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On prend les mêmes et...

22 mai 2005, 00:00

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Nous voterons, pour l?avenir, des hommes d?hier, décalés. C?est pour cela que nous sommes forcément déçus. On aurait imaginé que l?ouvrier serait choisi en fonction de la tâche. Qu?en toute logique, ces leaders politiques qui parlent d?enjeux terribles à venir, définissent d?abord l?orientation qu?ils estiment juste pour le pays, avant d?identifier les personnes aptes à atteindre cet objectif, selon leur force de caractère, leur capacité intellectuelle et leurs qualités humaines. On aurait pensé que s?ils jugent, par exemple, que l?éducation de l?élite est à ce point en péril, ils prévoient dans leurs rangs, en toute priorité, des gens sensibles à la question...

Mais, hélas, ils ne dressent pas leur liste avec, en tête, les failles et les forces de leur cabinet, dans la perspective des réformes à poursuivre. Ce qu?ils ont en tête, ce sont des candidats pour gagner, pas pour gouverner. C?est pour cela qu?ils ont mis autant de temps à finaliser ces listes, en s?observant du coin de l?oeil, en soupesant le poids, ethno-politique s?entend, du candidat d?en face. C?est pour cela qu?ils finissent par aligner à 70 % des vieux, garants d?une assise, figures censées rassurer. C?est pour assurer la cohésion de leur équipe, condition de la victoire, qu?ils avalent sans broncher les couleuvres de leurs partenaires. C?est pour cela que nous sommes déçus.

Peut-être, au bout du compte, il ne sert à rien de s?offusquer du nombre si modeste, les deux blocs confondus, de têtes nouvelles et bien faites. Même s?il s?agit de professionnels, les circonstances du recrutement de ces candidats, entrés en catastrophe et non préparés pour la plupart, ne peuvent que rendre sceptiques sur leurs capacités à être porteurs d?un discours nouveau, d?une manière nouvelle de faire de la politique. Il y a fort à parier qu?ils mimeront les autres, ceux qui continuent à parler de l?indépendance, de l?héritage, de protéger les intérêts des opprimés de la race. Si c?est ainsi qu?on les choisit, au bout du compte, autant garder aussi les anciens.

La liste de l?opposition n?est pas officielle, mais l?on ne peut pas s?empêcher d?être plus déçu d?elle que de celle du gouvernement. Dans toute campagne, il revient surtout à l?opposition de proposer de nouvelles têtes, un changement de direction, un nouveau départ, de nouvelles idées. Elle le sait, puisqu?elle a choisi pour slogan « Bizin sanzman». Elle sait que l?enjeu de toute campagne est la performance du gouvernement et qu?il va lui falloir prouver que le gouvernement n?a pas bien fait et qu?elle peut mieux faire. « Oppositions don?t win elections, governments lose them », dit l?adage. Mais comment peut-on parler de changement et revenir devant l?électorat avec, à 80 %, des éléments sanctionnés il y a cinq ans sur la base d?un mauvais bilan ?

L?alliance gouvernementale grignote peut-être quelques points sur cette question de liste. Elle est donc moins tenue de mobiliser de nouvelles ressources que de savoir « vendre » ses réalisations, cultiver ses loyautés et son image. Car l?enjeu pour elle, en cette précampagne, est celui de tout gouvernement sortant, de poursuivre son action. Mais des points, elle en perd ailleurs. Elle s?est précisément concentrée cette semaine à se « vendre » : pamphlet résumant les mesures budgétaires, « bill board » sur la réforme de l?éducation, refusant une communication plus risquée. La distance qu?elle garde avec les médias est compréhensible, son autre souci, en cette période, étant d?éviter les gaffes ?? une déclaration déplacée sous la pression d?un adversaire peut faire oublier cinq ans de bonne conduite car l?électeur a la mémoire courte. Continuer cependant dans ce sens dessert ses intérêts. Déjà coupée par ces cinq années de pouvoir, d?une population qui la juge insensible à ses problèmes, l?alliance risque d?aggraver son cas avec deux étiquettes : soit c?est une arrogante qui n?estime pas nécessaire de s?expliquer devant la population, soit elle a peur.

Les pions placés, la campagne commence réellement cette semaine. Ce choix des mêmes têtes annonce une lutte serrée. La tradition tenace de voter bloc, parti et leaders, a commencé à se fissurer aux élections de 2000. Ces élections risquent d?accentuer la tendance. En partie parce que l?opposition aligne la vieille garde... militante. Les Laclé, Chumroo, Sithanen, Bachoo, Darga, Beebeejaun ont été dans certaines circonscriptions suffisamment longtemps pour pouvoir prétendre y avoir certaines assises indépendamment des couleurs qu?ils représentent. Ce n?est pas impossible que les partis s?étant fondus les uns dans les autres, les allégeances s?étiolent et les électeurs penchent pour les hommes au lieu des partis.

Plus rude, la campagne risque aussi de l?être sur le plan des discours. La campagne de 2000 était propre parce que les blocs avaient chacun un argument principal défendable : l?instabilité d?un gouvernement MSM-MMM, d?un côté, et la performance catastrophique de Ramgoolam, de l?autre. Cette fois, on n?a rien entendu de tel. Faute d?idées, l?on risque d?entendre essentiellement des instigations de la veine de celles dont nous a gratifié le leader adjoint du Parti travailliste. Plaine-Verte a le choix, dit-il, entre un n°2 musulman tout de suite et un n°3 musulman dans deux ans et demi. Si ce n?est pas se moquer de l?électeur.

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