Publicité

L?horreur de la pédophilie dévoilée à Angers

6 mars 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La cour d?assises du Maine-et-Loire à Angers juge, depuis le jeudi 3 mars, 66 personnes pour des viols et agressions sexuelles sur 45 enfants, dont certains étaient âgés de quelques mois à l?époque des faits. L?existence d?un réseau « familial et parafamilial » est envisagée.

Dans la famille V., il y a le grand-père, Philippe. Il a d?abord dit que son propre père lui avait fait subir des attouchements sexuels, mais a expliqué ensuite que c?était pour bénéficier des circonstances atténuantes pendant son procès. Son procès pour le viol de son fils Franck, 16 ans à l?époque, et de ses filles, dont Lydia, quand celle-ci avait entre 2 et 6 ans. Il est sorti de prison en 1998, juste à temps pour participer aux viols organisés, à son tour, par Franck sur ses petites filles de 5 et 6 ans, son garçon d?un an et le petit de Lydia, 2 ans.

Le fils, Franck, est l?un des organisateurs du cercle de prostitution d?enfants, dont les siens : l?une de ses filles, 4 ans en 1999, a été abusée au moins quarante-cinq fois. Patricia, son épouse, tenait les comptes et participait aux agressions.

Le dossier qui est examiné depuis le 3 mars par la cour d?assises du Maine-et-Loire, à Angers, est effrayant. 66 accusés, dont 27 femmes, sont jugés pendant quatre mois pour de lourds sévices sexuels sur 45 enfants, âgés de quelques mois à 12 ans, entre janvier 1999 et février 2002.

Trois couples sont au c?ur du premier cercle. Ils ont prostitué leurs enfants, ceux de « leurs voisins, amis, parrains et marraines » selon l?accusation, contre quelques centaines de francs chaque semaine ou des colis alimentaires. Les « fournisseurs d?enfants », qui proposaient aux adultes comme à leurs petits de venir « jouer au docteur », ont participé aux sévices, couché avec d?autres adultes devant les enfants, « dans un climat d?inceste général où tout le monde a perdu sa place », relève Me Alain Fouquet, l?un des avocats des victimes.

La plupart des accusés, en dehors d?une assistante sociale et d?un journaliste, étaient sous perfusion sociale, vivaient du RMI. Plusieurs d?entre eux ne savent pas lire, n?ont pu passer le permis de conduire, beaucoup étaient sous tutelle ou curatelle. « C?est le quart-monde, explique Me Monika Pasquini, l?avocate de deux des accusés. Certains sont à la limite de la débilité intellectuelle. »

Certains « clients » étaient, eux, « en costume-cravate » et n?ont pas été retrouvés. Quelques autres étaient cagoulés, trois d?entre eux ont été identifiés. Reste notamment le mystère de « l?homme au caducée », un homme âgé, « gros et suant » selon un accusé, qui portait un caducée au revers, et celui de « la femme tatouée », avec « un tatouage d?aigle » ou de vipère sur le triceps. Le dossier a été disjoint en mai 2004 et la juge d?instruction, Virginie Parent, cherche d?autres victimes, d?autres agresseurs et la trace des films et des photos que plusieurs accusés reconnaissent avoir pris.

C?est assez pour évoquer l?hypothèse d?un réseau, ce que les avocats envisagent avec prudence. L?ombre d?Outreau rôde évidemment sur le procès d?An-gers. Mais les avocats ne croient pas que les mêmes dérapages se reproduiront.

Des adultes manipulateurs et particulièrement pervers

Même si un tiers des accusés nient les charges, celles-ci ne reposent pas sur la seule parole des enfants. « Ce n?est pas le procès de l?instruction, qui a été très correctement menée, reconnaît Me Pascal Rouiller, l?avocat de trois des accusés, mais c?est une instruction à sens unique : il s?agissait d?identifier les agresseurs, point. Sans s?intéresser aux carences du suivi judiciaire ou des services sociaux. Sur 35 familles, toutes plus ou moins suivies, il est quand même bizarre que les travailleurs sociaux n?aient rien vu. »

L?attaque « ulcère » le docteur Chris-tian Gillet, premier vice-président du conseil général, chargé des affaires sociales : « Les travailleurs sociaux ont fait leur travail, ce ne sont pas des policiers. Ils se sont fait abuser par des adultes particulièrement manipulateurs et pervers. La justice aussi s?est fait berner. »

C?est vrai : Éric J., pédophile récidiviste, était alors en sursis avec mise à l?épreuve, tout comme Philippe R., Bernard L., ou Franck V., sous contrôle judiciaire de juillet 2001 à février 2002. Les signalements ont-ils tous été transmis et le parquet des mineurs d?Angers y a-t-il toujours donné suite ? « Le procès éclairera ce point-là », répond prudemment le docteur Gillet.

Le procès devra, également faire la lumière sur les débuts de l?enquête : la copieuse ordonnance de renvoi ? 430 pages ? est inexplicablement discrète sur la question. Officiellement, ce sont les plaintes pour viol de deux adolescentes contre Éric J. qui ont lancé la procédure, en février 2002. L?homme était surveillé de près par la police dès 2001.

Sorti de prison en 1999, il côtoie régulièrement le couple V., dont l?épouse, Patricia, se met à débiter, en garde à vue, une longue liste d?agresseurs et d?enfants victimes. Il semble en fait que, dès janvier 2002, Marie-Laure T. était allée dénoncer son ex-compagnon, Éric J., ce qui a déclenché les interpellations.

Restent les enfants. Placés dans des centres d?accueils, ou des familles « triées sur le volet ». Seuls leurs témoignages filmés seront présentés au procès, sauf nécessité impérieuse. « On ne peut pas leur imposer l?impossible, explique Me Fouquet, mettre des mots d?enfants sur des choses qui ne sont pas des choses d?enfants. Avec des conflits de loyauté massifs envers ces parents qu?ils ont parfois envie d?embrasser, et qui sont leurs agresseurs. » Les enfants sont « démolis », reconnaît-on au conseil général. L?une des fillettes a subi tant de fellations qu?il lui est aujourd?hui impossible de mettre un aliment dans sa bouche devant un adulte.

2 005 Le Monde ? Franck Johannès Distribué par The New York Times Syndicate

Publicité