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Moderniser pour survivre

6 avril 2005, 00:00

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<B>Par Stéphane Saminaden</B>

L?Association of Mauritian Manufacturers (AMM) est en campagne contre la décision du gouvernement d?avoir du jour au lendemain aboli ou réduit les droits de douane sur des produits fabriqués localement.

Elle déplore, non sans raison, d?avoir été prise de court et que le calendrier agréé n?ait pas été respecté. Les industriels du secteur non-zone franche craignent également d?être victimes du ?dumping? des grandes multinationales. Cela fait effectivement des années que les autorités traînent à introduire des lois ?anti-dumping? qui permettraient de prendre des mesures de sauvegarde.

Les craintes pour l?emploi sont fondées et méritent l?attention du gouvernement afin de ne pas aggraver la situation du chômage. Maintenant que les dés sont jetés, le gouvernement devra assumer sa part de responsabilité.

Ceci dit, il y en a qui ne seront jamais prêts à affronter la libéralisation. Il y en a qui n?ont jamais eu l?intention d?être prêts. La demande de dérogation, d?extension de délai et de nouvelles faveurs jusqu?à la limite du raisonnable est malheureusement la seule stratégie de survie qu?ont adopté de trop nombreux industriels et opérateurs de tous les secteurs confondus.

La libéralisation du commerce engagé au niveau de la Southern African Development Community (SADC), est un processus planifié pour culminer en 2008. Il y a quelques années à peine, le secteur manufacturier non-zone franche se félicitait d?avoir été partie prenante de ces négociations et était globalement satisfait que ses préoccupations avaient été prises en considération. Le délai accordé pour la libéralisation leur semblait raisonnable.

Maintenant que l?échéance approche, l?AMM veut renégocier pour une période de transition plus longue. Comment peut-on gérer une entreprise sur les prémisses alors qu?au bout du compte, on arrivera à ?se débrouiller? ?

Dans le secteur manufacturier non-zone franche ? comme dans le textile d?ailleurs ? ne survivront que ceux qui auront fait l?effort de prévoir, de s?adapter et d?investir sans compter sur les préférences commerciales, la dépréciation de la monnaie et le maintien des barrières tarifaires qui aujourd?hui s?effondrent.

Ceux par contre qui pendant trente ans se sont contentés de manger leurs bénéfices n?ont qu?à se mordre les doigts. Maintenant que les années de vaches grasses sont passées, ils crient à la famine de leurs ouvriers. C?est trop commode.

Sans mettre tout le monde dans le même panier, il y a trop d?entreprises de ce secteur qui n?ont fait aucun effort pour se moderniser et améliorer la qualité de leurs produits. Trop d?entreprises se sont fait leur beurre confortablement protégées par des barrières tarifaires de 80 % qui étaient les tarifs les plus élevés de la SADC. Ces protections douanières ont faussé la politique des prix et faussé l?allocation des ressources dans l?économie.

Trop d?industriels ont développé le réflexe de toujours vouloir que les autres ouvrent tout grand leur marché mais s?arc-boutent contre toute tentative d?ouvrir un tant soit peu le marché mauricien. Une déformation due sans doute à l?accoutumance aux préférences non réciproques de l?Union européenne?

Il y a pourtant au sein de l?AMM des entreprises qui, grâce à la libéralisation du commerce, ont pu se faire une place sur les marchés régionaux. Elles pourraient apprendre les unes des autres?

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