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Dakar, terre de performance

17 mai 2005, 00:00

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C?est dans un décor désertique à 9 019 kilomètres de notre petite île Maurice que trois Mauriciens, Eric Milazar, Arnaud Casquette et Jonathan Chimier, répètent leurs gammes. Dakar, capitale sénégalaise située dans l?hémisphère Nord du continent Noir. Dakar, cruelle aridité, terre à la fois austère et exotique.

C?est pourtant dans ce paysage chaotique et aride, qui rappelle la dureté du désert, que se plante le majestueux et impressionnant stade Léopold Sédar Senghor, telle une forteresse inébranlable qui a survécu aux plus grandes batailles. Dans le ciel, des sentinelles survolent majestueusement l?édifice. Des aigles d?un noir éclatant sous ce soleil ardent.

Au pied du stade, un paysage décousu réveille, comme un sentiment de tristesse, le dur passé d?esclavage du Sénégal. Bref, tout cela traduit la dureté de cette terre sénégalaise.

?C?est le dépaysement total?, avoue Eric Milazar, qui vit pourtant à Dakar depuis plus de sept ans. Le choc est profond. Ce n?est pas que ce paysage désertique, mais aussi une autre culture, une toute autre façon de vivre. Pour vivre là-bas, il faut du c?ur, il faut du courage?

Une détermination, un choix qui suscite le respect. Difficile d?imaginer vivre loin des siens, loin de ses racines. ?C?est vraiment dur de vivre loin de sa famille, de ses amis, de sa patrie. Mais, ce choix s?impose si on veut repousser ses limites et progresser davantage. Le centre de Dakar est défintivement une structure qui a été déterminante dans notre carrière et elle le sera encore à l?avenir?, soutient Jonathan Chimier.

Le stade est vraiment imposant. Rien de ce qu?on peut comparer à Maurice. La simple vue des gradins donne le vertige. Jour après jour, les locomotives de l?athlétisme mauricien peaufinent leur préparation en vu des échéances mondiales ? avec le succès que l?on connaît ? dans cette structure, désormais mondialement connue : le Centre international d?athlétisme de Dakar (CIAD).

Le CIAD, c?est le fantasme suprême des athlètes africains et également de ceux de Maurice. Le CIAD est synonyme de succès au plus haut niveau mondial. C?est l?école des champions. Eric Milazar, Arnaud Casquette et Jonathan Chimier ont la chance d?y être en compagnie de dix-neuf autres athlètes venant de toute l?Afrique. Stéphan Buckland a, lui, passé pratiquement deux années au CIAD, deux années qui l?ont propulsé au plus haut niveau mondial.

<B>?C?est lui le grand frère?</B>

Il est 9 h 30. Le stade s?anime progressivement. Les athlètes du CIAD font peu à peu leur entrée sur la piste du stade Léopold Sédar Senghor. Toutefois, le groupe n?est pas au grand complet, vu que certains d?entre eux se trouvent à l?étranger ? dont Arnaud Casquette et le directeur technique du CIAD, Emmanuel Bitanga ? pour diverses compétitions.

À l?intérieur du stade, on oublie vite l?aridité du décor extérieur, sans doute porté par la sérénité des athlètes et leur quête de perfection. On est vite pris par cette ambiance où le travail, la souffrance, la recherche du geste parfait restent les maîtres-mots.

Au loin, c?est Victor Kouzine, le mentor de Jonathan Chimier et d?Arnaud Casquette, qui revient de la salle de musculation. À première vue, on sent un homme dur et rigoureux dans le travail. La première impression est la bonne.

?C?est vrai que je suis dictateur quand il s?agit de l?entraînement. Mais, une fois la séance terminée, nous sommes avant tout des amis?, confie le coach russe dans un français impeccable, cherchant du regard chacun de ses athlètes.

?C?est bon, t?es prêt ??, lance-t-il à Jonathan Chimier. ?Oui coach, c?est bon !?, retorque ce dernier.

Eric Milazar en termine avec son échauffement, et s?apprête à enfiler ses pointes et attaquer sa séance. Dernières consignes du coach, Anthony Koffi, et voilà Eric Milazar qui se dirige vers la piste. ?Il est bien cette année. On peut compter sur lui?, soupire le coach en parlant d?Eric Milazar.

?C?est lui le grand frère, le papa des autres athlètes du CIAD, car il en est le plus ancien pensionnaire. Nous avons vraiment beaucoup de chance de l?avoir?, poursuit le coach. Alors que le triple champion d?Afrique enchaîne les séries, Anthony Koffi, le regard en permanence sur Eric Milazar, ne tarit pas d?éloges sur le meilleur quarter-miler mauricien.

Près du sautoir, Jonathan Chimier, le Sénégalais Ndiss Kaba Badji, le Marocain Yahyia Berrabah ou encore la Malienne Khadiatou Camara répètent leurs gammes sous le regard de Victor Kouzine. Perfectionniste jusqu?au bout des ongles, le coach russe décortique et corrige toutes ces petites imperfections qui peuvent, a priori, paraître futiles. ?Non, non, non ! Relâche-toi ! Tu peux le faire, regarde je t?explique??, hurle-t-il, tout en mimant les gestes suivi d?une longue explication, souvent en tête à tête. On sent là, toute la complicité et la confiance qui lient Victor Kouzine à ses athlètes.

Et voilà Eric Milazar qui s?élance pour sa dernière série de la séance, un 300m, sous l?oeil d?Anthony Koffi. Tout le groupe d?entraînement se rue vers la piste, histoire d?encourager le doyen du CIAD. Les applaudissements s?amplifient, ça crie de partout.

Eric Milazar s?écroule ! C?est fini ! On lit sur son visage toute la souffrance du travail. Sa bouteille d?eau à la main, il est assis à la hauteur de la ligne d?arrivée et récupère le regard pointé sur la piste, comme s?il se refaisait le film de la séance dans sa tête.

Anthony Koffi s?approche et les deux hommes font un debriefing. Une tape dans le dos d?Eric et voilà le sourire qui réapparaît sur le visage du triple champion d?Afrique du tour de piste.

L?entraînement terminé, on sent enfin un relâchement chez les athlètes comme chez les coaches qui discutent de tout et de rien. Et chacun, à son rythme, quitte le stade et se dirige vers Keurdamel et Nord Foire, là où les athlètes du CIAD résident.

Et le lendemain, rebelotte? jusqu?à la consécration.

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