et à quatre ans pour chacun des trois viols qu?il a commis sur l?adolescente.
Violeur ? pédophile s?il avait été jugé ailleurs ? il n?écope que quatre ans de prison (à multiplier par trois) pour relations sexuelles avec des enfants de 12, 11 et 9 ans. Pour attentat à la pudeur sur une enfant de moins de douze ans, il est condamné à deux ans de prison et obtient une peine similaire pour mauvais traitement sur un gamin de 10 ans.
Enfin, pour le viol d?une femme, il s?en sort avec cinq ans d?emprisonnement. Et d?un an pour le vol de deux pirogues et d?un jerrycan.
En tout pour tout, il a été condamné à 39 ans et deux mois de prison, qu?il aurait dû purger. Mais en vertu de la loi qui interdit le cumul des peines, il s?en tire avec 5 ans ? soit la peine la plus lourde dans sa longue liste ? Rs 100 de frais et deux ans de liberté surveillée ! Qui disait qu?en violant un enfant, on ne pouvait pas rester impuni ?
La grande évasion de Ravina
On en rit toujours à Rodrigues comme à Maurice de sa grande évasion de la prison de Pointe-La-Gueule le 25 mai 2002. Ravina a escaladé le mur de trois mètres de haut, non pourvu de barbelés et s?est fait la malle un mois durant sans être inquiété par les 225 policiers, dont des commandos, spécialement envoyés dans l?île. Pour beaucoup d?officiers, des gardes-côtes, de la police régulière, de la Dogs? Unit, de l?Apha Squad et des différentes brigades criminelles dépêchés par Port-Louis, ce fut l?occasion de découvrir les moindres coins et recoins de Rodrigues.
Mais les recherches étaient difficiles à cause de son relief accidenté. Considéré comme dangereux, étant armé, des hommes du Groupe d?intervention de la police mauricienne (GiPM) et de la Special Mobile Force (SMF) étaient à pied d??uvre pour le capturer. Peine perdue. C?est un secret de polichinelle que les Rodriguais ne portent pas les policiers mauriciens dans leur c?ur. Surtout pour une question de m?urs et depuis qu?une jeep de la SMF avait provoqué un mort et des émeutes à Camp-du-Roi en avril 1999. Donc, lorsqu?une unité bougeait vers
La Ferme, la nouvelle était déjà connue de l?autre côté de l?île, à Roche-Bon-Dieu. Plusieurs gradés considérés comme émérites, dont l?actuel directeur de l?Adsu, Rampersad Sooroojbally, ont fait chou blanc dans cette traque. Mais il y avait fort heureusement l?assistant commissaire de police Dass Joganah. Considéré comme l?homme connaissant le mieux Rodrigues et ses m?urs, puisqu?il a été le chef de la police rodriguaise pendant un temps, il a pu mettre la main sur le fugitif avec l?aide d?un officier des prisons, un mois plus tard, soit le 24 juin.
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