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Droit de critique
Le débat public est en train ces jours-ci de se redéfinir. La prise de parole n?est plus programmée, ni n?est-elle prévisible. Cela augure de bonnes perspectives en cette année électorale. Les habituelles oppositions font place à des argumentaires qui sortent des sentiers battus. Cette donne est d?autant plus encourageante qu?elle est l??uvre de personnes et de collectifs d?individus qui n?avaient pas coutume d?énoncer publiquement leurs idées.
La société politique ayant toujours été à l?origine et au centre du débat public, il y avait de quoi avoir peur que cette situation ne se répète. Un tel scénario aurait pérennisé le désert des idées. Il est intéressant que des décideurs du monde des affaires, des femmes et des jeunes, entre autres, viennent tirer la société civile de sa torpeur. Les choses auraient dû se passer autrement car les faiblesses congénitales de la société politique auraient dû logiquement profiter à la société civile. Mais celle-ci s?est toujours montrée frileuse. Ses prises de position ont été au mieux consensuelles, au pire des plus timorées.
Les choses sont en train de changer graduellement. A quelque chose malheur est finalement bon. Les propositions de réforme électorale ont mobilisé les femmes. A force d?avoir crié où sont les jeunes, certains d?entre eux, des universitaires principalement, ont fini par se constituer en groupes pour mieux agir. Enfin des hommes d?affaires ne semblent plus être tétanisés devant la perspective des paroles peu laudatives à l?égard des politiques. La critique prend forme et elle est saine pour la démocratie.
Cette critique est d?autant plus saine qu?elle n?est plus le monopole de ces pseudo-associations socioculturelles qui, sous couvert de la défense des droits légitimes, pratiquent la surenchère et le marchandage politico-électoraux. Cela s?était vérifié à chaque élection. Les seuls groupes à se montrer les plus remuants et bruyants en période électorale étaient les groupes socioreligieux. Leurs revendications sont fondées sur le fait, réel ou fictif, qu?ils contrôlent un certain nombre de familles représentant une certaine force électorale. C?est ainsi qu?on s?assure rentes et prébendes au nom de ses coreligionnaires. C?est ainsi que les politiques sont pris en otages.
Pour une fois, le rapport entre la société politique et la société civile ne tient plus de cette seule logique. Pour une fois, des femmes et des jeunes, à tort et à raison, prennent position. Plus révélatrice encore est cette prise de parole de certaines personnes qui ont un lien avec le Capital. Jusqu?ici le monde des affaires a eu un rapport ambivalent avec le monde politique. Dire les carences et les limites de celui-ci aurait pu être interprété comme un outrage. Les voix de la société des affaires ont une nouvelle responsabilité. Elles n?ont d?ailleurs pas trop le choix car leur pusillanimité est déjà interprétée comme le signe d?une mauvaise conscience. Elles se sont toujours montrés timides car elles ne se sont pas donné le droit de parler de politique. Maintenant que certains osent, le défi sera de pousser le débat au-delà des lieux communs. Une critique radicale du déficit de modernisation de la société politique s?accompagne aussi d?un devoir d?autocritique. Ça, c?est un autre défi.
Un nouvel ordre se dessine donc ou plutôt des étincelles jaillissent comme autant de promesses d?un débat qui vise une remise en question des pratiques anciennes. Du moins est-ce dans ce sens qu?il faut encourager une éventuelle confrontation d?idées. Ne dit-on pas qu?on vit dans un monde qui change ? Comment maintenir le pas avec ce monde si les idées, elles, ne changent pas? Si pour cela, il faut bousculer les politiques, il ne faudrait aucunement se priver de cette arme. Mais il importe d?éviter le piège de la critique gratuite. Car la critique est autant un art qu?une science.
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