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Le spectre du tsunami plane sur l?Asie

3 avril 2005, 00:00

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Un séisme d?une magnitude de 8,7 sur l?échelle de Richter a fait de nombreuses victimes sur l?île indonésienne de Nias, au large de la côte occidentale de Sumatra, dans la nuit du lundi 28 au mardi 29 mars. Sentie dans toute la région, la secousse a provoqué des paniques momentanées ainsi que des alertes aux tsunamis qui ont été levées au bout de quelques heures.

À la pointe septentrionale de l?île de Nias, qui compte plus d?un demi-million d?habitants, le bourg de Gunung Sitoli, où des incendies ont été observés, aurait été aux deux tiers détruit. Les services de secours ont passé le reste de la nuit à tenter de dégager les habitants piégés dans les décombres. La coupure de l?électricité a privé de soins de nombreuses victimes.

La situation serait encore plus préoccupante sur les petites îles de Ba-nyak, où vivent une dizaine de milliers de gens qui sont les plus proches de l?épicentre. Par ailleurs, une vague haute de trois mètres a causé d?importantes destructions sur l?île indonésienne de Simeulue, selon les premières informations données par le commandant militaire de la province d?Atjeh (nord de l?île de Sumatra), qui n?a pas fait état de victimes.

La réplique de lundi soir est la plus puissante depuis le séisme du 26 décembre qui avait fait plus de 290 000 morts ou disparus sur les côtes de l?océan Indien. L?immense majorité des victimes (240 000 personnes) avaient été recensées dans l?Ouest et le Nord de la province d?Atjeh, située au nord de l?île de Nias.

Coordinateur des opérations humanitaires de l?Onu, Jan Egeland a estimé que les bâtiments déjà endommagés par le tremblement de terre de décembre « s?étaient peut-être effondrés à Nias » à la suite d?une si violente réplique. Des hélicoptères ont été dépêchés sur l?île mardi matin pour y porter les premiers secours extérieurs. La présence de l?Onu et de nombreux organes d?assistance à Atjeh devrait faciliter les opérations. Le président indonésien a, lui, reporté une visite en Australie pour se rendre sur place.

À Banda Atjeh, où des milliers de réfugiés sont encore regroupés dans des camps de toile et où le courant a aussi été coupé, les gens ont évacué le centre-ville pour se précipiter vers les mosquées ou des secteurs plus élevés, comme le campus universitaire. Les Atjehnais sont encore sous le choc du désastre du 26 décembre. Les dizaines de répliques constatées depuis, souvent aux alentours de 6 sur l?échelle de Richter, entretiennent la peur dans cette province meurtrie.

Les alertes aux tsunamis, relayées par les télévisions, ont poussé les gens à fuir les côtes de l?océan Indien, jusqu?à Madagascar. Dans le Sud thaïlandais, des pêcheurs ont pris la mer pour sauver leurs embarcations et les habitants de l?île de Phuket et des alentours ont déserté les zones côtières. La panique s?est dissipée dès la levée de l?alerte aux tsunamis, vers deux heures locales du matin.

La secousse de lundi soir a été de 8,7, selon l?agence géologique américaine USGS. Mardi, un sismologue japonais, Masahiro Yamamoto, a considère que « d?autres répliques d?une magnitude d?environ 8 sur l?échelle de Richter peuvent ? c?est une possibilité élevée ? se produire » dans le même secteur.

En Inde et au Sri Lanka, où des dizaines de milliers de personnes ont péri le 26 décembre, les autorités n?ont pris aucun risque et, dès l?annonce connue du tremblement de terre, elles ont lancé un appel aux habitants des côtes de se rendre à l?intérieur des terres. En l?absence d?un système d?alerte officielle, l?avertissement est passé par la télévision, la radio, les haut-parleurs des temples, les cloches des églises ou des sirènes, qui ont prévenu la population endormie à cette heure de la nuit.

Au Sri Lanka, la présidente Chandrika Kumaratunga est apparue sur les écrans pour demander aux habitants de reculer de deux kilomètres à l?intérieur des terres. Des scènes de panique ont eu lieu notamment sur la côte est de l?île où deux personnes auraient été tuées dans une bousculade dans la zone sous contrôle des Tigres de libération de l?Eelam tamoul (LTTE). La circulation des trains le long de la côte a été interrompue toute la nuit.

Un sentiment de vulnérabilité

En Inde, la secousse a été ressentie dans les îles Andaman et Nicobar, où l?alerte maximale a été déclenchée, mais aucune vague d?importance n?a suivi. Cet archipel avait été le premier touché en Inde par le tsunami du 26 décembre. Après plusieurs heures d?anxieuse attente, le ministre fédéral de la science et des technologies, Kapil Sibal, a annoncé qu?il n?y avait pas de risque de tsunami, précisant qu?il avait contacté « des officiels en Indonésie aussi bien que l?armée de l?air et la marine présentes dans l?archipel des Andaman où nous avons des instruments de mesure des vagues ».

Contrairement à ce qui s?était passé le 26 décembre, les responsables ont contacté leurs homologues ? notamment le Centre d?avertissement des tsunamis dans le Pacifique (Hawaï) ? pour s?informer de la situation. En Inde comme au Sri Lanka, la période d?alerte n?a duré que 4 à 5 heures. « Nous avons levé l?alerte quand le temps de réaction pour une grosse vague était passé », a affirmé P.M. Jayatilake, le chef du département météorologique du Sri Lanka, précisant que « d?intenses discussions avaient eu lieu avec le centre d?Hawaï et la marine ». Le séisme de lundi soir va renforcer le sentiment de vulnérabilité des habitants des côtes encore choqués par la catastrophe de décembre.

■ @ 2 005 Le Monde ? Jean-Claude POMONTI et Françoise CHIPAUX Distribué par The New York Times Syndicate

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