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Du ?tangue? dans l?assiette
La principale attraction de la fête, organisée par l?association de La Grande Chaloupe dimanche dernier, est évidemment le fameux cari ou civet tangue (hérisson local). Cette manifestation trouve son origine dans la volonté des habitants de la Grande Chaloupe de préserver des traditions réunionnaises et de transmettre un savoir-faire. Car dans toute l?île, c?est bien au creux de cette vallée que l?on déguste le meilleur civet ?tangue.?
Autrefois station de train, nichée au flanc de la falaise, entre Saint-Denis et La Possession, le long du littoral nord-ouest de l?île, l?écart s?est peu à peu endormi lorsque l?automobile à supplanter le chemin de fer, dans le milieu des années 60. Les autorails sont alors restés en sommeil, jusqu?à ce qu?un groupe de passionnés, réunis en association, décident de les retaper et de le remettre, le dimanche pour les touristes, en circulation. Ce fut le point de départ du renouveau de la Grande Chaloupe dont les habitants lancèrent ensuite la conviviale ? fête tangue.?
Cette fête annuelle réunit les plus fins cuisiniers du village, les ? pros du tangue.? Certains, à l?instar d?Henri Bègue, n?ont pas fermé l??il de la nuit. ?Il m?a fallu éplucher les oignons, couper les piments et les tomates, écraser l?ail. Pour faire un bon cari tangue, il faut tout cela. C?est indispensable. Mais ensuite, il y a aussi quelques techniques secrètes, notamment l?utilisation d?un vin que buvaient les ancêtres.?
Des efforts qui sont plus que récompensés car ce dimanche les visiteurs faisaient la queue pour déguster le civet de ?tangue? à 15 euros la barquette (500 ?tangues? ont été chassées pour préparer 650 plats). De grandes tables ont été dressées sous quelques parasols, dans une ambiance très détendue et conviviale. Les visiteurs ont pris ensemble un grand déjeuner créole dans des vannes tapissées d?une feuille de bananier. Tout cela bercé par les romances de l?orchestre en cuivre. D?autres, faute de places, ont dû choisir de pique-niquer à côté de leur voiture, ce qui n?altérait en rien la saveur du plat.
Une volière naturelle
Pour l?association, outre l?aspect gastronomique de la fête, c?était aussi l?occasion de sensibiliser les Réunionnais sur la richesse de la faune et de la flore du site. Ainsi, les éco-gardes travaillant sur le lieu y ont aménagé un stand pour présenter les atouts botaniques de la Grande Chaloupe. Parmi ses trésors, on y trouve le Bois de Fer, le Mahot tantan ou encore le Bois de Sable. Le quartier compte au total 22 espèces de plantes les plus rares de l?île. La Grande Chaloupe est aussi une grande volière naturelle où l?on entend chanter la tourterelle malgache, l?hirondelle de Bourbon et le gobe-mouches de Paradis.
En s?écartant de l?ancienne gare ferroviaire, on peut (toute l?année) découvrir les bâtiments historiques des deux lazarets dans lesquels étaient maintenus en quarantaine émigrés indiens et africains.
Quant aux amateurs de randonnées peuvent aussi rejoindre la Possession en empruntant le chemin des Anglais, qui reliaient, de part et d?autre de l?écart, Saint-Denis et la Possession.
Chaque jour 50 000 automobilistes passent ainsi à vive allure devant ce site historique, sans forcément se rendre compte de ses atouts.
Le Ti Train sur les rails
Autre attraction de la journée : la remise en service du Ti train, construit au siècle dernier par des ouvriers réunionnais et italiens (des Piémontais). Un véritable événement pour des centaines de Réunionnais, nostalgiques de l?époque où ils pouvaient encore emprunter le Ti train en période cyclonique, lorsque l?ancienne route du littoral n?était plus praticable. Ce moyen de locomotion qui a été abandonné en 1976 n?existerait plus aujourd?hui sans la persévérance des membres de l?association Ti train, qui depuis 1988, travaillent sans relâche pour la sauvegarde et la rénovation de ce patrimoine ferroviaire. Gérard Chotard, l?un des pionniers de l?association, confie qu?il a eu du mal à obtenir l?autorisation de circuler auprès de la préfecture et avoue ne pas savoir pour l?instant si cette exploitation bien sympathique pourra se pérenniser.
En tout cas, la balade en train aura été belle ce jour de fête. Le Ti Train a transporté ses passagers sur un parcours de 4 km 20 en empruntant le tunnel de la Grande Chaloupe à La Possession, construit entre 1878 et 1881. Ce tunnel est selon, Eric Boulogne, lui aussi principal maître d??uvre de la renaissance de l?autorail, le deuxième plus grand tunnel de France (en voie métrique).
À quelques pas de là, la quatre voies du littoral, avec son flot bruyant de voitures, déroule son bitume terne. Ce dimanche, il faisait bon de s?arrêter pour une fois dans ce petit écart riche de traditions authentiques.
Saphira KALLEE
LES BULLETINS DE SALAIRE SAISIS A MAURICE
Opportunité d?expansion pour la Réunion
Fidecorex, 110 employés à la Réunion, envisage de s?attaquer au marché français et européen. Pour y parvenir, elle sous-traite une partie du travail de saisie à Maurice mais ne déshabille pas pour autant la Réunion.
Le principe de l?externalisation, génératrice de toujours plus de profits, s?approche du cyber-cauchemar pour le salarié français. Cependant, d?un point de vue plus pragmatique, les chefs d?entreprises se doivent de s?adapter à ce système. La Réunion, pas plus que les autres coins de France, n?échappe à cette logique.
Ainsi le cabinet réunionnais Fidecorex, l?un des leaders régionaux du conseil et de l?expertise comptable, s?est associé en janvier 2004 à la filiale mauricienne du cabinet Ernst & Young et à la Sarl française Acri pour créer la société Inventyv qui s?est installée en juin au septième étage de la Cybertour.
Elle sous-traite principalement de la saisie comptable et du traitement de salaire. Comme elle travaille beaucoup sur le marché français, elle a eu besoin de comptables rodés à la législation française. Ce qui a permis à un ancien de Fidecorex, Bruno Payet, de venir goûter à l?aventure mauricienne avec sa collègue Alice Maillot. ?Overbooké? comme il dit, il estime avoir su saisir une ?bonne opportunité? : ?Je supervise tous leurs travaux de comptabilité et j?ai pu garder un salaire équivalent à celui que je percevais à la Réunion. En plus je bénéficie de quelques avantages comme un logement de fonction. Actuellement je suis en train de demander le renouvellement pour une année supplémentaire de mon permis de travail.? Inventyv compte pour l?instant ?un nombre appréciable? de clients en France, des cabinets d?expertise comptable. Son directeur, Arnaud Boullé, précise cependant que la société est encore en phase de structuration : ?La formation d?un technicien de paie prend environ un an. On peut dire que nous sommes en formation pour pouvoir répondre d?ici quelques mois à une forte demande. Nous participons aux différents salons français sur l?externalisation et l?expertise comptable.?
Inventyv propose des coûts de production quatre à cinq fois inférieurs à ce qui se pratique en France. La compagnie est passée depuis juin 2004 de 8 salariés à une vingtaine. Arnaud Boullé résume: ?L?exter-nalisation ne demande pas trop d?implication au client. C?est rapide et moins cher et ça peut rapporter gros.?
La valeur ajoutée pour la Réunion
Jean-Claude Pradines, directeur de Fidecorex, se défend de vouloir déshabiller la Réunion pour habiller Maurice. Au contraire, l?expérience de la Cybertour mauricienne doit permettre à Fidecorex de s?attaquer au marché français et européen avec des tarifs compétitifs : ?Nous pouvons ainsi accéder à des volumes de travail plus importants. Par exemple, nous traitons actuellement de 8 000 à 9 000 bulletins de salaire par mois. Si demain je veux m?adresser à une grosse entreprise française qui me confiera l?élaboration de 20 000 bulletins par mois, je dois être compétitif. À Maurice nous faisons travailler des opérateurs de saisie mais toute la partie technique se fait ici par des cadres réunionnais.?
Le directeur de Fidecorex confie que le lancement des opérations à Maurice a déjà contribué à l?embauche de deux cadres à la Réunion et il insiste sur sa volonté de ?mettre toute la valeur ajoutée de l?opération à la Réunion.? L?internationalisation que vise Fidecorex ne pouvait se faire sans l?apport mauricien. Cette expansion, si elle se concrétise, devrait créer de l?emploi sur la Réunion : ?Nous n?avons pas trouvé là-bas les compétences techniques nécessaires à la réalisation de nos produits. Les documents sont donc saisis à Maurice, ils sont transmis en temps réel sur notre unité centrale à Saint-Pierre pour y être traités puis ils sont édités à Paris pour nos clients.?
La géographie n?est plus un handicap grâce au ?bel outil? de la Cybertour. Jean-Claude Pradines remarque d?ailleurs qu?il se rend plus facilement et plus rapidement dans les bureaux mauriciens d?Ebène, via l?aéroport de Pierrefonds, qu?à Saint-Denis. Cette proximité mauricienne rend la Cybercité d?autant plus incontournable pour les entreprises réunionnaises ambitieuses.
Franck CELLIER Le Quotidien de la Réunion
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