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Christophe Vallée explore l?ambiguïté apparence-réalité

7 mars 2005, 00:00

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Après Surface et profondeur, publié l?année dernière, L?apparence et la réalité est le titre du deuxième ouvrage dans la série petit livre de philosophie à l?usage de tous que Christophe Vallée, enseignant de philosophie au Lycée La Bourdonnais, a présenté récemment au Centre culturel Charles Baudelaire.

Soit la réalité est cachée au-delà des apparences, soit nous sommes en face d?un faux dilemme et l?existant est alors ce qu?il paraît. Telle est la problématique posée dès l?avant-propos. Mais, si le libellé annonce également le fond du discours sur lequel se développera le paradoxe, c?est-à-dire que dans ?l?apparence et la réalité?, il n?y a ici point d?alternative mais coordination, l?organisation discursive au schéma libre n?aura pas d?aboutissement ou alors elle sera indéterminée. Devant le débat sans fin, il appartiendra donc au lecteur ? libre lui-même dans son choix d?approche puisque ce livre se lira, comme l?explique l?auteur, ?sans chapitre, ni partie? ? de trouver ?au gré de sa fantaisie [?] la réalité des choses dans leur simple mode d?apparition?.

Débat sans fin. Impossible synthèse. S?il existe un défaut de la cuirasse, il n?est ni dans le contenu ni dans la forme. Il est extérieur au livre, il est du côté du langage. L?impossible dépassement de la dualité est dû à l?échec de celui-là. Car, nous apprend l?auteur, ?interroger la notion d?apparence, c?est constituer une logique de sens.? Et c?est à cette logique-là qu?il appartient de donner à l?apparence son sens. Mais cela ne peut se faire que dans la mesure où elle oppose la présence à la représentation, la vérité à l?apparence. Seulement, la présence est déjà ?fuite perpétuelle en direction du passé.? La seconde qui vient est à peine présence qu?elle s?écoule dans le passé. Parce qu?on ne peut saisir le présent, le langage tend alors à se détacher de la réalité.

Cela signifie que les mots ne renvoient pas toujours à la chose. Cela signifie que langage et réalité ne s?accordent pas toujours. Ou alors ils le sont, mais sur un rapport d?illusion.

C?est de là que vient la difficulté de dépasser, de transcender la dualité réalité-apparence ? ?dépasser?, parce que toute forme de dualité ou d?antinomie est importante ou intéressante pour notre progrès que dans la mesure où elle se laisse dépasser.

Cet impossible dépassement vient donc de l?incapacité du langage à rendre explicite le sens de certains mots. C?est d?ailleurs ce que constate l?auteur lui-même dans sa considération du rêve et de l?hystérie, d?un point de vue psychanalytique, ça va de soi. Le langage, nous explique-t-il, est souvent le produit d?un désir inconscient. (Freud l?avait déjà signalé). Lorsque des mots sont prononcés dans des états d?absence, ils véhiculent alors des sens cachés. Ce qui veut dire qu??on doit retrouver derrière les mots, le langage, un sens concret lié au désir,? pense l?enseignant en philosophie. (Starobinski l?avait également suggéré).

Cependant, si toute synthèse est ici illusion, pourquoi alors cette insistance autour de la problématique du dualisme de l?être et du paraître ? problématique jamais vraiment résolue ? Ce que Christophe Vallée veut offrir à ses lecteurs, c?est un art de vivre rationnel. Ce qu?il veut partager avec nous, c?est sa volonté, qui est celle même de tout vrai philosophe : atteindre la raison par la compréhension du réel. C?est ce qui transparaît dans tout le développement de sa logique, particulièrement lorsque celle-ci emprunte ces propos d?Hegel : ?saisir et comprendre ce qui est, telle est la tâche de la philosophie, car ce qui est, c?est la raison.? En effet, seule la raison peut contribuer à ramener l?ordre. ?L?ordre ne peut être dans les choses que par la raison, le désordre par la déraison?, écrivait déjà Bossuet, comme nous le rappelle encore l?auteur.

Nous voilà en face d?un discours qui, par son contenu, nous enseigne que la raison ne va pas sans l?ordre, mais qui, parallèlement, par sa forme, nous invite à y entrer au ?gré de notre fantaisie?, autant dire sans suivre un quelconque ordre. Contradiction, paradoxe, dira-t-on ? Pas nécessairement. L?enchaînement logique qui construit le discours philosophique n?est pas donné dans la structure linéaire, superficielle, du texte. L?ordre du discours est ailleurs. Il est perceptible dans un ensemble de relations qui ne correspond pas à la structure d?un contenu fictionnel.

Le discours, par son propre système de sens, nous invite donc à saisir la profondeur de sa logique en atteignant sa cohérence discursive au-delà de sa structure linéaire, son contenu au-delà de sa forme, sa réalité au-delà de son apparence. C?est dire combien le sens profond du livre de Christophe Vallée est bien au-delà de son simple mode d?apparition !

●<I>Christophe Vallée, L?apparence et la réalité, disponible en librairie</I>

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