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Le plan de la discorde
Le débat est lancé. Qui d?Air Mauritius ou des hôteliers asphyxient l?industrie du tourisme ? Les deux camps se dressent en chien de faïence à chaque fois que se pose cette question. Netherlands Airport Consultant (Naco), recruté comme arbitre externe, ne fait que jeter de l?huile sur le feu.
Naco devait proposer un plan directeur pour l?accès aérien à l?État. Son rapport final est en circulation restreinte depuis peu. Contraints d?en deviner le contenu, les hôteliers se hérissent à la lumière de ce qu?ils glanent comme information. L?Association des hôteliers et restaurateurs réunit son exécutif cette semaine pour réagir. Air Mauritius n?est guère plus satisfaite et compte bien éventer le sentiment mi-figue mi-raisin que lui inspire ce document.
Dans l?essentiel, Naco estime qu?Air Mauritius dispose de suffisamment de capacité et qu?il n?y a pas lieu d?ouvrir le ciel dans l?immédiat. Il accrédite la thèse d?Air Mauritius à l?effet que l?admission d?un troisième transporteur sur la route France-Maurice ou Angleterre- Maurice ne pourra se faire qu?au détriment du transporteur national. Selon Air Mauritius, ces routes sont les plus rentables et lui permettent d?en subventionner d?autres qui ne le sont pas.
<B>Air Mauritius devrait revoir sa politique tarifaire</B>
Les hôteliers se sont toujours plaints d?un manque de capacité. Devant l?arbitrage du consultant, ils expliquent que même si Air Mauritius peut effectivement disposer de sièges vacants, sa politique tarifaire met ceux-ci hors de la portée du touriste.
En général, les compagnies aériennes pratiquent une grille tarifaire graduée, le tarif le plus bas étant alloué aux voyagistes selon un système de quota. « Quand le voyagiste ne peut plus man?uvrer avec les tarifs bas et intermédiaires, il cesse de vendre Maurice car la destination n?est plus rentable pour lui. Air Mauritius aura toujours des voyageurs individuels pour acheter les tickets plus chers. Cette formule lui permet donc d?optimiser ses revenues sans grossir les rangs des touristes visitant Maurice. Un transporteur low cost, par exemple, ne vend des places que dans le segment bas prix », explique un observateur averti.
Selon lui, Air Mauritius devrait revoir sa politique tarifaire si elle veut jouer de manière effective son rôle de fer de lance pour le tourisme. La grille graduée est très efficace pour les gros transporteurs comme Air France et British Airways, car ils ont un client mix différent, explique-t-il. Air Mauritius, elle, transporte majoritairement des touristes.
Naco est toutefois réaliste et reconnaît que Maurice ne pourra pas éternellement esquiver la libéralisation. Déjà, la France accentue la pression pour que puisse se poser à Plaisance un second transporteur français, à savoir, Corsair ou Starline. Le consultant préconise une libéralisation contrôlée dans le moyen terme. Mais auparavant, Air Mauritius et l?industrie hôtelière devront améliorer leur compétitivité.
Naco estime qu?elle devrait cesser de jouer le rôle d?instrument de développement national en desservant des destinations pas encore rentables. À moins que l?État subventionne ces routes. Il lui conseille de rationaliser ses coûts administratifs et opérationnels afin d?être plus compétitive.
Le transporteur national réagit en faisant remarquer qu?il rationalise déjà ses coûts. Il rejette l?idée de laisser entrer des transporteurs à bas prix comme Starline ou Corsair, estimant que ceux-ci lui livreront une concurrence déloyale.
« Les routes sont rentables parce que nous nous sommes investis pour les développer. Nous l?avons fait tout en ayant à obéir à des normes de qualité exigeantes. On ne peut à présent ouvrir la porte aux low cost qui ne sont que des opportunistes », commente un porte-parole d?Air Mauritius. Il ajoute qu?une telle concurrence, si elle est admise, contraindra Air Mauritius à compromettre sur la qualité du service qui fait sa réputation et celle de la destination.
<B>Attendre que l?autre cède</B>
Naco recommande également que Maurice revoie son positionnement dans le tourisme. Le label haut de gamme est trompeur. En particulier, le consultant invite les hôteliers à revoir à leur tour leur politique tarifaire. Les hôtels coûtent trop cher. Les tarifs ont grimpé de 30 % lors des trois dernières années alors que les arrivées touristiques ont stagné. Cela n?a aucun sens, conclut Naco.
Les hôteliers réagissent vivement à cette critique. Ils défendent la perception que cherté signifie exclusivité et donc haut de gamme. Ils font ressortir aussi que l?hôtellerie mauricienne offre des facilités allant du très cher au très abordable. Ils estiment pratiquer le bon product mix.
Revenons au voyagiste qui prépare un package sur Maurice et qui ne peut plus jouer sur le prix du billet. Si le prix de l?hôtel est abordable, il peut encore man?uvrer et gagner des clients supplémentaires. Le problème, c?est qu?à Maurice, les hôteliers et transporteurs attendent chacun que l?autre cède et lui permette d?optimiser son gain. La formule gagnante aurait probablement réclamé des concessions de part et d?autre.
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