Publicité
«Mon destin est de rester dans l?ombre»
●<B>On a un peu l?impression que vous tapez souvent sur les nerfs du Premier ministre (PM) au Parlement. Peut-on savoir pourquoi ?</B>
Je lui tiens tête et je vois clair dans son jeu. Je suppose que cela irrite Paul Bérenger. Il n?aime pas non plus le fait qu?il soit acculé. Surtout quand je lui rappelle qu?il avait commencé sa carrière avec la lutte des travailleurs, les opprimés et les petites gens, qu?il ne représente plus, aujourd?hui, l?intérêt national mais plutôt le contraire de tout ce contre quoi il s?était battu. Tout le monde sait que c?est quand Bérenger se sent acculé qu?il insulte ses adversaires et qu?il a recours à des attaques personnelles.
●<B> Justement cette hostilité vient-elle d?un problème personnel entre vous et Bérenger ? </B>
Non, non. Pas de problème personnel mais principalement au Parlement.
●<B> Serait-ce parce que vous avez la réputation d?être démagogique ? </B>
Donnez-moi des exemples et je vous répondrai ! Quand je tiens des propos pertinents qui dérangent le PM, il les rejette en déformant mes propos. Il dit que c?est de l?hystérie et il évite de répondre à mes arguments. C?est normalement rapporté comme tel dans la presse.
●<B> Vous criez souvent au «cover up» ces derniers temps. Qu?est-ce qui vous fait penser que le gouvernement en est coupable ? </B>
Il y a plusieurs cas. L?affaire MCB-NPF, l?explosion de Grand-Baie, le cas de Jayen Cuttaree et d?autres ministres, la dissolution de l?ECO et la façon dont on utilise l?Icac pour couvrir certaines enquêtes. Il y a eu la fameuse affaire de la caisse noire d?Air Mauritius, Delphis Bank, IOIB, Mare-Chicose, les portiques, le Sale by Levy. Il y en a d?autres.
●<B>Justement concernant l?affaire MCB que l?opposition a évoquée au Parlement, pensez-vous qu?il y aura «cover up» ? </B>
Un cover up monumental qui touche près de Rs 2 milliards. Maintenant nous avons des indications que cet argent du hold-up n?avait pas disparu au cours de ce soi-disant hold-up. Donc nous demandons au gouvernement d?éclairer la population et de travailler dans la transparence. Nous lui donnons des pistes à explorer mais le gouvernement a catégoriquement refusé d?accepter l?évidence même de ce que nous avançons.
●<B> Et le gouvernement n?était pas au courant de cette affaire ? </B>
Pleinement au courant !
●<B> Le Premier ministre dit n?avoir pas lu le rapport Nicky Tan?</B>
Absolument faux !
●<B>Vous ne le croyez pas ? </B>
C?est absolument faux. Comment peut-il dire que la MCB est en train d?appliquer le rapport et dire, dans le même souffle, qu?il n?a pas lu le rapport ?
●<B>Dans cette dernière affaire MCB, que peut faire le PM ? Quelle est sa marge de man?uvre ? </B>
Ecoutez, cette affaire touche une question d?intérêt public et de criminalité. De ce fait, le ministre de l?Intérieur est directement concerné. Quand l?opposition dénonce des détournements au Parlement et insiste que l?affaire doit être référée à la police, le gouvernement ne fait rien. L?Icac a le pouvoir d?agir de son propre chef dès qu?il pense qu?il y a une affaire de fraude et de corruption. Rien. Le PM, lui, vient dire «je suis désolé le rapport est confidentiel, allez à la police».
●<B> Et c?est vrai que le PM n?y peut rien ? </B>
Absolument faux. Il a tous les droits. Vous êtes le PM d?un pays et vous ne pensez pas qu?il est de votre devoir de savoir ce que dit le rapport et d?agir en conséquence ? A qui appartient l?argent de la BoM ? Cet argent qu?on a déboursé pour payer N Tan ? Le Banking Act fait état des circonstances où le gouvernement peut donner des directives à la Banque de Maurice. On nous prend pour des imbéciles. Cette attitude démontre qu?il y a cover up.
●<B> Que s?est-il exactement passé au Parlement avec Showkutally Soodhun ? </B>
Justement, nous étions en train de poser des questions au PM et les membres de la majorité faisaient tellement de bruit que j?avais du mal à entendre les réponses de Bérenger et les questions de Ramgoolam. J?ai demandé à Soodhun de rester tranquille mais il a continué de plus belle. C?est à ce moment là que je lui ai dit «zot pe protez bann voler». Soodhun a pensé que je parlais de lui et il a commencé à m?insulter en utilisant les mêmes termes que Bérenger utilise à mon égard, c?est-à-dire «batchiara etc.». Je lui ai demandé s?il n?avait pas honte de m?insulter ainsi puisque je l?ai aidé dans le passé. Je faisais référence à des allégations qui existaient contre lui et j?ai même mentionné le nom de celui qui en avait fait. Il n?a pas apprécié et il s?est mis à m?insulter de plus belle. «Tom deor, mo pou koup to likou, mo pou fini twa» sont quelques-unes des insultes.
●<B> Et à quel moment avez-vous parlé des hadjis ? </B>
Mais jamais. C?est une histoire montée de toute pièce.
●<B> Vous dites que les ministres Soodhun et Lauthan ainsi que les autres députés ont tenu un point de presse pour dénoncer un incident qui n?a pas eu lieu ? </B>
Ils ont vraisemblablement cru Showkutally Soodhun. Qu?ils assument leurs responsabilités ! Tout comme j?ai l?impression que le PM a cru la parole sacrée de Soodhun et l?a encouragé à organiser une conférence de presse.
●<B> A un moment de votre carrière vous étiez connu comme le dauphin de SAJ. Aujourd?hui, vous êtes le leader d?un petit parti. On se demande quand vous cesserez d?être dans l?ombre de Navin Ramgoolam ? </B>
(Rires?) Il me semble que le destin des dauphins n?est pas trop bon en ce moment ! Le dauphin est connu pour être l?ami des hommes, sincère et fidèle. J?étais dans l?ombre de Jugnauth, maintenant je suis dans l?ombre de Navin Ramgoolam. Peut-être que c?est cela mon destin.
●<B> Dans l?ombre ? Vous n?avez pas d?autres ambitions ? PM peut-être ? </B>
Non. Mon ambition, c?est ce pays, ce sont nos enfants. Que ces différentes races et cultures donnent un brassage extraordinaire. C?est pour cela que je suis triste de la tache que Soodhun m?a mise.
●<B> En parlant de tache, vous en avez une autre. On vous accuse souvent d?être un communaliste. </B>
Vous savez en politique, il faut avoir la peau dure. Malheureusement cela fait partie de notre paysage politique. Maurice se trouve dans une impasse sociale. Cela crée des frustrations et quand l?avenir n?est pas brillant, les gens ont tendance à se retourner vers eux-mêmes. Et le communalisme devient un prétexte facile. Je crois que cela a commencé lors de mon passage au ministère de l?Agriculture. Alors que je ne faisais que ce que je devais faire, il était facile de me coller cette étiquette. Les gens qui me connaissent savent que je suis de Ste.-Croix et que je fréquentais la Plaine-Verte. Je suis très habitué aux cultures de ces régions. Je suis très à l?aise parmi tout le monde et je me sens pleinement Mauricien. Ceci dit, je suis conscient que c?est une manière pour mes adversaires d?essayer de me nuire.
●<B> En rétrospective, avez-vous des regrets d?avoir quitté le Mouvement socialiste militant (MSM) et de n?avoir pas été nommé leader ? </B>
Je n?ai pas quitté le MSM, j?ai été expulsé après avoir été révoqué comme ministre. Je n?ai jamais non plus voulu devenir leader du MSM. J?ai un regret. Celui de voir ce qu?il est advenu de ce parti que j?ai aidé à créer. Nous avions créé le MSM pour empêcher le totalitarisme à Maurice. Aujourd?hui le soleil ne se lève plus pour tout le monde au MSM.
●<B>Avez-vous été expulsé justement parce que vous étiez alors trop ambitieux ? </B>
Non, cela n?a rien à voir.
●<B>Quelles sont vos relations avec votre ancien leader, SAJ, aujourd?hui ? </B>
J?ai la relation d?un député vis-à-vis de son président de la République.
<I>«Vous savez, en politique il faut avoir la peau dure. Malheureusement cela fait partie de notre paysage politique. Maurice se trouve dans une impasse sociale. Cela crée des frustrations et quand l?avenir n?est pas brillant, les gens ont tendance à se retourner vers eux-mêmes.»</I>
<I>«Je n?ai pas quitté le MSM, j?ai été expulsé après avoir été révoqué comme ministre. Je n?ai jamais non plus voulu devenir leader du MSM. J?ai un regret. Celui de voir ce qu?il est advenu de ce parti que j?ai aidé à créer.»</I>
Publicité
Publicité
Les plus récents