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Manmohan Singh, le révolutionnaire tranquille
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Manmohan Singh, le révolutionnaire tranquille
Les drapeaux aux couleurs de l?Inde ornent les rues depuis le week-end. Longtemps attendu, Manmohan Singh arrive finalement aujourd?hui pour une visite officielle de trois jours. Quand il émergera de l?avion d?Air India, vêtu de ses habits traditionnels et de son habituel turban bleu, le Premier ministre indien ne manquera pas d?impressionner. Son humilité et sa simplicité sont contagieuses. Cette démarche trahit toutefois une vive intelligence et une agressivité qui veulent transformer l?Inde en une des principales puissances mondiales du 21e siècle.
Ceux qui connaissent Manmohan Singh ne sont guère surpris. Il est ambitieux et les défis ne lui font pas peur. Né dans un petit village du Pendjab, ce fils d?un marchand de fruits secs a graduellement gravi les échelons pour se retrouver dans le fauteuil de Premier ministre de la plus grande démocratie du monde. Il est le premier sikh à occuper ce poste.
Cette ascension ne s?est pas faite au hasard. Avant même sa nomination comme chef du gouvernement en mai 2004, Manmohan Singh était déjà entré dans la riche histoire de l?Inde. Les raisons sont plus de nature économique que politique.
En Inde, où les partis s?entre-déchirent, il est rare qu?une personnalité soit aussi appréciée que l?actuel Premier ministre. Entre 1991 et 1996, il est le ministre des Finances du gouvernement dirigé par Narasimha Rao. Jusque-là professeur et bureaucrate, il se retrouve catapulté sous les feux des projecteurs. Mais, fidèle à son habitude, il prend le taureau par les cornes.
Manmohan Singh connaît l?économie. Son CV de quatre pages impressionne. Cet ancien des universités de Cambridge, d?Oxford et du Pendjab accumule les distinctions durant ses études. Son premier livre, ?India?s Export Trends and Prospects for Sustained Growth?, donne le ton de sa vision dès 1964. Cet ouvrage est une critique de l?économie indienne de l?époque. Un système trop renfermé selon le jeune Manmohan Singh.
Sa nomination comme ministre des Finances, 27 ans, plus tard lui permet d?appliquer ses idées. Pourtant, l?Inde est au bord de l?asphyxie, en 1991. Le déficit fiscal est insoutenable : 8,5 % du produit national brut. Les réserves en devises étrangères ne représentent plus que deux semaines d?importation. Mais Manmohan Singh voit en cette crise une opportunité de changer la stratégie économique de son pays.
?Aucun pouvoir sur terre ne peut stopper une idée dont le temps est venu?, lance-t-il, en citant Victor Hugo, lors de son premier discours comme ministre des Finances.
?Monsieur Propre?
Son objectif est de construire une nouvelle Inde en introduisant des idées que ses prédécesseurs n?ont pas eu le courage d?appliquer. Il sait bien que les restrictions sévères stimule les pertes d?emplois et crée la misère. Il s?embarque alors dans un plan de réforme ambitieux.
Manmohan Singh réduit la paperasserie administrative, simplifie le système fiscal et allège le contrôle gouvernemental pour créer un environnement propice aux entreprises. Le pari s?avère gagnant : l?économie reprend, l?inflation dégringole et l?Inde retrouve la croissance. Ces réformes économiques sont à la base du renouveau indien.
Fervent admirateur de Margaret Thatcher, il prône toutefois un modèle économique mixte. Manmohan Singh n?est pas un partisan de la privatisation tous azimuts. Il préfère moderniser les sociétés publiques, et surtout celles engagées dans l?agriculture et les infrastructures. Maintenant Premier ministre, il prône aussi le libéralisme. La libéralisation de l?accès aérien le prouve. Depuis le début de l?année, Air Sahara et Jet Airways, deux compagnies intérieures, peuvent concurrencer Air India sur les vols internationaux.
Le génie de l?économie et des finances a toutefois un point faible : il n?est pas un homme du peuple. Battu lors de son unique présentation aux législatives, il a néanmoins à c?ur les intérêts des petites gens. Ses priorités restent l?éducation, la santé, la sécurité sociale et l?environnement. Sa nomination comme Premier ministre n?est pas un coup de chance mais un coup de maître de Sonia Gandhi, leader du Congress Party.
Adoré par les entrepreneurs indiens ? sa nomination a fait grimper les valeurs boursières ? Manmohan Singh demeure le ?Monsieur Propre? de la politique indienne. Il fait de son intégrité un point d?honneur. A la moindre critique, il est prêt à s?en aller. En tant que ministre des Finances, il soumet sa démission à trois reprises à Narasimha Rao, mais en vain. Fin économiste, il sait aussi manier les dossiers chauds : Ayodhya, la guerre en Irak? Il est aujourd?hui un des politiciens les plus respectés de la Grande péninsule et du monde.
Alors qu?il était ministre des Finances, Manmohan Singh ne voulait être qu?une note dans l?histoire indienne. Un euphémisme car il l?a réorientée. Maintenant, il a le pouvoir d?écrire un nouveau chapitre. Et Maurice veut en faire partie.
Ryan COOPAMAH
RELATIONS BILATERALES
L?Inde confirme sa coopération
La coopération Sud - Sud s?accélère. Manmohan Singh, Premier ministre indien, arrive aujourd?hui, à 14 h 15, pour une visite de trois jours. Plusieurs accords seront signés entre l?Inde et Maurice durant ce séjour.
Ceux-ci concernent, entre autres, le libre-échange, le tout-à-l?égout, le trafic aérien, l?institution d?un cadre juridique pour le transfert des prisonniers indiens qui continueront à purger leur peine en Inde, la lutte contre le terrorisme, la formation.
L?Inde participe au financement du système de tout-à-l?égout de Baie-du-Tombeau (Baie-du-Tombeau Sewerage System - BTSS) pour Rs 275 millions. Il s?agit du deuxième stade du projet : la collecte des eaux usées et le raccordement aux habitations (house connections). L?appel d?offres pour ces contrats sera limité aux entreprises indiennes. L?accord sera signé par le secrétaire financier et le directeur exécutif de l?EXIM Bank de l?Inde, en présence de Paul Bérenger et de son homologue indien.
Le premier stade du BTSS consistait en la construction d?une station d?épuration et la pose des tuyaux, financé principalement par la Banque européenne d?investissement et une banque allemande.
En ce qui concerne le trafic aérien, l?accord qui sera signé prévoit le retour d?Air India à Maurice dès la fin d?avril. Une augmentation des vols d?Air Mauritius sur l?Inde est également souhaitée.
Dans les visites prévues, le Premier ministre indien se rendra cet après-midi au jardin botanique de Pamplemousses pour un dépôt de gerbes sur le samadhi de feu Sir Seewoosagur Ramgoolam. Dans la soirée, il sera l?hôte à dîner de Paul Bérenger, Premier ministre, au Centre international de conférences à Grand-Baie.
Jeudi, dans la matinée, Manmohan Singh rendra une visite de courtoisie à Paul Bérenger. Les deux chefs de gouvernement auront ensuite un tête-à-tête, puis signeront les accords prévus.
Commémoration à l?Aapravasi Ghat
Le Premier ministre indien rencontrera également, en tête-à-tête, le speaker Premnath Ramnah, et s?adressera à l?Assemblée nationale lors d?une session spéciale. De là, il se rendra à la State House à Réduit pour une visite de courtoisie au président de la république, Sir Anerood Jugnauth.
Jeudi soir, il assistera à une réception offerte par Pripuran Singh Haer, haut-commissaire de l?Inde à Maurice.
Vendredi matin, Manmohan Singh dévoilera une plaque commémorative à l?Aapravasi Ghat, à Port-Louis, avant de se rendre au Centre de conférences international Swami Vivekananda à Pailles, pour inaugurer ce centre de conférences. La construction de cet édifice a été presque entièrement financée par l?Inde, comme la cybertour d?Ebène. Celle-ci sera inaugurée à la mi-journée par le Premier ministre indien.
En fin d?après-midi, Pravind Jugnauth, vice-Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, leader de l?opposition et Ariranga Pillay, chef juge, rendront à leur tour une visite de courtoisie à l?invité de marque.
Manmohan Singh quitte le pays samedi matin.
Alain BARBÉ
PRINCIPAUX ACCORDS
Les moments forts d?une visite
■ Libre-échange. Cet accord sera d?une importance cruciale pour les relations commerciales. L?Inde exporte pour Rs 7 milliards de marchandises vers Maurice, mais n?en importe que pour Rs 500 millions. L?accord devrait permettre à l?Inde de mieux résister à l?assaut chinois sur le marché local et d?utiliser Maurice pour atteindre certains marchés africains.
■ Accès aérien. Un nouvel accord bilatéral confirmera le retour d?Air India à Maurice et l?octroi de la cinquième liberté au transporteur indien. Celui-ci pourrait démarrer une route Inde ? Maurice ? Afrique du Sud dès cette année. Air Mauritius devrait également obtenir de nouveaux droits d?atterrissage en Inde et desservir Mumbai quotidiennement, en sus de ses trois vols hebdomadaires sur Chennai et New Delhi. Mumbai deviendra alors le ?hub ? du Paille-en-Queue dans cette région.
■ Cybertour. Elle est opérationnelle depuis un an. L?Inde a contribué pour $ 100 millions (environ Rs 3 milliards) à ce projet qui a balisé le développement des technologies de l?information et de la télécommunication à Maurice.
■ Services financiers. Le traité de non double imposition demeure très controversé en Inde. Pourtant, le ?Foreign Direct Investment? qui a transité par Maurice au cours des treize dernières années totalise Rs 240 milliards, soit un tiers des investissements étrangers en Inde.Maurice cherchera certainement le maintien de ce traité.
■ Centre de conférences de Pailles. Manmohan Singh inaugurera l?impressionnant complexe Centre de conférences international Swami Vivekananda. Il a coûté Rs 440 millions, financé par le gouvernement indien. Ce dernier a voulu construire un bijou tant pour impressionner le petit frère mauricien que pour montrer à l?Afrique et au monde ce dont il est capable.
Ryan COOPAMAH
Les directs de la télévision
La première chaîne de la MBC assurera plusieurs directs pendant la visite du Premier ministre indien. L?arrivée aujourd?hui à 14 h 15, puis le banquet vers 20 heures. Demain à 11 heures, l?allocution à l?Assemblée nationale. Vendredi, trois déplacements prévus : Manmohan Singh sera d?abord à l?Aapravasi Ghat, puis inaugurera en premier le Centre de conférences international Swami Vivekananda et, à la mi-journée, la cybertour à Ebène. Les caméras seront là également au moment de son départ, samedi.
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