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Féminin sans isme

8 mars 2005, 00:00

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C?est une belle histoire. C?est un combat épique à travers les âges et les époques auquel s?est livrée la femme. Pour ses droits, contre la discrimination, contre l?exploitation, contre le dévalorisant assujettissement sexuel, pour une reconnaissance humaine, citoyenne et philosophique de son être? C?est une lutte qui a fait du siècle dernier celui d?une amélioration des conditions de la femme. Ce qui, d?ailleurs, a conduit certains à penser que le XXIe siècle sera celui de la femme. C?est ce qui pourrait arriver de mieux à un siècle qui s?est ouvert sur fond de haine et de guerre. Un peu de poésie dans un univers qui a été trop longtemps phallocrate. Vision romantique des choses ? Trop éloignée de la réalité ? Peut-être, mais il est de ces irrationalités qui rendent le monde un peu meilleur. Et le féminisme a indubitablement apporté sa contribution. Car la reconnaissance du rôle de la femme contribue à donner du sens à l?humanité.

Sauf qu?aujourd?hui, la célébration de la Journée mondiale de la Femme sonne quelque peu comme un anachronisme. Elle est à l?image de ces journées qui servent pendant quelques heures à attirer l?attention sur un problème particulier. La Journée de la femme a eu son sens et son utilité. Mais désormais, la question se pose de savoir si elle n?est pas en train de desservir la cause de la femme ? Sur le mode interrogatif, il importe aussi de se demander si le féminisme, du moins dans sa forme classique, n?a pas déjà fait son temps? Ce sont des questions auxquelles un homme n?oserait pas apporter de réponse. Toutefois, dans le même souffle, il n?hésiterait pas à interroger la pertinence de ce féminisme à la mauricienne dont les idées reflètent un classicisme du siècle dernier, un peu à l?image de ceux qui ont la nostalgie du rêve soviétique sur le plan des idées politiques. Car le féminisme n?est pas une approche doctrinaire de la vie. C?est davantage une façon de penser le monde. De concevoir le rapport à l?homme. D?exprimer une vision de l?avenir.

De cet avenir qui transcende les conflits, les divisions et les oppositions figés entre la femme et l?homme. La femme n?est pas, en ce sens, un projet politique. Elle n?est pas synonyme d?un quota ou d?un nombre défini sur une liste électorale. Elle ne peut non plus continuellement dépenser son énergie pour avoir droit à l?éducation, pour avoir accès aux postes décisionnels, pour bénéficier de tout auquel elle a en fait naturellement droit.

Certains acquis sont pourtant notables. La femme a obtenu le droit de vote, du moins dans les pays démocratiques. Dans le monde du travail, les barrières et les préjugés tombent. Au sein de la famille, son rôle traditionnel est en train de se redéfinir. Elle devient graduellement maître de son corps. Ce sera aussi, dans cette perspective, à la femme de replacer dans leur contexte la question de la contraception et de l?avortement. Mais face à la misogynie de la classe politique, ce sera aux hommes de trouver des réponses. Parallèlement, un féminisme militant pense que la sensibilité féminine permettra d?humaniser le système politique. Le temps nous dira si tel sera le cas, même si les expériences passées et actuelles font entrevoir d?autres possibilités.

Le féminisme dans son histoire évoluera non seulement vers la défense des droits de la femme mais aussi vers celle des droits des individus. Le modèle patriarcal a déjà démontré ses limites. Mais le féminisme politique et individuel, s?il est exacerbé, finira, lui, par créer un autre mouvement paradoxal, celui de la cause des hommes. Heureusement que le féminisme n?est pas achevé?

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