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Les pertes d?emplois planent sur les négociations tripartites
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Les pertes d?emplois planent sur les négociations tripartites
Les réalités sociales contre les réalités économiques. Le ministre des Finances, Pravind Jugnauth, devra une nouvelle fois faire le grand écart entre ces deux considérations. Qui plus est, dans une année électorale, avec les pertes d?emplois en toile de fond et des revendications syndicales pour une meilleure justice sociale.
Le rituel des négociations tripartites a démarré hier. Un comité technique a été institué pour calculer le taux d?inflation à juin 2005. Le prochain round des négociations a été fixé au 14 mars, lorsque le barème de la compensation salariale sera annoncé.
A titre d?indication, le Central Statistics Office (CSO) a déjà annoncé que le taux d?inflation pour l?année financière 2004-2005 devrait tourner autour de 5,5 %. Le mouvement syndical déclare pour sa part que le taux d?inflation devrait être de 6 %.
Toujours est-il que, traditionnellement, le taux de la compensation salariale est calqué sur celui de l?inflation pour les employés au bas de l?échelle salariale. Ainsi, si un employé qui touche Rs 4 000 par mois, obtient cette année une compensation salariale de 5,5 % (l?équivalent du taux d?inflation estimé), cela se traduira par une hausse salariale de Rs 220 environ.
Demandes syndicales ?irréalisables?
Néanmoins, Pravind Jugnauth, qui préside le comité tripartite, ne précise pas si les plus bas salaires obtiendront une compensation salariale intégrale, équivalente au taux d?inflation, comme cela a été le cas dans le passé. ?Le but d?une négociation est de voir ce qu?on peut faire?, répond-il.
En tout cas, le mouvement syndical insiste pour une compensation uniforme, variant entre Rs 675 et Rs 700, pour tous les salariés. Le ministre des Finances a déjà fait savoir que les demandes syndicales sont irréalisables. ?Je peux déjà vous dire que nous ne pourrons satisfaire les demandes formulées. Mais nous les prendrons en considération?, déclare Pravind Jugnauth.
Ce dernier s?est effectivement dit partagé entre les difficultés économiques et sectorielles et la nécessité de prendre en considération les appréhensions des syndicalistes. Dans le tableau qu?il a brossé de la situation économique, Pravind Jugnauth a évoqué les difficultés sectorielles du sucre et du textile et la conjoncture internationale où les préférences commerciales sont déjà pratiquement révolues.
?La situation internationale est précaire. Cela a un impact sur notre économie qui est en pleine phase de restructuration, surtout au niveau du secteur sucre et du textile. Les syndicats et les employeurs comprennent cela. Il faut tout faire pour réussir cette restructuration pour rendre ces secteurs viables et sauver des emplois?, déclare Pravind Jugnauth.
Face à ce discours, les syndicats se sentent piégés, déclare Yousouf Sooklall, dirigeant de la Mauritius Trade Union Confederation (MTUC).
Capacité de payer de chaque secteur
?Le gouvernement et le secteur privé parlent le même langage pour dépeindre une situation économique difficile?, déclare Deepak Benydin, président du Mauritius Labour Congress (MLC). ?Li pa de dan enn, li de kont enn?, résume-t-il.
Cette ?coalition entre le gouvernement et le secteur privé est dangereuse, car ils ne tiennent pas compte des difficultés quotidiennes de ceux au bas de l?échelle. Cela pourrait déboucher sur une explosion sociale?, commente Radakrishna Sadien, président de la MTUC.
Du côté du patronat, notamment de la Mauritius Employers Federation (MEF), la discussion se situe au-delà des chiffres et des barèmes. ?Pour nous, il est de plus en plus clair que l?important c?est de revoir toute la politique de la compensation salariale. Nous ne pouvons pas gérer une entreprise avec des augmentations salariales qui tombent du ciel et qui sont décrétées par des organismes en dehors de l?entreprise?, déclare Gérard Garrioch, président de la MEF.
La fédération patronale réclame la création d?un National Wage Council qui donnera des directives générales. Il s?agira ensuite d?organiser des négociations collectives au niveau de chaque entreprise, où employeur et employés pourront déterminer l?opportunité et le montant d?une hausse salariale.
La MEF estime que les négociations collectives permettront de prendre en considération la capacité de payer de chaque secteur et de chaque entreprise. Les syndicats s?opposent farouchement à ce concept de négociations collectives. ?Ceci est un piège qui ouvrirait la voie au démantèlement du mécanisme des négociations tripartites et de la compensation salariale annuelle?, soutient Radakrishna Sadien.
L?année dernière, la compensation salariale accordée avait été de 4,5 %, soit de Rs 115 pour les plus bas salaires, et de Rs 220 pour ceux touchant plus de Rs 8 000. Pour l?exercice 2005, fin du suspense le 14 mars.
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