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Paris veut placer un Français à la Banque mondiale pour seconder Paul Wolfowitz
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Paris veut placer un Français à la Banque mondiale pour seconder Paul Wolfowitz
Paris voudrait placer un Français au côté de Paul Wolfowitz, candidat américain à la présidence de la Banque mondiale. Des noms sont avancés, dont celui de Jean-Pierre Jouyet, l?ancien directeur du Trésor et président du Club de Paris, et deJean-Pierre Landau, conseiller financier en poste à Londres, auteur pour le compte de Jacques Chirac d?un rapport sur la faisabilité d?une taxe internationale pour financer le développement. Wolfowitz avait lui-même déclaré, dimanche 27 mars au Washington Post, qu?il n?a ?pas de problème? pour attribuer un poste important à un Européen à la Banque mondiale.
Le gouvernement français souhaite ainsi voir appliquer le schéma en vigueur au Fond monétaire international (FMI), où un Européen, l?Espagnol Rodrigo Rato, est assisté d?un Américain. La question doit être abordée lors d?une rencontre, mercredi 30 mars à Bruxelles, entre Wolfowitz et les gouverneurs européens de la Banque mondiale, c?est-à-dire les ministres des finances. Rencontre qui se tiendra à la veille de l?élection du candidat américain par le conseil d?administration de l?institution, à Washington.
Résignés à soutenir le chef de file des néoconservateurs américains, artisan de la guerre en Irak, les Européens espèrent au moins imposer une équipe susceptible d??élargir le spectre idéologico-national? de la Banque mondiale, selon l?expression d?un haut fonctionnaire français. Ils exigent la nomination d?un spécialiste de l?aide au développement, capable de contrebalancer le profil militariste de l?actuel secrétaire adjoint américain à la défense. Dans leur esprit, Wolfowitz doit s?engager à désigner deux nouveaux directeurs généraux, en plus de celui existant, le Chinois Shengman Zhang. L?un des postes devra revenir, estime-t-on à Paris, à un Européen, l?autre au représentant d?un des pays les moins avancés, si possible africain.
Les Européens revendiquent aussi la direction de la Société financière internationale, filiale de financements privés de la Banque, après le départ de son directeur général, l?Allemand Peter Woicke.
Philippe RICARD
PORTRAIT
Les deux vies de ?Wolfie?, le ?néo-con? au ?coeur qui saigne?
■ Le président, qui aime à donner des surnoms, l'appelle "Wolfie". Dès que Paul Wolfowitz a été désigné comme candidat à la Banque mondiale, les caricaturistes ne se sont pas fait prier pour filer la métaphore : le loup (wolf) menace la bergerie. Rapidement, l'image s'est compliquée. A côté du ""néo-con" extraordinaire", il y avait un deuxième Paul Wolfowitz. Ou du moins avait-il eu une première vie, marquée par un intérêt pour le développement, sinon pour le multilatéralisme. Le sénateur démocrate Joseph Biden n'a pas jugé extravagant le choix du président. Wolfowitz est un esprit "actif et fertile", a-t-il dit, quelqu'un de "brillant et sérieux". Le Washington Post a jugé qu'il était le "candidat le plus qualifié" parmi ceux qui étaient cités. Les partisans de la première vie prennent pour preuve l'expérience de M. Wolfowitz en Asie, où il a été ambassadeur entre 1986 et 1989 dans un pays, l'Indonésie, qui était alors l'un des plus gros clients de la Banque mondiale. On l'a vu arpenter les fermes d'élevage de poulets, a confié un de ses aides au New York Times. "En Asie, il a vu la démocratie en marche, explique-t-il souvent, et il a compris à quel point le développement y est lié. Les images des manifestations anti-syriennes de Beyrouth l'ont ramené vingt ans en arrière quand il était en charge de l'Asie au département d'Etat et que Cory Aquino succédait à Ferdinand Marcos. "La force des gens qui réclament leur liberté est puissante et c'est une meilleure force de changement que la force militaire", déclarait-il à la télévision libanaise le 25 février. Les spécialistes de l'Asie n'ont pas gardé d'aussi bons souvenirs. "La carrière de Wolfowitz est un cas d'école de la politique étrangère durant la guerre froide qui consistait à flatter et nourrir des dictateurs tels que Suharto en Indonésie, Chun Doo-hwan en Corée du Sud et Marcos aux Philippines", écrit Tim Shorrock dans la revue Foreign Policy in Focus.Depuis l'annonce de sa nomination, Wolfowitz a dépensé des trésors d'énergie pour accréditer l'idée qu'il n'est pas celui qu'on croit. Dans des entretiens au Washington Post, au Figaro et à l'agence Reuters, il explique qu'il n'a pas l'intention de faire une "banque américaine" de l'institution mondiale : ?Je ne vais certainement pas imposer l'ordre du jour américain à la Banque."
Selon sa biographie, Paul Wolfowitz est né le 22 décembre 1943 à Brooklyn d'une famille d'origine polonaise, dont las majeure partie n'a pas échappé à l'Holocauste. Son père était professeur de mathématiques à l'université de Cornell dans l'Etat de New York. En 1963, il a manifesté pour les droits des Noirs, à Washington. Des décennies plus tard, il soutenait les Kosovars contre les Serbes. Il a été du bon côté "dans les trois grands mouvements du siècle", affirmait son ami David Brooks sur la chaîne PBS : les droits civiques aux Etats-Unis, l'Europe de l'Est, le Moyen-Orient.En 2003, il s'est décrit lui même comme "un c?ur qui saigne", autrement dit un être de compassion. Selon le récit fait par ses proches, l'envie de quitter le Pentagone lui est venue en janvier lorsqu'il a visité les régions affectées par le tsunami. "Rien n'est plus gratifiant que d'aider les gens dans le besoin", a-t-il écrit dans sa lettre de candidature.
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