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Deuil et renaissance

1 avril 2005, 00:00

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??Tous les propos tenus à ce jour quant à la possibilité de la réincarnation ne sont que des balivernes?, dit la voix de l?homme qui va mourir, alors que l?écran est tout noir. Les esprits rationnels seront d?accord sur ce point, mais il est difficile d?en tenir rigueur à ceux qui y croient : l?existence est fragile et nous devrions tous avoir droit à une seconde chance. Contrairement à ce que semble annoncer le titre, Birth, film de Jonathan Glazer est un film sur le côté irréversible de la mort et sur la solitude.

Le ton est donné lorsque les premières images montrent cet homme courant dans Central Park. Il neige, tout est blanc et il est seul. Le film ne nous montre pas son visage. Il s?é-croule, victime d?une crise cardiaque.

Puis, nous assistons à la naissance d?un bébé, ce qui laisserait sous-entendre que ces deux événements auraient un lien. Puis, de nouveau une scène de cimetière, dix ans après : Nicole Kidman ? Anna, venue fleurir la tombe de son défunt mari. Joseph ? Danny Huston, celui qu?elle a récemment accepté d?épouser ?parce qu?il faut bien?, l?attend dans la voiture. À part eux, le cimetière est désert. L?hiver toujours, la lumière est dure et le froid est tellement présent dans cette scène qu?on en a mal aux poumons. Birth est à l?image de ces deux scènes : un film froid et désolé.

??Une expression résume à elle toute seule le film de Jonathan Glazer : c?est de la merde prétentieuse?, dit un critique américain qui fait généralement preuve d?intelligen-ce et de courtoisie dans ses commentaires, même lorsqu?ils sont négatifs. À lire les extraits de commentaires dans la presse, ils sont nombreux en France à avoir ap-précié ce film. Il est possible que ces derniers aient raison, il est tout aussi possible qu?ils aient manqué certains détails censés les amener à mieux cerner le véritable sujet du film.

?L?hiver toujours, la lumière est dure et le froid est tellement présent dans cette scène qu?on en a mal aux poumons.?

Par exemple, lorsqu?on voit Anne Heche ? Clara enterrer un paquet avant de se rendre à la fête au cours de laquelle le remariage d?Anna est annoncé, la caméra nous montre brièvement un garçon qui a observé toute la scène. Lorsque plus tard ce même garçon âgé d?une dizaine d?années débarque chez l?héroïne réunie avec ses proches pour lui annoncer qu?il est la réincarnation de son défunt mari, il est facile de deviner à quoi il joue.

On ne le devine pas tout de suite, c?est vrai. Au début, on apprend juste qu?il s?appelle Sean ? Cameron Bright comme le défunt. Mais lorsque le film nous montre qu?il est au courant de certains détails plus intimes de la vie de couple de l?héroïne dix ans auparavant, on a déjà une petite idée de la source de ses informations. Signe manifeste du respect que porte le réalisateur à l?intelligence de son public : ce garçon n?est ni ?charmant?, ni ?mignon?, il n?a rien d?attendrissant ; il est juste un garçon comme les autres, sauf qu?il est intelligent, amoureux d?une adulte, manipulateur et qu?il a quelque chose de vaguement inquiétant. Les autres personnages, eux aussi tout à fait crédibles, tant par leur caractère que dans leurs réactions face à cet enfant.

Personne ne croit à son histoire au début, et on le renvoie chez ses parents, mais lorsque le gamin insiste et apporte des preuves de ce qu?il avance, les choses deviennent compliquées, même s?ils croient toujours à une imposture. Pour Joseph ? Danny Huston le fiancé, l?héroïne est avant tout un c?ur à conquérir et il finit par percevoir ce gamin très rusé comme une menace directe.

Par petites touches, on le voit d?abord travaillé par la présence du garçon, sentant que la femme de sa vie est en train de lui échapper (une scène sans dialogues durant laquelle on le voit derrière une vitre, perdu dans de sombres réflexions), puis tenter quelques attaques à peine déguisées et finalement céder à la panique.

La mère de l?héroïne (Lauren Bacall dans un rôle qu?on aurait préféré plus conséquent), en apprenant que sa fille s?apprête à vivre ce qui est presque une aventure amoureuse avec un garçon de dix ans, pense surtout à prévenir les parents du gamin afin que ceux-ci avertissent la police. Anne Heche, avec qui le défunt entretenait une liaison, démasque l?imposteur dès la première rencontre mais elle agit de façon responsable.

Birth n?est ni film fantastique ni un thriller, il n?y est aucunement question de suspense. Ceux qui n?ont pas aimé le film de Jonathan Glazer ont avancé qu?il (le film) n?arrivait pas à trouver sa voie. Mais en fait le film raconte sans ambiguïté l?histoire d?une imposture et repose sur la capacité de son héroïne à l?accepter. C?est dire que l?opinion qu?on se fera de ce film repose principalement sur l?opinion qu?on se fera du personnage qu?interprète Nicole Kidman avec beaucoup de sobriété. Celui qu?interprète Cameron Bright est un imposteur, le spectateur le sait (il est censé le savoir) depuis le début.

On s?attend donc à ce qu?il y ait des failles dans son imposture. Il affiche de temps à autre des réactions d?enfant. Par contre, le personnage d?Anna, interprété par Nicole Kidman, se doit d?être consistant de bout en bout. Anna est une femme désespérée par la mort de son mari il y a dix ans.

Elle a tenu le coup durant tout ce temps, mais ne s?est jamais résignée à accepter cette disparition. Au point que, bien qu?éprouvant de la tendresse pour son fiancé, ce remariage est pour elle beaucoup moins un nouveau départ qu?une reddition ; au point qu?elle est prête à accepter ce rêve des plus fous que vient lui offrir ce garçon de dix ans.

Il y a la scène du concert : ces longues minutes durant lesquelles son visage remplit tout l?écran et on la devine en train de basculer. Il y a aussi la scène (décriée par le public américain) où elle est dans le bain avec l?enfant ; il est évident qu?elle a basculé. Il est donc assez logique qu?une fois l?imposture révélée, une fois sortie de son rêve, elle finisse par craquer.

C?est une interprétation du film parmi d?autres, et nul n?est tenu d?y adhérer. Parfois, dans certains films, les images défilent mal perçues ou mal interprétées et Birth pourrait bien être un de ces films. Pour cette raison, il vaudrait peut-être mieux le visionner plus d?une fois avant de s?en faire une opinion définitive.

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