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Cette vie qui s?étiole
L?actualité récente a relancé le débat sur l?opportunité de légiférer sur le droit d?une personne à demander qu?on mette fin à ses jours. Ce débat nous oblige à réfléchir sur la question de la fin de vie, qui nous concerne tous. Cet article est le fruit d?une réflexion personnelle, nourrie par mon expérience au contact de personnes arrivées en fin de vie. Souvent les gens me demandent comment on arrive à travailler dans cet univers sans se détruire, ce que les Américains ont appelé le Burn-out ? Il n?y a pas de recette-miracle, mais je pense qu?il faut nécessairement se remettre en question. C?est-à-dire s?engager dans une voie spirituelle et un questionnement sur le sens de la vie : « Quel est le sens de ma vie ? » C?est comme réciter quotidiennement cette prière des Béné-dictins : « Souviens-toi de mourir ! » Et se souvenir qu?on est mortel nous permet de recentrer notre regard sur la vie. On lui donne ainsi une valeur particulière. On réalise également que l?on peut perdre quelqu?un que l?on aime. La personne en fin de vie entame, quant à elle, un périple de souffrance, jalonné par des étapes de révolte, de déni, et de dépression. Cette période lui donne à vivre des modifications physiques, des pertes et des changements existentiels.
Elle découvre ce qu?est l?abandon, la solitude, et l?angoisse d?une mort annoncée. Toutefois, ce passage peut déboucher sur une transformation, un temps d?élaboration où il peut se produire quelque chose au niveau de l?affectivité, et de l?Être même. C?est peut-être l?occasion d?être à l?écoute de soi-même. Si dans l?attente d?une mort imminente, on ne peut plus se projeter dans l?avenir, on peut toutefois découvrir, ou redécouvrir, l?instant présent. Alors que notre univers se rétrécit, nous devenons plus attentifs aux petits riens qui changent pourtant la vie. Dès lors, un petit sourire de l?autre, devient quelque chose de capital.
Mais malheureusement, plus on dispose de ressources et de technologies, plus on a tendance à considérer ce temps de mourir comme un temps vide, qui n?a plus de valeur. Et dans cette perspective, il devient alors logique de demander que la vie s?arrête le plus tôt possible. Cette attitude est à bien des égards reliée à un contexte culturel dans lequel la mort est devenue taboue. Pour terminer, méditons sur cette phrase de St- Paul : « Tandis que notre homme extérieur s?en va en ruine, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. »
■ Vijay RAMANJOOLOO Psychologue clinician
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