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La démission d?Omar Karamé crée un vide politique
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La démission d?Omar Karamé crée un vide politique
Le Premier ministre libanais pro-syrien Omar Karamé a annoncé sa démission après avoir vainement tenté, un mois et demi durant, de former un nouveau gouvernement susceptible de conduire le pays aux élections législatives constitutionnellement prévues avant le 31 mai. ?Nous sommes une fois de plus dans l?impasse?, a-t-il déclaré mercredi tout en estimant, contre les apparences, qu??il est encore temps? d?organiser des élections législatives avant l?échéance constitutionnelle.
La démission de Karamé, la seconde en un mois et demi, rend improbable la tenue de ce scrutin dans les délais. Le gouvernement doit en effet convoquer les électeurs aux urnes au moins un mois avant le scrutin, soit d?ici une quinzaine de jours. Le vide politique actuel - le gouvernement Karamé I expédiait les affaires courantes en attendant la formation du gouvernement Karamé II ? pourrait donc déboucher sur une aggravation de la crise déclenchée à la mi-février par l?assassinat du prédécesseur de Karamé, Rafic Hariri.
Ce meurtre avait jeté dans la rue l?opposition à la Syrie et au gouvernement pro-syrien et provoqué la première démission de Karamé, aussitôt reconduit à son poste par le Parlement et le président Emile Lahoud, eux aussi favorables à Damas. Selon une source officielle, le chef de l?Etat a accepté la démission de Karamé et va consulter le Parlement vendredi en vue de nommer un successeur pour conduire le pays vers des élections d?ici la fin mai. L?opposition anti-syrienne, qu?elle soit chrétienne, druze ou sunnite, soupçonne ouvertement les autorités en place de chercher à différer le scrutin en prolongeant artificiellement la crise politique afin d?empêcher l?opposition de profiter du capital de sympathie qu?elle a acquis après l?assassinat de Hariri. ?C?est une fuite en avant qui ne sert à rien. S?ils ont une certaine crédibilité, qu?ils se présentent aux élections et s?ils n?ont pas de crédibilité, ils vont perdre. Que le jeu soit démocratique !?, a ainsi déclaré le druze Walid Joumblatt lors d?une conférence de presse au Parlement européen.
<B>Prolongation de la législature </B>
De son côté, la secrétaire d?Etat américaine Condoleezza Rice a déclaré que la démission de Karamé était une ?occasion d?avancer?. ?De nouvelles manoeuvres dilatoires sont inutiles (...). Nous attendons que le processus consultatif pour former un nouveau gouvernement ait lieu immédiatement?, a-t-elle dit à Washington, réitérant les appels de la Maison blanche pour la tenue des élections comme prévu.
Un responsable du département d?Etat a déclaré sous le sceau de n?anonymat que le gouvernement Bush craignait que l?impasse politique ait un impact sur le retrait syrien du Liban et l?abandon du pouvoir par les hommes politiques pro-syriens. ?Notre crainte c?est que toutes sortes de gens cherchent une excuse pour ne pas le faire, ne pas se retirer, ne pas tenir d?élections?, a-t-il dit. Jacques Chirac a lui aussi répété que la France attendait des ?élections pleinement démocratiques, qui doivent être organisées dans les délais prévus?.
Mercredi, avant la démission de Karamé, l?opposition avait déjà menacé, par la voie d?un député chrétien maronite, de redescendre dans les rues ?pour forcer le Premier ministre sortant à s?effacer devant un autre, qui formera un gouvernement?. Quelques jours après l?assassinat de son prédécesseur, qui s?était dressé contre la mainmise syrienne sur le Liban, le PM Karamé avait démissionné une première fois sous la pression de manifestations de rue quasi quotidiennes de l?opposition.
Depuis, il a vainement tenté d?amener l?opposition à participer à un gouvernement d?union nationale. Outre une enquête indépendante sur la mort de Hariri et le départ des troupes de Damas, l?opposition réclame la formation d?un gouvernement de transition neutre chargé de préparer dans les délais des élections libres, une possibilité désormais envisageable ? techniquement du moins. Un tel gouvernement devra obtenir la confiance du Parlement sortant puis lui proposer pour approbation un nouveau code électoral ? un processus qui peut durer plusieurs semaines. S?il n?est pas possible que l?éventuel nouveau gouvernement soit en mesure avant le 30 avril d?annoncer ces élections, le Parlement, actuellement dominé par les pro-syriens, est habilité à prolonger la législature de plusieurs mois.
<B>Tom PERRY</B>
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