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La dissidence, réunie en congrès, défie Fidel Castro
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La dissidence, réunie en congrès, défie Fidel Castro
La dissidence cubaine veut démontrer qu?elle est vivante, deux ans après la répression de 2003. Marta Beatriz Roque, seule femme parmi les 75 opposants pacifiques condamnés, relâchée en 2004 pour raisons de santé, est à l?initiative d?un congrès des dissidents qui s?est tenu, hier, sur un terrain situé à proximité de l?aéroport international de La Havane.
«Cette réunion à l?air libre montre les conditions exceptionnelles qui règnent à Cuba, explique René Gomez Manzano, l?un des organisateurs. Le régime totalitaire, qui contrôle l?économie et la politique, entrave le développement d?une société civile. Nous ne pouvons pas nous réunir dans une salle publique ou un théâtre, car nous serions à la merci d?un contre-ordre de dernière minute. Comme nous avons les pieds sur terre, nous le faisons donc derrière la maison de Félix Bonné, qui ne se laissera pas intimider.»
René Gomez Manzano et Félix Bonné sont, aux côtés de Vladimiro Roca, les inspirateurs du manifeste «La patrie appartient à tous» (1997), pour lequel ils ont purgé plusieurs années de prison. «La sentence de vingt ans de prison prononcée contre Marta Beatriz en 2003 est juste suspendue pour raisons de santé : elle peut y retourner à tout moment», souligne Gomez Manzano.
<B>DATE DIABOLISÉE </B>
Lundi, Fidel Castro a accusé les opposants d?être des «mercenaires» des Etats-Unis et d?avoir choisi, de se réunir hier le jour de l?ancienne fête de la République, «une date chère aux apatrides et aux annexionnistes» . «Nous avons choisi le 20 mai, justement parce que cette date a été diabolisée» , réplique Gomez Manzano.
Alors que le congrès se présentait comme un projet fédérateur, il s?est vu contesté par des opposants qui ont préféré ne plus y participer. «Au début, l?Assemblée pour promouvoir la société civile avait un caractère très large et horizontal, mais l?organisation a pris une tournure antidémocratique» , soutient le socialiste Manuel Cuesta Morua.
«Au lieu de préserver le pluralisme et leur indépendance, les organisateurs ont tissé des liens avec le bureau des intérêts américains à La Havane et avec l?extrême droite de Miami, qui soutient l?embargo», précise-t-il. Et, pourtant, ce militant de gauche souhaite leur succès, car il s?agit, selon lui, de «la principale initiative de l?opposition depuis 2003» , dont la réussite constituerait un précédent.
Le social-démocrate Vladimiro Roca convient que les positions des organisateurs «ne sont pas les siennes» , mais cela ne l?a pas empêché d?accepter leur invitation : «Je soutiens toute initiative de l?opposition» , déclare-t-il. Le plus connu des dissidents, Oswaldo Paya, Prix Sakharov du Parlement européen, ne s?est jamais rallié au congrès du 20 mai. Il est l?initiateur du «projet Varela», une pétition qui a recueilli 25 000 signatures pour demander un référendum, prévu par la Constitution, sur les réformes.
«Des 75 condamnés de 2003, une cinquantaine étaient des militants du ?projet Varela?, pointe Paya, aucun d?entre eux n?a été relâché, alors que Marta Beatriz et treize autres ont été élargis.» Dirigeant du Mouvement chrétien de libération, il récuse les organisateurs, «qui défendent des positions auxquelles je ne crois pas», et accuse les extrémistes de Miami, soutenus par Washington, de torpiller «le changement pacifique entre Cubains».
«Nous revendiquons nos droits, sans ingérence extérieure ni revanchisme ou saut vers le libéralisme, plaide Oswaldo Paya. Deux ou trois personnes soutenant l?embargo américain, condamné par la majorité de l?opposition, servent sur un plateau au gouvernement cubain l?accusation qu?il ne manquera pas de nous attribuer». Il ne baisse pas les bras pour autant et impulse un «dialogue national» pour formuler le programme d?une transition démocratique.
<B>Paulo A. PARANAGUA @ 2005 Le monde Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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