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Cassiya, la remise à neuf

28 mars 2005, 00:00

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Douloureux le processus de création. C?est aux entrailles qu?il faut aller chercher, si l?on veut donner le meilleur de soi. Les membres de Cassiya confirmeront. Surtout Désiré François. Assis dans un coin du petit studio à Cassis, il se tord de douleur. Le leader du groupe se débat seul contre une colique monumentale.

Sorti pour nous accueillir, il reprend vite sa position de souffrance. Le dos rond, la main droite sur le ventre. Pour donner le change, le leader du groupe s?efforce de rire. Demande qu?on aille lui chercher ?impe diluil boir?.

Imperturbable devant la console, Yves Elahee, l?ingénieur du son continue de tripoter les rangées de boutons alignées devant lui. Faut que le travail avance. Plus les heures tournent, plus la facture est élevée. Pour Cassiya, c?est la remise à neuf. Une histoire nouvelle, épurée. Purgée de tous les malentendus. Une page blanche sur laquelle écrire un neuvième album. Une copie à rendre d?ici la fin d?avril.

D?abord : tracer les marges. Ne pas déborder. Retrouver ce son Cassiya, ce son ?travayer? comme le dit Alain Lafleur, le bassiste peu bavard. Dans ses petits yeux un peu enfoncés, brille la flamme des expériences passées. ?Tou letan nou ti fer koumsa, kan tou fini ki nou deside ki tit pou done.?

Pour l?instant, il s?agit d?enregistrer la partition de la ravanne. Celle chauffée par Gino Lapunaire. Place ensuite aux longs doigts de Jean Alain Manoovaloo qui se posent sans se tromper sur le clavier.

Les conversations, les taquineries s?arrêtent dès que la ligne mélodique de Soley ek lalinn sort des haut-parleurs. Désiré François s?est redressé sur sa chaise. Dès que la musique cesse, il est le premier à la commenter. ?Fer li pli simp ki sa, kouma dir I just call lontan.? Une respiration. ?Enfin moi mo trouv li koumsa. Mo donn zis enn lide, aster si majorite dir less ale?? Voix sensible, voix populaire. C?est un fait. Désiré François est reconnu à la fois par ses pairs et par le public pour son feeling, pour les sentiments qu?il fait passer dans son phrasé.

Quand il prend la parole au milieu de la joyeuse bande décontractée, l?air a tout à coup une autre qualité. On oublie l?impression de claustrophobie. La pièce où s?entasse sept adultes a été conçue pour un seul homme.

Le rictus qui déformait un peu les traits de Désiré François, a laissé place à une concentration extrême. Ses yeux fixes, ses oreilles ouvertes au maximum sont les signes extérieurs de l?inspiration. Lui le chanteur de ?la vi simp? est visiblement contre les fioritures. ?Tou sa lakor la bisin tiré. Pli simp pli bon.?

Alain Lafleur tente une timide explication. ?To kone ki arive ? Mo ti pou sorti sol diez mo ti pou pass li fa diez.? La réplique sonne sans attendre. Sans méchanceté. Sans se tromper. ?Sa to tou sel kapav fer.?

Le bassiste tire nerveusement sur sa cigarette. Vérifie les branchements de sa guitare. Et s?y remet. Après tout, c?est de l?une de ses compositions qu?il s?agit. Une de ces mélodies qui lui est venue par hasard, un jour où ?letan ti impe som som?. Silence. Nous attendons la suite de l?explication du texte. Elle ne vient pas. Alain Lafleur préfère laisser parler ses doigts sur les cordes de sa guitare.

C?est le leader qui termine la phrase restée en suspens. ?Kan ou guett soley, lalinn, ou trouv enn ta kitsoz ki zoli. Kan ou guett enba sann foi la, ou trouv la mizer, la guer.? Presque deux ans après Nou Destinée, le huitième album de Cassiya sorti en décembre 2003, le groupe s?enferme à nouveaux entre les murs insonorisés du studio. Deux années à se produire à la Réunion comme à Maurice. A cicatriser les blessures d?une rupture consommée.

En décembre 2004, le groupe se rappelait au bon souvenir du public en lançant Travayer, inédit des jours heureux. La petite chanson oubliée avait fini par s?intégrer parfaitement à l?air du temps. En sera-t-il de même pour le nouvel album dont la sortie est prévue d?ici la fin d?avril ?

Cassiya est bien décidé à reprendre le registre qui a fait son succès : des titres-slogans. Des chansons aux couleurs du quotidien. Souvent gris, il est sauvé de la morosité par des accords coulants, la voix fluide de Désiré François. Un timbre qui réussi à ne pas lasser, même s?il nous passe dans les oreilles plus d?une douzaine de fois en une heure de travail en studio. Petite perle à découvrir : la reprise de Toi ek Moi, à l?origine un duo de Nancy Dérougère et Mario Justin. La nouvelle version ?plus acoustique, et accompagnée à la flûte? a été confiée à Nadine Manoovaloo et Désiré François.

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