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Le calvaire de joyce

30 janvier 2005, 00:00

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«A ucune femme ne devrait connaître la souffrance que j?ai connue. » À 24 ans, Joyce Constant est une femme brisée, meurtrie dans sa chair et son âme depuis qu?elle a, dit-elle, été victime de négligence médicale, le 19 juin 2004, à l?hôpital Candos. Ce jour-là, elle a perdu son bébé de même que sa capacité d?enfanter.

Six mois plus tard, n?en pouvant plus de la lenteur des autorités à lui fournir des explications, elle bouscule l?ordre préétabli et fait le récit de son calvaire sur Radio One. Elle veut connaître les conclusions de l?enquête médicale et réclame son dossier. « Je le réclame depuis le 9 septembre dernier car j?envisage des poursuites judiciaires. » Les choses, affirme-t-elle, commencent à bouger depuis son passage à l?antenne. « J?ai cru comprendre que j?aurai bientôt mon dossier. Au cas contraire, je me verrai dans l?obligation de contacter l?Ombudsperson. »

Le 19 juin 2004 devait être un jour de bonheur pour Joyce et son époux Ricardo. Vers 23 heures, la jeune femme commence à ressentir les premières contractions. À l?hôpital Candos, où elle se rend, les infirmières lui prodiguent les premiers soins, comme prendre sa tension et celle du bébé, en attendant l?arrivée du médecin de garde. Tout semble normal.

Mais tout bascule vers 2 h 45 du matin, le 20 juin. Le pouls de l?enfant à naître commence à donner des signes de faiblesse. « Je voyais la nurse, affolée, courir à gauche et à droite, téléphonant. » Selon la jeune femme, un médecin généraliste serait bien venu la voir mais se serait contenté d?écouter les explications de la nurse sans l?ausculter.

Joyce affirme avoir été conduite devant la salle d?opération, attendant fébrilement l?arrivée du médecin de garde. Celle-ci arrive à 3 h 15, mais il est déjà trop tard. « Après une échographie, elle m?a platement annoncé que mon enfant était mort. Tout s?est effondré autour de moi. Je ne voulais pas le croire, je me sentais coupable. »

12 heures avec un enfant mort dans le ventre

Anéantie, la mort dans l?âme, la jeune femme est conduite dans une salle postnatale, dans l?attente d?une césarienne.

« C?était aberrant. L?enfant que je portais était mort dans mon ventre et on me mettait dans cette salle où les mamans qui venaient d?accoucher tenaient leur enfant dans les bras, les cajolant, leur donnant à boire? » Elle y passera la nuit, le petit corps inerte en son sein.

Ce n?est que vers 15 heures, soit près de douze heures plus tard qu?on lui enlèvera son enfant. « Et encore, j?ai eu de la chance. S?il n?y avait pas eu l?intervention presque musclée du médecin que je voyais dans le privé, on ne m?aurait pas opérée de sitôt. » Mais son calvaire n?est pas pour autant terminé.

Saignant abondamment, la jeune femme doit être opérée dans les plus brefs délais. « D?après ce que m?ont raconté mes proches, le médecin qui m?a opéré leur a affirmé qu?il allait attacher ce qu?il fallait.

Et qu?il me donnait 50 % de chances de survie. Personne ne se doutait qu?on allait enlever mon utérus? » La maman de Joyce, affolée, apprend qu?il s?agit d?une « life saving operation ». « Ricardo, mon gendre, n?avait pas d?autre choix que de signer. Il y allait de la vie de ma fille », confie-t-elle. Après l?opération, Joyce est une fois de plus placée dans la salle postnatale. Et cette fois sa douleur est encore plus intense lorsqu?elle apprend qu?elle ne pourra plus jamais enfanter. « Tout le monde dans cette salle riait, et moi je pleurais à chaudes larmes? », raconte-t-elle.

Ce qu?elle déplore encore plus dans ce cauchemar, c?est le manque de sympathie de certains. « Le médecin qui m?a opérée est venu me voir et m?a crûment annoncé que je n?allais plus avoir d?enfant. » Elle a préféré quitter l?hôpital, contre l?avis des médecins. « Je n?en pouvais plus. J?allais de lit en lit. Je devais me débrouiller toute seule, alors que je souffrais le martyre. »

L?assistance psychologique offerte par l?établissement hospitalier ne lui sera d?aucune aide. « Les psychothérapeutes ne faisaient que me donner des antidépresseurs. Devant le peu de soulagement que ces médicaments me procuraient, ils me conseillaient d?aller à l?hôpital psychiatrique. Ils disaient que mon cas était trop grave? » Jour après jour, Joyce a appris à surmonter sa douleur grâce au soutien de sa famille. « Mais à l?intérieur de moi, je me sens vide. Je ne serai plus jamais comme avant. » Sa seule raison de vivre maintenant est qu?on lui dise enfin pourquoi tout cela est arrivé.

Le Medical Council enquête

« Le cas de Joyce Constant a été référé au Medical Council », affirme laconiquement le Dr Shyam Sungkar, Chief Medical Officer. Cette instance responsable d?enquêter sur les négligences médicales s?est chargée du dossier cette semaine. Cette lenteur, selon les responsables, est due à des procédures lourdes, surtout en ce qui concerne les médecins du public. De plus, en dehors des cas de négligence médicale « graves », le Medical Council doit également s?occuper des cas de « moindre importance ». Le fait que les 19 membres soient des membres à temps partiel contribue aussi à son manque de performance. Le ministère de la Santé compte y remédier en apportant des changements nécessaires afin de rendre moins ardues les procédures.

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