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Silences coupables
La situation est cocasse. Le chef de la police communique non pas pour donner une information mais pour expliquer les raisons d?un silence officiel. Ramanooj Gopalsingh a écrit à ?l?express? hier pour rappeler que la police s?est interdit de faire des estimations de foule aux rassemblements politiques et dit qu?elle n?a donc pas pu communiquer des chiffres concernant les meetings du 1er mai.
Certes, aucun communiqué officiel n?a été émis par les Casernes centrales hier, mais cela n?a pas empêché nos journalistes de traquer quand même l?information sur les estimations de foules et de la rendre disponible à nos lecteurs. Ils ont obtenu auprès de deux responsables situés au plus haut niveau de la police leurs conclusions sur l?affluence aux deux meetings.
Auparavant, deux journalistes expérimentés de notre rédaction, rompus aux techniques d?évaluation des foules, avaient fait des estimations aux deux meetings. Pour que la comparaison soit valide, ils ont, à chaque fois, évalué le nombre de partisans présents au moment précis où les leaders respectifs étaient au micro. Il était parfaitement possible de quitter Vacoas pendant le discours de Paul Bérenger afin de regagner Quatre-Bornes au moment où Navin Ramgoolam s?adressait à un maximum de partisans.
Ayant réalisé cet exercice, nous avons tenu quand même à obtenir des très hauts gradés de la police leurs estimations car celle-ci est dotée de moyens d?envergure pour parvenir à une conclusion plus précise. Par exemple, des hélicoptères de la police ont été vus survolant les lieux hier durant les meetings.
L?information officieuse que nous avons obtenue de la police est d?autant plus fiable que celle qui aurait pu avoir été diffusée par voie de communiqué officiel. Quand les sources savent qu?elles ne seront pas identifiées nommément, elles sont mises en confiance et révèlent la vraie information.
La frilosité de la police à l?égard des estimations officielles provient du fait que ses chiffres officiels ne sont pas crédibles. L?opinion finit toujours par découvrir la tricherie quand elle existe. Ainsi, plutôt que d?avoir à défendre une position forcément complaisante envers le régime du jour elle s?abstient désormais de faire des estimations et de s?engager dans une polémique hasardeuse. Pourtant cela relève bien des responsabilités de la police dans toutes les démocraties de référence de chiffrer le nombre de participants aux grandes manifestations.
De même, ?l?express? aurait pu se résigner à cette forme perverse d?auto-censure et s?abstenir de rendre publique l?information sur les foules. Nous savions que de toute façon tant le pouvoir que l?opposition allaient critiquer notre information, chacun jugeant qu?il mérite mieux. Or, un journal dont le rôle primordial est d?informer vrai, quoi que cela puisse lui coûter, n?a pas à craindre les états d?âme des politiciens.
Nous avons collecté une information sur le terrain dans le respect de la rigueur professionnelle, puis validé l?information auprès de sources possédant des moyens techniques que nous n?avons pas. Dès lors, rien ne pouvait justifier que l?on prive nos lecteurs de cette information. Si nous voulions plaire aux politiciens, nous aurions fait le choix de nous taire.
Hier, le PTr a accusé ?l?express? de manipulation partisane des faits. Les autres formations politiques ont fait des accusations semblables à différentes occasions dans le passé. Mais, quand l?un parle de 35 000 personnes à son meeting et l?autre déclare en avoir attiré deux fois plus, on peut se demander de quel côté se trouve la manipulation fantaisiste des chiffres.
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