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Libéraliser la politique
par Pierre DINAN
J?ai lu avec intérêt l?opinion de Jacques de Navacelle intitulée ?La classe politique : en complet déphasage? (l?express 29 mars 2005). Jacques de Navacelle dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Et il a raison.
Mais je crains fort que, même si les Mauriciens entendaient son appel à se réveiller et à participer activement aux débats politiques, ils courraient éventuellement vers l?échec. Car la logique d?une participation active aux débats mène à la recherche d?un mandat électif par certains de ses acteurs. Faut-il alors rappeler qu?au cours des trente dernières années, des Mauriciens, qui n?étaient pas à l?aise dans les partis politiques en place et qui ont proposé des alternatives, ont lamentablement échoué à obtenir un mandat de député ? Faut-il encore rappeler que depuis l?indépendance pas un seul candidat indépendant n?a pu se faire élire à l?Assemblée nationale ?
C?est dire comme nous subissons la ?tyrannie? des partis politiques en place, car si l?on veut être élu pour essayer de traduire ses idées en actes, il faut se soumettre à la discipline de l?un ou l?autre des partis bien établis. A moins de réussir le tour de force de changer tout l?appareil du parti et de ses apparatchiks, une telle tentative est vouée à l?échec. Notre paysage politique a grand besoin de libéralisation : quand la concurrence s?installera comme en économie, les consommateurs, pardon les citoyens-électeurs, trouveront leur compte.
Mais comment promouvoir une concurrence saine et efficace entre les partis politiques ? La réponse se trouve dans la réforme électorale et une dose raisonnable de représentation proportionnelle, pas le compte-gouttes qui vient de nous être proposé. Il est impérieux que soient données des chances de se faire élire à des Mauriciennes et des Mauriciens qui ont une indépendance d?esprit, des idées neuves ou encore un projet de société inédit. Ils constitueront alors cette concurrence bienfaisante qui permettra, non seulement de rehausser le débat politique, mais aussi de renforcer la position de ces députés des partis principaux qui souhaiteraient bénéficier davantage de manoeuvre vis-à-vis des appareils de partis. Or, l?obligation de voter pour trois candidats dans une circonscription donnée réduit considérablement le choix des lecteurs qui, par atavisme politique, se croient obligés de voter bloc, même si l?un ou l?autre des candidats ne fait pas le poids. Par ailleurs, l?absence d?une liste de candidats à être élus à la proportionnelle des voix réduit le champ des candidats à ceux qui privilégient le combat sur le terrain par rapport aux débats d?idées et de projets de société. Enfin l?obligation constitutionnelle d?avoir un mandat de député pour accéder à un fauteuil ministériel (à l?exception de l?Attorney General) ferme la porte à des personnalités compétentes à qui pourraient être confiées d?importantes tâches de politique générale et de gestion, hors des contingences et exigences de la politique partisane.
Le relèvement de la classe politique passe par ces chemins-là. Le reste n?est que littérature. Ou fanfaronnade.
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