Publicité

A la découverte de nos musées

18 mai 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pris en flagrant délit. L?interactivité ? Connaît pas, dans les musées gérés par l?Etat. Cela fait cinq ans que le 21e siècle est en marche. Mais seuls des présentoirs traditionnels nous attendent au Musée d?histoire naturelle (Mauritius Institute) à Port-Louis. Des panneaux bien éclairés certes, mais qui ne brillent pas par la recherche dans le relais de l?information.

Pourtant, les initiatives ne manquent pas, comme en témoigne, en 2004, la riche exposition montrant les objets récupérés de l?épave du Sirius. A l?occasion de la journée internationale des Musées, le Mauritius Museums Council (MMC) organise, coup sur coup, une exposition intitulée ?Peopling Mauritius?, et lance une série de cartes postales illustrées, avec les espèces endémiques locales. L?exposition durera jusqu?à la fin du mois d?août. Activités qui démontrent une volonté de vitaliser notre passé commun.

Mais force est de constater que les actions ponctuelles ne suffisent pas. En ce qu?il s?agit de la disposition des salles, elle n?a que très peu évolué. Le constat est effarant. Les musées publics souffrent d?un fort degré de stagnation. Logés dans des bâtiments historiques, ils sont aussi chancelants que les locaux qui les abritent. Les fêlures de la façade du Mauritius Institute crient tout haut sa date de naissance : 1885. Les volets bleus fraîchement repeints du Musée national d?histoire ? ancienne maison coloniale ayant appartenue à la famille de Robillard (précédemment appelé musée naval de Mahébourg) ? datent de 1772.

Non. Le patrimoine n?est pas condamné à prendre la poussière. En parallèle, des initiatives privées savent faire preuve d?imagination. Deux exemples se signalent dans cette catégorie. Situé dans l?ancienne usine sucrière de Beau-Plan, à 15 minutes de Port-Louis, l?Aventure du Sucre, ouvert depuis 2003, a reconstitué, grandeur nature, le monde de la canne. Le musée porte l?empreinte de la modernité. Tuyaux peints en bleu, rouge, jaune voyant, centrifugeuse à plancher de verre où des visiteurs glissent des pièces de monnaie comme dans un porte-bonheur. Rien n?a été oublié. Pas même le chaland verni, ni les sacs de jute.

Autre rendez-vous marquant : le Blue Penny Museum, avec ses écrans où des films passent en boucle, où les livres attendent d?être feuilletés. Pas de panneaux ?défense de toucher?. Ici, on a dépassé le format de la visite les mains derrière le dos. L?ensemble joue sur les effets de transparence et les différents niveaux de lecture. C?est un musée où l?on peut à la fois toucher, sentir et ressentir notre passé commun. Ne plus se contenter de le regarder à travers une plaque de verre.

Mériter l?estime du public

Ces disparités sont-elles à mettre sur le compte de l?inégalité des moyens ? C?est en tout cas l?argument majeur avancé par Cader Kalla, président du conseil d?administration du MMC. En sus des deux musées déjà mentionnés, cet organisme gère La Nef, demeure de Robert Edward Hart à Souillac, le musée Frederik Hendrik à Vieux-Grand-Port, le SSR Memorial Museum à Port-Louis et le Sookdeo Bissoondoyal Memorial Museum, à Tyack. Budget de fonctionnement du MMC : Rs 12 millions.

Sans hésitation, Cader Kalla reconnaît que ?les conditions climatiques ne conviennent pas au Musée d?histoire naturelle de Port-Louis. Il faudrait au minimum Rs 200 millions pour que ce lieu soit digne de ce nom. Le drame, c?est que nous manquons de fonds.?

Il préfère parier sur l?avenir. Sur ?les trois arpents de terre d?Illovo que nous avons eus à Moka, pour la construction d?un musée adéquat.? Dans quel délai ? Le président ne se prononce pas.

En attendant, avec le directeur du MMC, Sahezahan Abdoolrahman, ils se concentrent sur une ?opération de rafistolage?. Refonte des légendes accompagnant les objets exposés. Ouvrir les réserves pour en sortir, par exemple, un pigeon hollandais capturé en 1826. Le directeur affirme : ?Notre objectif est de montrer ce que nous avons perdu. Le message est clair : préservons ce qui reste. Notre business est de préserver la mémoire.?

Cader Kalla est du même avis. ?Nous voulons mériter l?estime du public. Nous recevons autour de 15000 visiteurs par mois à Port-Louis.? Un nombre important qui pousse le président du conseil d?administration du MMC à dire qu?il ?n?est pas chaud à l?idée de faire payer l?accès aux musées, ni pour faire la distinction entre le touriste et le Mauricien, dans l?éventualité de l?introduction d?un accès payant.?

Pour lui, les fonds pourraient venir ?à la rigueur d?une boîte de donations.? Contraste frappant avec les ?Rs 21 000 nécessaires pour climatiser La Nef.? Face à cette situation et au déséquilibre entre musées d?Etat et musées privés, Cader Kalla reste optimiste. Il planche sur le Musée du rail, dont la mise sur pied à Mapou est mentionnée dans le budget 2005-2006. Les trois phases de travaux sur ce site de 5 000 mètres carrés ont déjà été définies. ?Initialement, ce projet vieux de 25 ans devait coûter Rs 10 millions, il a été réévalué à Rs 50 millions.? Gageons que ces millions nous permettront d?avoir un regard futuriste sur cet aspect de notre passé.

Publicité