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Un bilan contrasté

3 avril 2005, 00:00

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Confronté à une perte d?influence dans les sociétés occidentales, adulé par les catholiques de tous continents et respecté par de nombreux dirigeants pour son implication dans les affaires du monde, Jean Paul II devrait laisser un bilan contrasté dans l?histoire.

En théorie, le pape est le guide spirituel de quelque 1,1 milliard de catholiques dans le monde. Cette influence s?exerce toutefois davantage par un pouvoir de persuasion que par une quelconque contrainte.

Et, tout au long des 26 années de son pontificat, le troisième le plus long de l?histoire, son message s?est de plus en plus heurté aux évolutions des modes de vie en Occident, notamment sur les questions de sexualité.

« C?est une figure de proue et il mérite le plus grand respect à cet égard », juge le professeur Nicholas Atkin, historien de l?Eglise à l?université anglaise de Reading. « Mais les gens ignorent superbement la plupart de ses injonctions. Beaucoup, en particulier en Europe de l?Ouest, sont devenus des ?catholiques de cafétéria?, qui picorent ça et là les idées qui leur conviennent. »

L?un des exemples les plus récents de cette perte d?influence papale en Occident a été la passe d?armes qui a opposé Jean Paul II au nouveau gouvernement socialiste en Espagne, terre autrefois pieusement catholique.

Quand le pape a critiqué l?annonce par Madrid de l?autorisation des mariages homosexuels, il s?est attiré une réplique cinglante d?un ministre lui conseillant de s?interroger sur les raisons de la désaffection à l?égard de l?Eglise plutôt que de rester obnubilé par les questions sexuelles.

Une église en phase avec son pape

De même, sa campagne contre la guerre en Irak n?a eu aucune influence sur les responsables américains, protestants dans leur ensemble, ni même vraiment sur le clergé catholique aux Etats-Unis.

« Je sais ce qu?il dit, mais j?ai enterré 15 victimes des attentats du 11 septembre et je n?en peux plus du terrorisme », avait ainsi déclaré un prêtre new-yorkais, établissant un lien entre la guerre en Irak et les attentats contre les Etats-Unis.

« Le pape a éprouvé des difficultés à toucher les sociétés laïques occidentales et cela lui a fait de la peine », remarque Austen Ivereigh, porte-parole du cardinal anglais Cormac Murphy O?Connor.

« Mais d?un autre côté, sa fragilité lui a permis d?envoyer des messages sur les notions de service et de sens du devoir, qui ont été remarquables. »

Quoi qu?il en soit, même ses détracteurs soulignent qu?aucun pape n?aurait pu enrayer la baisse de la pratique religieuse en Europe.

Cette perte d?influence en Occident ne saurait pourtant masquer les réussites de son pontificat, non seulement au sein de l?Eglise catholique mais aussi dans le domaine diplomatique.

Jean Paul II a ainsi modelé une Eglise pleinement en phase avec sa pensée, conservatrice en matière de doctrine mais plus libérale sur les questions de société. Il a notamment désigné des prélats plutôt conservateurs à la tête des églises d?Amérique latine, foyers autrefois d?un catholicisme « progressiste ».

Le pape a nommé la quasi-totalité des quelque 120 cardinaux qui éliront son successeur, ce qui a rejailli sur la base de l?Eglise, où les rangs des diocèses sont peut-être plus clairsemés mais aussi certainement plus fidèles.

Pour de nombreux observateurs, le Polonais Jean Paul II, premier pape non italien en plus de quatre siècles, restera surtout comme le pape ayant contribué à l?effondrement du bloc soviétique à la fin des années 1980.

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